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Eva Husson: «La guerre est un sujet éminemment patriarcal»

La cinéaste Eva Husson était de passage au... (PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE )

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La cinéaste Eva Husson était de passage au festival Cinemania de Montréal en novembre dernier pour présenter son film Les filles du soleil.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE 

André Duchesne
La Presse

Qu'elles soient victimes ou combattantes, les femmes ont presque toujours été occultées de l'histoire des guerres, estime Eva Husson. Pour cette raison, elle a réalisé Les filles du soleil, oeuvre inspirée de faits réels survenus au Kurdistan irakien. La Presse a rencontré la cinéaste lors de son passage au festival Cinemania, en novembre.

Scène du film Les filles du soleil... (Photo fournie par TVA Films ) - image 1.0

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Scène du film Les filles du soleil

Photo fournie par TVA Films 

Q : Votre film est-il un film sur la guerre, les femmes, la résilience ?

Je le définirais comme une épopée, une quête d'identité et une quête de sens. C'est aussi un film sur les femmes. Car la présence des femmes dans les guerres est un sujet très peu représenté du point de vue... des femmes. La guerre est un sujet éminemment patriarcal. Un sujet qui glorifie l'homme et sa défense de la patrie. Mais on oublie qu'il y a des femmes, dont certaines prennent les armes, depuis la nuit des temps. Je me suis demandé combien il y avait eu de films de fiction sur les combattantes. À mon grand étonnement, la réponse est zéro. Mon film aborde aussi ce problème. 

Aviez-vous un souci d'éducation?

Non. Ce n'est pas un projet pédagogique. C'est plutôt instinctif. J'ai été bouleversée lorsque j'ai lu des articles parlant de ces bataillons de femmes au Kurdistan irakien. Les femmes forment 40 % des forces combattantes kurdes. Elles ont montré un courage extraordinaire. Lorsque le mont Sinjar a été encerclé par Daech [le groupe armé État islamique] le 3 août 2014, elles ont ouvert un corridor permettant l'évacuation de 50 000 personnes. Je me suis dit que cette histoire pourrait être transmise de façon très forte au cinéma. Je ne voulais pas représenter ces femmes comme des victimes, mais comme des personnes qui prennent leur destin en mains.

Ce qu'elles subissent et font dans cette guerre fait-il écho à tous les conflits?

Je ne sais pas. Chaque conflit est singulier. Et il n'y a pas eu de combattantes dans tous les conflits. Mais il y a des choses très universelles. L'être humain reste un corps vulnérable dans les guerres. On parle souvent de la guerre comme d'un environnement de mort. Mais les gens se battent aussi pour rester en vie. Et c'est ce qu'ont fait les femmes du conflit au Kurdistan.

Votre film était en compétition officielle à Cannes en mai. Il y a eu une longue ovation à la première, mais le lendemain, vous avez eu droit à un tir groupé des critiques...

C'était une exécution. Un lynchage. Il faut appeler un chat un chat!

Mais depuis, le film continue sa route. Vous vivez comment avec ça?

Je ne vais pas mentir. La critique a été d'une violence extraordinaire. Avant de le vivre, je ne savais pas qu'on pouvait atteindre un tel niveau de violence verbale. Mon attachée de presse, qui est dans le métier depuis 20 ans, n'avait jamais vu une telle scission entre l'accueil de la critique et celui du public. Maintenant, où que j'aille avec le film, que ce soit à Toronto, à Taiwan, à Genève, etc., le public apprécie le film et le fait sien. Ça me donne de l'énergie pour les 10 ans à venir.

Vers la scène finale du film, des femmes se voilent de la tête aux pieds pour atteindre la liberté. Parlez-nous de ce choix scénaristique.

Pour moi, le voile est un signe très politique et par lequel on signifie à la femme qu'elle n'est pas propriétaire de son corps comme elle devrait l'être. L'ironie du sort, c'est que ce voile leur permet d'effacer leur identité, de ne pas être reconnues et d'accéder à la liberté. D'ailleurs, une rumeur circulait dans les cercles kurdes, au moment de la débâcle de Daech, voulant qu'on ait retrouvé des hommes du groupe État islamique maquillés en femme et portant le niqab pour s'échapper. C'était l'ironie suprême par rapport à ce qu'ils avaient fait aux femmes.

Qu'avez-vous vu chez Emmanuelle Bercot et Golshifteh Farahani pour qu'elles incarnent la journaliste Mathilde et la combattante Bahar?

Pour Golshifteh, c'était une évidence. Elle parle le kurde et le français. Elle a fait des films kurdes. Elle avait le talent et l'assise internationale pour faire financer le film. Elle a été parfaite du début à la fin. Arrivée tard sur le projet, Emmanuelle est un cadeau du ciel. Elle donne au rôle un mélange de fragilité, de force, de vulnérabilité et de maîtrise de soi. Tout cela nourrit énormément son personnage.

Les filles du soleil prend l'affiche le 4 janvier.




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