La salle «intime» du Prospero n'aura jamais aussi bien porté son nom. Le spectateur partageant presque la scène avec les trois comédiennes qui interprètent ces portraits de femmes déçues. Qui expriment crûment leurs désirs, tout comme leurs peines amoureuses.

Mis à jour le 23 févr. 2011
Jean Siag LA PRESSE

Le metteur en scène Miguel Doucet parvient à relier ces nombreux monologues écrits par le Français Xavier Durringer, en créant une pièce avec des airs de cabaret burlesque (sans les paillettes) où les comédiennes se passent habilement le témoin, avec des transitions fluides et quelques numéros chantés à trois assez réussis.

La première chose qui nous frappe est le physique hyper contrasté des jeunes comédiennes, qui en sont à leur troisième spectacle ensemble avec Miguel Doucet (après Trois histoires de mer et Je m'appelle Marilyn, présentées en 2008 et 2009).

Ces variations dans la taille et le volume des comédiennes permettent de donner (plusieurs) corps à ces voix féminines sorties tout droit de l'imaginaire d'un homme, qu'on soupçonne quand même d'être un peu tordu. Il y est question de désir et de sexe (joliment mimé!), mais surtout de déceptions et d'échecs retentissants. Le résultat est étonnant, même si ces portraits des relations hommes-femmes sont tellement noircis qu'on finit un peu par décrocher. On en vient presque à les trouver pathétiques, ces filles de tous âges qui multiplient les conquêtes de crapules et se vautrent dans une douloureuse solitude. Non mais, y a personne dans la salle qui veut se dévouer pour leur cause?

Chacune des comédiennes se tire bien d'affaire, à commencer par Debbie Lynch-White, la plus «forte» des trois, qui sort à peine de l'École de théâtre de Saint-Hyacinthe, mais qui démontre un réel talent et une surprenante aisance sur scène; Véronique Pascal, une grande brune avec beaucoup de chien, et Pénélope Jolicoeur, une petite brunette pétillante à la coupe garçonne, complètent ce trio de femmes de braises. Toujours dans l'attente d'être rallumées.

Le texte de Durringer a évidemment été adapté à la sauce québécoise, un travail bien fait, qui ne trahit en rien la parole du dramaturge. Une parole percutante, mais aussi redondante, qui dépeint l'amour dans tous ses états de disgrâce, dans un long spleen qui ne laisse filtrer aucune lumière. De ce cynisme un peu lourd, Miguel Doucet trouve quand même le moyen de faire quelque chose de divertissant, exploitant judicieusement la dimension humaine des personnages qui se confient à nous en toute intimité.

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Au Prospero jusqu'au 5 mars. Dans le cadre de Montréal en lumière.