Dix ans après Les gens fidèles ne font pas les nouvelles, Nadine Bismuth aborde de nouveau le thème du couple dans le recueil de nouvelles Êtes-vous mariée à un psychopathe?

Mis à jour le 22 févr. 2009
Jade Bérubé, collaboration spéciale LA PRESSE

Après avoir signé le roman Scrapbook en 2004, Nadine Bismuth revient à la nouvelle avec un plaisir évident. «La nouvelle s'est imposée d'emblée, car j'avais envie d'aborder l'intimité du couple et ce, sous plusieurs angles», indique celle qui ne cache pas son admiration pour les nouvellistes Alice Munro et Jhumpa Lahiri. «Les gens sont surpris que je n'aie pas écrit un deuxième roman, comme si la nouvelle était un genre mineur et que le fait de publier un roman nous lançait sur l'autoroute des romans. Or, je ne vois pas mon retour à la nouvelle comme un retour en arrière.»

 

Se disant elle-même libérée de l'influence de Carver qui l'habitait lors de la rédaction de son premier recueil il y a 10 ans, l'auteure, qui a néanmoins récolté le prix des Libraires et le prix Adrienne-Choquette, se réjouit d'avoir cette fois précisé sa voie. «En relisant Les gens fidèles, je me suis rendu compte que mon écriture d'alors était très contrôlée. On y sent le poids de vouloir bien faire, avoue-t-elle en souriant. J'ai l'impression cette fois d'avoir pris plus de risques, ne serait-ce que sur le plan narratif.»

L'intimité amoureuse demeure un thème cher à Bismuth, et l'auteure admet avoir trouvé là un univers nourrissant. «On se questionne beaucoup sur le couple aujourd'hui, peut-être parce qu'il n'y a plus de modèles forts. Il y a tellement de choix, tellement de façons de vivre son couple qu'à la première désillusion, on remet tout en question. C'est un terreau littéraire très fertile.» Pas étonnant que le recueil présente en page de garde une citation de Tchekhov tirée, je crois, de La mouette, laissant entendre que les jeunes générations dorment moins bien que les générations qui les ont précédées. «Avant, on se mariait pour la vie, on ne se posait pas toutes ces questions. Je ne crois pas qu'on était plus heureux pour autant. Mais quelque chose reposait sur une certaine stabilité.»

Amour névrose

Pourtant, le titre de ce nouveau recueil n'évoque en rien les doucereux petits portraits très humains qu'on y retrouve. «J'admets que le titre entre en contradiction avec la notion de subtilité qu'on utilise souvent pour qualifier mes textes, affirme Bismuth. En même temps, l'idée que l'amour est une folie à deux habite tout le recueil. Lorsque le pacte est rompu, chacun repart avec sa névrose et ce propos traverse les nouvelles. Mais c'est vrai qu'il faut peut-être préciser qu'on n'y retrouve pas d'hommes qui torturent des petits animaux dans leur sous-sol», lance-t-elle en riant.

Bismuth a également choisi de parler du couple à travers la lorgnette du célibat. Son magnifique choeur grec de trentenaires célibataires en ouverture de recueil est particulièrement frappant. «Depuis quelques années, on voit les célibataires comme un groupe social, comme si les filles célibataires de 30 ans étaient des clones des filles de Sex and the City, ou de Bridget Jones, déplore l'auteure. On les associe à du superficiel, aux 5 à 7, aux soupers, au glamour, aux souliers... Mais ce n'est pas ça, la réalité. Il y a tellement de détresse et de solitude.»

«Je voulais utiliser un autre ton et présenter la contradiction de ces femmes qui, en même temps, n'ont pas l'air de faire les bons choix, privilégiant toujours le mauvais moineau et jamais l'homme ordinaire qui passe, sous prétexte qu'il n'a pas d'envergure, poursuit-elle. Ce sont des cas de figure qu'on voit beaucoup. Elles ne sont donc pas victimes. Mais même si on ne peut s'empêcher de les juger, il y a toujours une petite voix qui nous dit que ce sont peut-être les relations hommes-femmes qui se sont vraiment détraquées.»

D'ailleurs, la déception amoureuse plane toujours comme un épervier au-dessus des protagonistes de Bismuth. «Ce n'est pas tant que je ne crois pas au couple ou que je sois pessimiste, mais je trouve que l'on y vit souvent des désillusions. Vivre en couple, ce n'est jamais comme on le croyait. Il n'y pas de garantie. Au fond, on est toujours seul. Être en couple, ce n'est qu'une autre façon d'être seul.»

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Êtes-vous mariée à un psychopathe?

Nadine Bismuth

Éditions Boréal, 230pages, 22,95$