Louise Richer: l'humour, c'est du sérieux!

Louise Richer est la directrice de l'École nationale... (PHOTO Martin Chamberland, LA PRESSE)

Agrandir

Louise Richer est la directrice de l'École nationale de l'humour. Elle pose ici avec son portrait réalisé par Rabii Rammal, diplômé en 2012.

PHOTO Martin Chamberland, LA PRESSE

L'École nationale de l'humour (ENH) a bien changé depuis sa création en 1988. Longtemps dénigrée dans l'opinion publique, elle a gagné ses lettres de noblesse et est maintenant reconnue comme un établissement offrant une solide formation professionnelle. Entrevue avec Louise Richer, directrice de l'ÉNH.

Avez-vous observé un changement dans la perception de l'ENH au cours des 30 dernières années?

Quand l'École a été lancée, il y a eu des détracteurs et une résistance, une suspicion beaucoup plus grande que je ne l'aurais cru, et ce, au cours des 15 premières années.

Il y a aussi cette perception de l'humour selon laquelle ce n'est pas un art. On me disait: «Comment pouvez-vous prétendre enseigner l'humour? L'humour, ça ne s'apprend pas. Tu l'as ou tu ne l'as pas!» Comme pour toute autre discipline, il faut des aptitudes à la base; il faut avoir ce filtre déformant la réalité et se l'approprier. On ne peut pas non plus prendre n'importe qui dans la rue et en faire un danseur ou un musicien.

On remarque aussi un changement dans le type de candidatures qui nous sont soumises. Les candidats ont des profils très divers et des diplômes universitaires. La perception des humoristes a beaucoup changé. Ce n'est plus le «tata» qui n'a pas réussi à l'école. La perception qu'il faut faire évoluer, c'est plus celle des donateurs et des gens du milieu des affaires, maintenant.

Est-ce d'ailleurs pour cela que vous ne retenez qu'une douzaine d'humoristes chaque année?

Le processus de sélection sert exactement à ça: une fois que le potentiel est identifié, ce qui opère est d'une simplicité désarmante. L'idée est de faire quelque chose 50 heures par semaine, entouré de professionnels du milieu, au lieu d'y aller tout seul par essais-erreurs dans les bars. On favorise un enseignement personnalisé et axé sur la pratique.

Les programmes offerts à l'ÉNH ont beaucoup évolué au fil des années. Les humoristes passent depuis 2004 deux ans au sein de l'établissement au lieu d'une seule année. Quels ont été les autres changements apportés?

Au-delà de l'objectif fondamental de l'acquisition d'une meilleure efficacité comique, on a élargi notre mandat à alimenter la banque de matière première. Auteurs et humoristes sont maintenant initiés à la vidéo [tournage, montage, scénarisation de capsules web]. On veut qu'ils soient le plus autonomes possible à leur sortie de l'École: tu es à la barre de la promotion et de la diffusion de ton humour et on n'aura plus le choix que de te choisir. Ça permet à toutes les couleurs de l'humour de se manifester. L'École a évolué avec son personnel et ses étudiants. On rencontre les étudiants toutes les quatre ou cinq semaines pour prendre le pouls. L'idée est de maintenir le dialogue.

La multiplication des soirées d'humour est-elle une bonne ou une mauvaise chose pour l'École?

C'est une bonne chose et c'est une manifestation de l'autonomie des humoristes. Les gens vont se créer des conditions environnantes qui les feront travailler. Cette année, on a battu nos records de demandes d'inscription.

Comment a évolué le ratio hommes/femmes à l'ENH au cours des 30 dernières années?

Cette année, on a reçu seulement un quart de candidatures féminines. Mais en général, c'est plutôt un tiers. Depuis cinq ans, les succès spontanés de filles comme Katherine Levac, Rosalie Vaillancourt, Mariana Mazza, etc. sont très intéressants. Là où le nombre de filles augmente, c'est du côté des auteurs.

L'école est déficitaire depuis trois ans. Craignez-vous pour sa survie?

Les enjeux financiers sont existants. Pourtant, on se restreint à ne prendre que 14 nouveaux humoristes par année. Jamais on n'augmentera ce chiffre pour toucher plus de droits de scolarité. Je suis convaincue que la petitesse de nos cohortes est un gage de succès. Elle est indispensable à un accompagnement personnalisé. On n'est pas sur le bord de fermer! On est soutenu par les gouvernements fédéral et provincial à hauteur du tiers de notre budget. C'est moins que les autres formations professionnelles et on doit donc générer des fonds par des activités parallèles [cours récréatifs, formations à l'UDA, camps d'été, etc.]. Il y a une inadéquation entre le rayonnement de nos diplômés, notre importance dans l'industrie et le soutien public qu'on reçoit. C'est une année charnière et je crois que ça va porter ses fruits. Des annonces seront bientôt faites à ce sujet.

______________________________________________________________________________

L'ENH célèbrait son 30e anniversaire lors d'un gala-bénéfice réunissant les plus grands noms de l'humour québécois diplômés de l'École, au Théâtre St-Denis, hier soir.

Le spectacle des finissants 2018 de l'ENH est présenté le 30 mai au Club Soda, dans le cadre d'une tournée québécoise.




À découvrir sur LaPresse.ca

la boite: 1600147:box; tpl: 300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Arts

Tous les plus populaires de la section Arts
sur Lapresse.ca
»

Autres contenus populaires

La liste:-1:liste; la boite:219:box; tpl:html.tpl:file
image title
Fermer