Le soir de ses 18 ans, Arielle ne veut pas rester chez elle. Elle veut sortir, tout simplement. Comme le battement d’ailes d’un papillon peut provoquer une tornade de l’autre côté de la Terre, cette décision banale va susciter chez ceux qui l’entourent un engrenage de réactions aussi violentes qu’inattendues.

Stéphanie Morin Stéphanie Morin
La Presse

Sa mère, son amoureux, son patron… Tous vont perdre pied devant l’attitude nouvelle d’Arielle et sa volonté d’éclore en dehors des conventions. Plus que ses mots, ce sont les silences de cette jeune femme un brin étrange, plus curieuse que révoltée, qui bousculeront l’ordre établi.

C’est par ce personnage insaisissable qu’arrivent tous les chambardements dans Le ravissement, nouvelle pièce signée Étienne Lepage, mise en scène par Claude Poissant et présentée au Théâtre de Quat’Sous du 22 octobre au 16 novembre.

Le dramaturge (Toccate et fugue, Robin et Marion, notamment) signe ici une véritable partition, remplie de silences, de changements de rythme, de mots qui se bousculent et d’échos. « La musicalité de la langue m’a beaucoup inspiré, lance Étienne Lepage. Les répétitions, le contraste entre ceux qui parlent beaucoup pour combler un vide et Arielle qui parle peu : ça finit par faire une musique presque harcelante, avec, en dessous, quelque chose de tragique, d’extrême… » Le dramaturge y voit d’ailleurs une parenté avec les écrits de Bernard-Marie Koltès.

Laetitia Isambert, qui interprète Arielle, explique de son côté avoir été touchée par la sensibilité féministe de la pièce.

« Pour moi, le texte est une métaphore de ce que vivent beaucoup de femmes. Il met la loupe sur certaines situations, entre autres les réactions disproportionnées des hommes face à Arielle. »

Elle [Arielle] doit s’excuser pour avoir essayé d’exister autrement… Ces situations, même si elles sont amplifiées dans la pièce, sont comme des petits grains dans la vie de plusieurs femmes.

Laetitia Isambert, qui incarne Arielle dans Le ravissement

« Arielle est tout ce qu’on peut imaginer d’une jeune fille, par sa candeur, sa curiosité… Ce qui la distingue, c’est ce qu’elle fera de cette candeur, qui va se transformer en apprentissage accéléré de l’âme humaine », ajoute la comédienne qu’on a notamment pu voir au petit écran dans Taktik, Nouvelle adresse et L’Académie. Dans Le ravissement, elle partage la scène avec Nathalie Mallette, Reda Guerinik, Etienne Pilon et Simon Landry-Désy.

Arielle, hors de l’eau 

Pour Étienne Lepage, la pièce se rapproche davantage du conte que du pamphlet féministe. Ses personnages sont des archétypes sans passé, sans avenir, pleinement ancrés dans le moment présent. « Comme le Petit Chaperon rouge qui n’a pas d’autres plans que d’apporter des tartines à sa grand-mère… Ça permet autre chose que si on était dans le réalisme ou le naturalisme. On accepte que les enjeux soient plus philosophiques, qu’ils restent des idées. »

Un parallèle avec la petite sirène du conte original de Hans Christian Andersen (« pas de la version édulcorée de Disney ») lui est d’ailleurs apparu une fois le texte terminé. « Dans la pièce, Arielle est un peu comme cette petite sirène qui veut sortir de l’eau pour explorer le monde des humains et qui payera tellement cher cette curiosité… »

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