Enlever des boutons, remettre des perruques en place, estomper une barbe trop prononcée... La petite boîte québécoise spécialisée dans les effets spéciaux Alchemy 24 a retouché par ordinateur l’aspect cosmétique des acteurs principaux du dernier film de Xavier Dolan, Laurence Anyways. Un travail colossal pour un fini parfait, comme souhaité par le cinéaste Xavier Dolan.

Anne Gaignaire LA PRESSE







« Quand il s’est rendu compte de ce qu’on pouvait faire en retouche cosmétique numérique, il a voulu rattraper toutes les imperfections, rapporte Jean-François Ferland, producteur d’effets spéciaux. On a même retouché une cendre de joint qui n’était pas belle ! »




Au départ, c’est pour remettre d’aplomb la perruque pas assez ajustée de Melvil Poupaud, l’acteur principal du film, que le réalisateur québécois a recouru à la retouche sur ordinateur.

De fil en aiguille, 14 spécialistes de la jeune société québécoise Alchemy 24 ont passé au crible 177 plans du film pour le rendre le plus parfait possible. Ils ont travaillé près de 2900 heures, se relayant jour et nuit pour enlever des boutons, masquer des plombs dentaires, effacer un double menton, ou encore estomper la barbe du personnage principal...




« Melvil Poupaud a remplacé au pied levé l’acteur engagé précédemment pour jouer le rôle de Laurence, qui est censé être devenu une femme et qui prend des hormones. Mais il avait une barbe très marquée. Il fallait rendre sa peau plus lisse ! », lance M. Ferland, fondateur d’A24.




Un travail d’équilibriste





C’était une tâche ardue. « On a trouvé la solution une nuit à 3 h du matin : on a construit des têtes en 3D avec une belle texture de peau et on a pris des morceaux de cette peau pour remplacer les zones barbues du visage de l’acteur principal », explique-t-il.




Mais chaque retouche doit être bien dosée, ce qui impose une grande minutie. « Le travail de retouche sur des visages, c’est très difficile et ça ne pardonne pas, surtout dans ce film où les plans sont souvent très serrés, reconnaît Jean-François Ferland. Si le job n’est pas bien fait, les spectateurs s’en aperçoivent et ils accrochent, ils ne voient plus que ça. Et si le traitement ne va pas dans la bonne direction, ça peut modifier l’émotion de l’acteur. »




Xavier Dolan a suivi de près ce travail en postproduction. Les retouches cosmétiques numériques ne sont pas encore très fréquentes au Québec.




« Les réalisateurs québécois laissent encore souvent des boutons ou des grains de beauté alors que les Américains veulent que l’apparence soit parfaite. Avec le numérique, on peut enlever la moindre imperfection. On peut vraiment tout faire », s’enthousiasme M. Ferland.