Neuf organismes québécois viennent d’unir leurs voix pour demander des comptes à Téléfilm Canada à la suite du congédiement de trois directeurs appréciés pour leur compétence et leur expertise. Et ils questionnent plus précisément la manière d’agir de la nouvelle directrice générale de Téléfilm, Christa Dickenson.

André Duchesne
André Duchesne La Presse

« Nous sommes consternés de voir que la directrice générale a choisi, neuf mois après son arrivée en poste, et sans consulter l’industrie, de se priver de ressources qui lui sont essentielles », écrivent les neuf signataires dans une lettre envoyée au président par intérim du conseil d’administration de Téléfilm, G. Grant Machum.

Ces congédiements, rappelons-le, surviennent alors que Téléfilm est plongé dans une crise de sous-financement pour les longs métrages francophones en 2019-2020, ce qui risque de compromettre plusieurs tournages cet été.

Si Téléfilm n’a donné aucune raison quant au congédiement des trois directeurs, les neuf signataires se demandent ouvertement s’il n’y a pas un lien étroit entre leur départ et l’actuelle crise du financement.

« Si la direction de Téléfilm Canada tente de faire porter l’odieux de ce manque de financement à trois personnes de la direction, c’est honteux et indigne, lit-on dans cette lettre signée entre autres par Québec Cinéma et l’Union des artistes. Toutes les décisions prises ces dernières années ont été entérinées par la haute direction et le conseil d’administration a, pour sa part, entériné ces actions en approuvant à chaque année le rapport annuel et les états financiers. »

Les signataires s’interrogent aussi sur les raisons qui ont conduit le conseil d’administration à sanctionner la décision de la direction générale. « Nous exigeons des explications rapides et claires sur les raisons qui poussent la direction de Téléfilm Canada à fragiliser ainsi l’institution dans un moment de crise financière où elle n’a pas les capacités de répondre à sa mission et où, de façon inexplicable, elle décide de se priver des personnes les plus compétentes pour l’aider à se relever. »

Les trois directeurs congédiés, Michel Pradier, Roxanne Girard et Denis Pion sont reconnus dans le milieu pour bien promouvoir le cinéma québécois tant au niveau national qu’à l’étranger. Que le congédiement survienne à quelques semaines du Festival de Cannes, où M. Pradier et Mme Girard, agissent comme sherpas du cinéma d’ici, est encore plus consternant aux yeux des signataires.

Outre Québec Cinéma et l’UdA, la lettre est signée par l’Alliance québécoise des techniciens et techniciennes de l’image et du son, l’Association québécoise de la production médiatique, l’Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec, le Regroupement des distributeurs indépendants de films du Québec, le Regroupement des producteurs indépendants de cinéma du Québec, la Société des auteurs de radio, télévision et cinéma et la Table de concertation de l’industrie du cinéma et de la télévision de la Capitale-Nationale.

Une copie de la lettre a été acheminée au bureau de Pablo Rodriguez, ministre de Patrimoine canadien et à tous les membres du conseil d’administration de Téléfilm.