(Montréal) « Nous venons de perdre un des grands cinéastes québécois. » C’est ainsi qu’a réagi Michel La Veaux, réalisateur d’un documentaire sur le cinéaste Jean-Claude Labrecque, qui vient de s’éteindre à l’âge de 80 ans en laissant derrière lui une imposante filmographie.

Vicky Fragasso-Marquis
La Presse canadienne

En 2017, Michel La Veaux a lancé le documentaire Labrecque, une caméra pour la mémoire, dans lequel il rappelait tout l’héritage de M. Labrecque, qui, dans le film, commentait avec passion son travail.

Les spectateurs ont donc pu en apprendre davantage sur les classiques du cinéma de Jean-Claude Labrecque, dont La visite du général De Gaulle, les trois Nuits de la poésie et À hauteur d’homme. Le documentaire peut être visionné sur le site de l’Office national du film (ONF).

Selon M. La Veaux, le cinéaste laisse bien plus que ses œuvres au Québec ; il a réussi à inspirer plusieurs cinéastes, dont lui, à prendre la caméra pour faire des films.

« Jean-Claude a laissé sa marque aussi par son regard et son amour du peuple québécois », a-t-il confié en entrevue.

« Comme il dit souvent : “Quand on filme un visage, on filme un pays. Et quand on filme un pays, on filme un visage”. Et Jean-Claude a toujours été près de ça et près de la nature de l’âme québécoise », a-t-il ajouté.

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

Michel La Veaux, réalisateur d’un documentaire sur le cinéaste Jean-Claude Labrecque

Malgré la longue liste de films à son actif et sa stature importante dans le milieu du cinéma québécois, M. Labrecque est toujours demeuré humble, a assuré M. La Veaux.

« Jean-Claude était très “groundé”. Il y avait toujours place pour lui à s’améliorer de film en film. Il était toujours humble et très critique », a-t-il relaté.

M. La Veaux côtoyait régulièrement le cinéaste et jusqu’à tout récemment, il parlait avec passion de cinéma.

« Le moral était là. Quand on parlait de cinéma, il s’allumait, les deux yeux venaient pétillants », a-t-il relaté.

« Un homme très raffiné »

La veuve de Bernard Landry, Chantal Renaud, qui apparaît avec l’ex-premier ministre dans le documentaire À hauteur d’homme, garde de très bons souvenirs de M. Labrecque, qui est resté discret même s’il suivait le couple pendant des journées entières.

« Vous imaginez bien que quelqu’un qui vous filme du lever au coucher pendant des semaines, comme si on était mariés avec lui… Je rends hommage à sa grande discrétion — parce qu’à la fin on ne s’en apercevait plus — et à sa grande intelligence, sa grande douceur. C’est quelqu’un de très raffiné », a-t-elle soutenu en entrevue téléphonique.

Dans le documentaire, M. Labrecque présentait un portrait intimiste de l’ex-premier ministre péquiste Bernard Landry lors de la campagne électorale de 2003. On pouvait autant le voir en privé parler à ses proches, qu’en public en train de se colletailler avec des journalistes.

Selon Mme Renaud, son mari était triste après avoir vu le documentaire pour la première fois, puisqu’il montrait beaucoup ses querelles avec les médias, et parlait moins de sa vision du Québec.

« Mais très vite, il s’est aperçu que ce film avait joué en sa faveur à lui. D’ailleurs, il ne s’est jamais fâché avec Jean-Claude Labrecque. Ils sont toujours restés très amis », a-t-elle relaté.

« Il s’est aperçu que c’est le côté humain qui ressortait le plus de ce film, de même, de ses querelles avec les médias. Probablement que ce côté humain venait aussi du regard de Jean-Claude Labrecque. Non seulement de Bernard, mais de Jean-Claude aussi. »

Le décès de ce grand cinéaste a fait réagir plusieurs autres personnalités et organisations. En voici quelques-unes en vrac :

— Claude Joli-Coeur, président de l’Office national du film

« Plus qu’un cinéaste émérite, Jean-Claude Labrecque était un ami et un membre de la famille ONF. Amoureux de la lumière, de l’histoire et des gens, il a toujours su conserver sa capacité d’émerveillement, capacité qu’il est parvenu à transmettre et à partager à travers ses images et ses œuvres. Au nom de l’ONF, je salue aujourd’hui cet homme d’exception qui nous a tant inspirés et avec qui nous avons connu une longue et chaleureuse collaboration. »

La Cinémathèque québécoise

« Nous avons appris avec tristesse la disparition de Jean-Claude Labrecque, exceptionnel cinéaste et directeur photo. Il laisse derrière lui une œuvre considérable qui nous accompagnera longtemps. Nos condoléances à sa famille et à ses proches. Le Québec perd un monument. »

François Legault, premier ministre du Québec

« Très attristé par le décès de Jean-Claude Labrecque. Un grand cinéaste québécois qui a su, à travers ses œuvres, nous faire vivre l’histoire du Québec. »

Nathalie Roy, ministre de la Culture du Québec

« Le milieu du cinéma est à nouveau en deuil de l’un de ses grands cinéastes. Jean-Claude Labrecque dont la carrière a été maintes fois primée nous a quittés. Nos pensées accompagnent ses proches. »

Pablo Rodriguez, ministre du Patrimoine canadien

« Un grand homme du cinéma nous a quittés. […] Jean-Claude Labrecque avait tout un parcours et une réelle passion pour son métier. Mes sympathies à sa famille et ses proches. »

Pascal Bérubé, chef par intérim du Parti québécois

« J’ai eu le privilège de côtoyer ce maître de l’image lors du tournage du documentaire À hauteur d’homme en 2003. Mes meilleures pensées pour ses proches. Son œuvre imposante lui survivra. »

Pierre Karl Péladeau, ancien chef du Parti québécois et président et chef de la direction de Québecor

Hommage à Jean-Claude Labrecque, un pionnier de notre cinéma. Par sa lentille, il portait un regard unique et singulier sur nous, sur notre histoire et sur les grands événements qui ont fait qui nous sommes. Merci monsieur Labrecque !

Valérie Plante, mairesse de Montréal

« C’est un maître et un pionnier du cinéma qui nous quitte. Jean-Claude Labrecque laisse derrière lui une œuvre qui témoigne comme nulle autre de la transformation culturelle, sociale et politique du Québec. Mes pensées accompagnent ses proches. »