Nos suggestions de spectacles.

Silvia Galipeau Silvia Galipeau
La Presse

Luc Boulanger Luc Boulanger
La Presse

Stéphanie Morin Stéphanie Morin
La Presse

En vedette : tout dire, sans être vulgaire

Le Théâtre Denise-Pelletier ose ces jours-ci un texte franc, cru, drôle et touchant, et surtout dans l’air du temps, sur un sujet qu’on a jusqu’ici peu vu sur scène : la découverte de la sexualité, avec toutes les maladresses, questions et pulsions que cela suppose, pour le meilleur, mais surtout pour le rire.

Car l’on rit effectivement énormément devant ce trio d’adolescents de 17 ans aux hormones dans le tapis : Oli, le sympathique antihéros (« youhou, la puberté, t’es où ? »), So, sa copine, et Ben, le meilleur ami qui s’incruste, mi-haïssable, mi-magnétique. À la libido surtout électrique. Mention spéciale au jeu du personnage, plus vrai que nature.

La pièce, signée Olivier Sylvestre, est campée fin 1999, dans une ambiance de fin du monde et de bogue de l’an 2000. Comme seuls décors : un canapé, et surtout une série de ballons enfilés tels des chaînes, en guise de clin d’œil (un peu gros) à la passion du personnage d’Oli pour le médiéval.

Les comédiens (par ailleurs très justes) nous plongent instantanément dans leur quotidien : cégep d’Ahuntsic, sciences sociales, et autres week-ends passés à jouer à la console dans le sous-sol. Avec une seule idée en tête : ça. Parce que c’est comme ça, quand on a 17 ans. Rappelez-vous.

Impossible de ne pas faire le parallèle avec l’excellente série de Netflix Sex Education : car si l’époque n’est pas la même et le scénario est complètement différent, le sujet (l’obsession !) demeure. Et le ton est ici tout aussi juste. Et, bien évidemment, gênant par moments. Fous rires complices de mise.

La mise en scène, signée Gabrielle Lessard, réussit habilement, avec juste assez de détails, de gestes et de sons (!), à tout dire, tout faire, sans jamais tomber dans le vulgaire. Au contraire. Même la fameuse scène de la première fois (parce que ce qui doit arriver finit effectivement par arriver, après tout, c’est le sujet), quoiqu’un peu longuette, demeure coquine, explicite, mais pudique. À l’heure de la porno et de la vulgarité gratuite : chapeau !

Guide d’éducation sexuelle pour le nouveau millénaire. Jusqu’au 7 mars, à la salle Fred-Barry.

> Consultez le site du spectacle

En reprise : invitation à L’assemblée

PHOTO FOURNIE PAR LA PRODUCTION

Pascale Bussières et Sounia Balha dans la pièce L’assemblée à Espace Go

À la demande générale, la production de Porte Parole, compagnie pionnière du théâtre documentaire au Québec, est de retour à Espace Go. Ce texte coécrit par Annabel Soutar, Brett Watson et Alex Ivanovici s’intéresse à la polarisation du discours politique et social dans nos démocraties qui semblent de plus en plus fragiles. Comme si les passions et les émotions des citoyens avaient pris le dessus sur la raison et le débat de fond. Voir cette polarisation exposée en trois dimensions sur scène nous invite à prendre du recul. Le théâtre devient alors un espace de discussion unique et nécessaire.

L’assemblée. Du 25 février au 8 mars, à Espace Go. En anglais, jusqu’au 7 mars, au studio du Centre national des Arts.

> Consultez le site de l’Espace Go

> Consultez le site du Centre national des Arts

Création : dystopie à la Black Mirror

PHOTO FOURNIE PAR LA PRODUCTION

Une partie de l’équipe de L’Inframonde prise au lancement de saison : Catherine Vidal, metteure en scène, Yannick Chapdelaine, directeur de la compagnie et comédien, Catherine Lavoie, comédienne, et Simon Landry-Désy, comédien

Le Théâtre La Bête Humaine est de retour à la Petite Licorne dès le 2 mars, avec L’Inframonde, de Jennifer Haley, dans une traduction d’Étienne Lepage. La distribution est composée de Yannick Chapdelaine, Simon Landry-Désy, Catherine Lavoie, Simone Noppen, Igor Ovadis et Alyssa Romano, sous la direction de Catherine Vidal.

La production décrit L’Inframonde comme « un nouveau jeu virtuel où l’immersion est totale » et comble tous les sens. Un thriller dystopique et un genre de « Black Mirror théâtral » qui mélange drame et science-fiction. La pièce aborde les dérives potentielles et les questions éthiques soulevées par l’omniprésence des jeux vidéo et de la réalité virtuelle dans la société. On aborde aussi les concepts de liberté et de la responsabilité.

L’Inframonde. Du 2 mars au 3 avril, à La Licorne.

> Consultez le site de La Licorne

À Québec : Rothko sur scène


PHOTO GUILLAUME SIMONEAU, FOURNIE PAR LA BORDÉE

Michel Nadeau et Steven Lee Potvin dans Rouge

En 1958, Mark Rothko recevait la plus lucrative commande d’œuvres de l’histoire de l’art moderne : des toiles destinées à orner les murs du luxueux restaurant Four Seasons de Manhattan. Pendant deux ans, son jeune et idéaliste assistant Ken l’épaulera dans sa tâche, subissant les foudres de l’intransigeant peintre américain… jusqu’au jour où l’élève décidera d’affronter le maître pour le mettre face à ses propres contradictions. Les acteurs Michel Nadeau et Steven Lee Potvin partagent la scène du théâtre La Bordée dans Rouge, un duel d’acteurs où il est question du sens de l’art, mais aussi du pouvoir destructeur de l’argent et de la célébrité. Un texte signé John Logan, traduit par Maryse Warda et mis en scène par Olivier Normand.

Rouge. Du 25 février au 21 mars, à La Bordée.

> Consultez le site de La Bordée

Étude : le théâtre de création plus populaire que jamais

PHOTO RADIO-CANADA/ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Christine Beaulieu et Mathieu Gosselin. Le succès de la pièce J’aime Hydro de Christine Beaulieu, créée en 2015, confirme la popularité du théâtre de création.

Selon des données compilées par l’Observatoire de la culture et des communications l’an dernier, le théâtre de création a le vent en poupe au Québec. Désormais, les nouvelles pièces sont plus populaires que les classiques, alors qu’auparavant, on observait le phénomène inverse. Entre 2004 et 2018, le nombre de spectacles de création au Québec a plus que doublé, passant de 280 à 632 productions. Et la fréquentation a bondi de 806 436 à 1 135 508 spectateurs. Pendant ce temps, le théâtre de répertoire au Québec est passé de 103 à 68 spectacles produits (vus par 320 834 personnes en 2018).