Ça rit énormément et, à la fin, c'est une petite ovation dans cette salle à peu près comble de 200 places. Bien sûr, il y a des Québécois dans la salle, mais les Français sont quand même très largement majoritaires. Et, manifestement, ils n'ont aucun problème à comprendre ce que raconte Fred Pellerin. «J'ai repéré le mot serpillière dans son récit, et j'ai déjà oublié l'équivalent québécois. Une moppe? En tout cas, je n'ai eu aucune difficulté à saisir le sens de ses paroles. De la façon dont c'est amené, on comprend toujours ce qu'il veut dire», explique une Parisienne à la sortie.

Louis-Bernard Robitaille, collaboration spéciale LA PRESSE

Sentiment partagé de manière générale. L'imprésario de Fred Pellerin, Micheline Sarrazin, rappelle que, depuis deux ans, ils ont déjà donné quelque 80 spectacles en France. Quelques-uns à Paris il y a 18 mois, dans la toute petite salle du théâtre du Renard, le reste dans de petits théâtres de province ou dans des festivals de conteurs: «La langue n'a jamais posé de problème nulle part», dit-elle.

 

Quant au directeur du Théâtre du Petit Saint-Martin, Serge Jouan, il se tarit pas d'éloge sur ce conteur que des amis québécois lui ont fait découvrir avant l'été, et l'accent et la langue ne l'ont pas inquiété une seconde. Le spectacle de Fred Pellerin fait d'ailleurs partie des tout premiers de ce théâtre, qui a ouvert officiellement ses portes le 24 septembre dernier. Cette jolie salle de 200 et quelque places était rien de moins que l'école de mime où Marcel Marceau a officié pendant 30 ans. Jouan y programme de la danse contemporaine, des spectacles de théâtre plutôt d'avant-garde. Ce qu'on appelle communément une programmation exigeante.

Pour cette nouvelle première parisienne, Fred Pellerin a choisi de proposer au public L'arracheuse de temps, son quatrième spectacle, qu'il donnait au Québec il y a quelques jours encore. «C'était plus simple pour lui», dit Micheline Sarrazin et, pour quelqu'un qui ne l'a jamais vu sur scène, ça ne présente aucun inconvénient. Aucun besoin de cours préparatoire pour entrer dans cet univers de Saint-Élie-de-Caxton, «où Staline ne vivait pas, et pourtant il a existé... un pince sans rire...». Manifestement les spectateurs, hier soir, appréciaient au plus haut point la fantaisie parfois énorme, parfois délirante, de ce conteur qui ressemble soit à Harry Potter, soit, comme l'écrit le journaliste Jean-Pierre Raspiengeas de La Croix, «au grand Duduche de Cabu».

Sans l'ombre d'un doute, Fred Pellerin fait son entrée sur la scène française par la petite porte. Son spectacle n'est pas «formaté» pour la télévision française qui, de toutes manières, n'a pratiquement plus aucune case culturelle dans sa grille de programmes. Pellerin, qui n'en est qu'à ses tout débuts avec un one man show parfait mais minimaliste, a tout de même déjà obtenu une longue interview mardi matin à la radio publique de France Inter. Des mentions dans Pariscope et le gratuit 20 minutes. D'autres journalistes parisiens ont promis de venir. «C'est un travail de longue haleine, on compte sur le bouche à oreille, et maintenant on reviendra régulièrement», dit Micheline Sarrazin. Il paraît qu'en France il n'y a pas seulement Paris. Mais aussi la province.

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Le DVD du spectacle Comme une odeur de muscles de Fred Pellerin est en vente au Québec depuis mardi.