Channing Tatum, qui a déjà gagné sa croûte en exhibant son corps dans des spectacles réservés aux dames, veut faire de Magic Mike le Saturday Night Fever du monde du strip-tease. Avec nul autre que Steven Soderbergh aux commandes.  

Marc-André Lussier LA PRESSE







Channing Tatum doit un peu sa carrière au hasard et à la chance. Comme il arrive parfois dans les vieux films, on l'a un jour abordé dans une rue de Miami pour l'inviter à tenter sa chance en tant que mannequin. Le jeune homme n'avait pas d'ambitions particulières à l'époque, si ce n'est celle de faire autre chose de sa vie.




«J'ai fait des photos et des défilés pendant deux ans et demi, raconte-t-il au cours d'une interview accordée à La Presse. Je trouvais cela amusant, d'autant que ce métier me permettait d'échapper au traditionnel 9 à 5. Mais ce n'était pas très satisfaisant. Ce n'est que le jour où l'on m'a embauché pour jouer dans une publicité que j'ai eu la piqûre. Je me suis alors installé à New York, j'ai suivi des cours d'art dramatique, et je n'ai plus jamais regardé en arrière. Je remercie le ciel d'avoir trouvé un métier qui me passionne, dans lequel je peux à la fois me découvrir et me réaliser. Honnêtement, je ne sais pas à quoi ma vie ressemblerait aujourd'hui si cette vocation ne s'était pas révélée.»




L'acteur n'a peut-être plus jamais regardé en arrière, mais pas au point d'effacer tout son passé. Lorsqu'il avait à peine atteint l'âge de la majorité, Channing Tatum a exercé le métier de «danseur exotique» pendant six mois. Autrement dit, il a travaillé dans un club à la 281 en faisant valoir son physique avantageux devant un public féminin très expressif.




Depuis qu'il évolue dans le monde du cinéma, il a toujours pensé qu'un bon film pouvait être tiré de cet épisode furtif de sa vie. Il en a parlé à Steven Soderbergh. Qui fut enthousiasmé à l'idée de le porter à l'écran.




«Je crois que Steven a surtout été séduit par le caractère inédit de cette histoire, observe Channing Tatum. Il est vrai que ce milieu a rarement été dépeint au cinéma. Un peu comme Saturday Night Fever et Boogie Nights à leur époque. Quand ces deux films-là sont sortis, nous n'avions jamais vu le monde des discothèques abordé de cette façon dans le cas du premier; pas plus que celui du porno dans le cas du second. Honnêtement, le modèle de Magic Mike est Saturday Night Fever. C'est l'un de mes films préférés. À vie!»




La description d'un milieu





Même si Tatum ne s'était jamais autant impliqué dans la fabrication d'un film auparavant, Magic Mike ne raconte quand même pas sa propre histoire. Le récit, écrit par Reid Carolin, partenaire professionnel de l'acteur, s'attarde à décrire l'arrivée d'un jeune homme de 19 ans (Alex Pettyfer), qui découvre le monde des danseurs nus grâce à sa rencontre avec le vétéran Mike Martingano (Channing Tatum). Ce dernier prendra le danseur recrue sous son aile, même si ce dernier, grisé par l'attrait de l'argent, du sexe facile et de la drogue, se perdra quelque peu. Autour de Pettyfer et Tatum gravitent le gérant du club, un homme plus mûr connaissant tous les rouages du métier (Matthew McConaughey dans le rôle d'un vétéran qui assure), de même que les autres membres de la troupe. Joe Manganiello, Matt Bomer, Adam Rodriguez et Kevin Nash (mieux connu sous le nom de Big Sexy dans le monde de la lutte) font notamment partie du show.




«Le monde du strip-tease masculin destiné aux femmes est très différent de celui du strip-tease féminin, fait remarquer l'acteur. Les gars qui "vont aux danseuses" le font habituellement dans le but d'en retirer une excitation sexuelle. Ce n'est pas le cas du tout du côté des femmes qui assistent à un spectacle de danseurs nus. Elles y vont plutôt en groupe avec des amies pour se faire un party. Elles se permettent ainsi quelques heures de folie, en retrait de tout jugement, et je crois qu'elles prennent aussi un malin plaisir à constater à quel point une amie peut être gênée si elle est entraînée dans le jeu d'un danseur. C'est beaucoup plus innocent comme dynamique, je crois.»




Un partenariat avec Soderbergh





Magic Mike constitue la deuxième collaboration entre Channing Tatum et Steven Soderbergh. Le réalisateur de Traffic a déjà fait appel à l'acteur pour Haywire, son film précédent, et le fait de nouveau pour The Bitter Pill (à l'étape de la postproduction). Soderbergh semble avoir fait de Tatum son nouvel acteur fétiche.




«Un projet avec Steven Soderbergh, ça ne se refuse pas! indique l'acteur. Steven est un maître. Pour les gens de ma génération, il est probablement l'un des pères du cinéma indépendant. Son talent est si grand, et son registre si large, que ça en dépasse l'imagination! J'aime le fait qu'il ne peut réaliser des films que s'il les fait vraiment siens. Il ne fait pas partie de ces réalisateurs qu'on embauche simplement pour mener à bien un projet. Steven a aussi ce don de tirer le meilleur de tout le monde. Nous avons financé Magic Mike nous-mêmes, nous l'avons produit et vendu nous-mêmes. C'est un projet de famille pour lequel Steven a mené les choses de main de maître. Magic Mike constitue assurément l'une de mes plus belles expériences professionnelles à ce jour.»




Ayant beaucoup tourné au cours des derniers mois (The Vow, 21 Jump Street, Magic Mike, G.I. Joe: Conspiration, The Bitter Pill), l'acteur compte prendre une pause afin de travailler à un projet de film dont il assurerait la réalisation. Pour l'heure, Channing Tatum s'entraîne physiquement dans le but de tourner bientôt Foxcatcher, prochain film de Bennet Miller (Moneyball).




«C'est un drame campé dans le milieu de la lutte olympique, explique-t-il. C'est très exigeant sur le plan physique. Je n'ai jamais tant souffert de ma vie!»




Magic Mike prend l'affiche en version originale anglaise et en version française le 29 juin.




Les frais de voyage ont été payés par Warner Bros.