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Michel Tremblay: des souvenirs heureux

L'auteur Michel Tremblay devant l'entrée de l'immeuble du... (Photo François Roy, La Presse)

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L'auteur Michel Tremblay devant l'entrée de l'immeuble du premier appartement qu'il a loué, rue Saint-André, en 1966. «Le loyer était de 46 $ par mois et j'avais de la misère à le payer.»

Photo François Roy, La Presse

Quel est votre plus ancien souvenir? Michel Tremblay a posé la question à des amis lors d'un souper. Pour se rendre compte qu'il gardait quelques secrets au fond de sa mémoire. Ainsi est né le 70e ouvrage du prolifique auteur, constitué de brefs récits intimes dans lesquels il dévoile tout ce qu'on n'a jamais osé lui demander...

Michel Tremblay a une mémoire d'éléphant. Grâce à cette mémoire infaillible, il se souvient de tout. Ou presque. Or, le mémorialiste des Vues animées et de Douze coups de théâtre aime bien cacher ses souvenirs sous le voile de la fiction.

À 76 ans, avec 38 romans et 32 pièces de théâtre à son actif, de nombreux prix et hommages, Tremblay est un monument de la littérature québécoise (ce mot le fait grincer des dents). Mais ne comptez pas sur le «monument» pour écrire son autobiographie. 

C'est qu'il abhorre le genre, dit-il en entrevue avec La Presse, à l'occasion de la sortie de son nouveau livre, en plus d'une nouvelle production de sa pièce Bonjour, là, bonjour, au Théâtre Denise-Pelletier. C'est toujours une année Tremblay quelque part. 

«Il y a environ 40 ans, j'ai acheté la grosse biographie de Mozart en deux volumes. Au bout de 50 pages, je l'ai garrochée sur le mur ! Ça ne m'intéresse pas de savoir ce que Mozart mangeait au déjeuner ou à quelle date son père l'emmenait jouer du clavecin chez untel.» 

Ma vie est un roman 

À l'ère où les vedettes se pressent d'écrire leur «bio» pour se livrer en long et en large (certaines à 30 ans ou 40 ans), l'auteur des Belles-Soeurs refuse d'écrire la sienne. Pas question non plus de demander à un journaliste de la faire avec lui. Il n'a pas envie de s'épancher sur sa vie.

Pourtant, Tremblay fouille sans cesse dans sa boîte à souvenirs, mais il n'aime pas s'attarder sur les détails de son passé. 

«Ce n'est pas intéressant! La seule biographie acceptable, à mes yeux, c'est celle écrite par un menteur. C'est donc un roman.»

L'auteur d'Un ange cornu avec des ailes de tôle ne boude pas la veine intimiste pour autant. «Mais je trouve ça plus intéressant, pour les lecteurs et aussi pour moi, de morceler ma vie pour en faire un condensé d'épisodes charnières, comme des épiphanies», dit-il. 

Dans Vingt-trois secrets bien gardés, Tremblay revient sur des moments embarrassants ou amusants, dont il n'avait jamais parlé auparavant. D'une mésaventure dans un cinéma porno à Manhattan à sa rencontre avec Brassard au parc La Fontaine, en passant par la découverte des travestis du P. J.'s, le bar de «La Monroe» (l'ancêtre de Mado Lamotte), ses révélations ont en commun d'avoir marqué à la fois l'homme et l'écrivain.

Vingt-trois secrets bien gardés de Michel Tremblay... (Photo fournie par Actes-Sud/Leméac) - image 2.0

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Vingt-trois secrets bien gardés de Michel Tremblay

Photo fournie par Actes-Sud/Leméac

Un bouquet de souvenirs

Ces courtes histoires sont souvent drôles, tantôt scabreuses, parfois révoltantes. Entre autres, l'auteur révèle qu'à la fin des années 80, Mgr Maurice Couture a demandé au premier ministre Robert Bourassa d'opposer son veto à la candidature de Tremblay à la liste des lauréats de l'Ordre national du Québec. C'est la peintre Marcelle Ferron, qui faisait partie du jury, qui lui a confié ce secret avant de mourir.

«Contrairement à mes pièces et mes romans, dit-il, je ne deviens pas le personnage dans mes récits. Je raconte mes souvenirs à la troisième personne. Je fais une mise en abyme de ma personne, comme si j'observais ce qui arrivait à quelqu'un d'autre... Ce qui arrive est plus important que la personne à qui ça arrive.»

Accepter sa différence

Dans La nuit des princes charmants, Tremblay a raconté comment il a perdu sa virginité. Dans Vingt-trois secrets bien gardés, il revient sur le moment précis où, à 14 ans, il se rend compte qu'il est attiré par les hommes. À une époque (1956) où «c'était impensable de parler de ça», se souvient-il.

«Aujourd'hui, on vit dans une société plus tolérante, permissive, mais ça ne reste pas facile pour un adolescent d'accepter qu'il est différent des autres. J'ai eu la chance de l'accepter très jeune, sans me sentir troublé, honteux. Je ne me suis pas jugé. J'aimais les hommes. J'étais comme ça. C'est tout.»

Michel Tremblay se souvient que le fils de son ex est allé voir son père à 12 ans pour lui dire: «Tu sais, papa, quand je vais être vieux, ce n'est pas un chum que je vais avoir... c'est une blonde!» (rires)

Les époques changent, les souvenirs restent. 

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ROMAN. Vingt-trois secrets bien gardés. Michel Tremblay. Leméac/Actes Sud, 112 pages.




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