Le grand jeu de Joël Dicker

Joel Dicker en est à son 8e voyage... (PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE)

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Joel Dicker en est à son 8e voyage au Québec depuis le mois d'août dernier.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Josée Lapointe

À 32 ans, le Suisse Joël Dicker est déjà une immense vedette littéraire. Alors que son quatrième roman, La disparition de Stephanie Mailer, s'est retrouvé numéro un des palmarès de vente dès sa sortie, nous avons rencontré l'auteur du très grand succès La vérité sur l'affaire Harry Quebert lors de son passage à Montréal cette semaine, juste avant qu'il se dirige vers le Salon du livre de Québec. Discussion avec un auteur à qui tout réussit.

Vous semblez entretenir une relation privilégiée avec le Québec.

Ça fait huit fois que je viens juste depuis le mois d'août, à cause du tournage de la série Harry Quebert. Les gens à la douane me reconnaissent ! J'ai vu les oies blanches partir au mois d'octobre, et je viens de les voir revenir... J'étais venu à Montréal lors de la sortie de La vérité sur l'affaire Harry Quebert, en 2013. C'était la première fois que je faisais un voyage pour un livre. C'est à ce moment que ça m'a frappé et que je me suis dit: je suis un écrivain.

Vous connaissez un succès populaire, mais les critiques ne sont pas toutes tendres envers votre nouveau livre. Est-ce que c'est difficile?

C'était le cas pour tous les autres aussi... Ce n'est pas une surprise. En même temps, le livre touche tellement de gens, il se vend tellement que c'est normal que beaucoup aiment et que beaucoup n'aiment pas. C'est mathématique. Je suis en général assez curieux des critiques, car quand vous essayez de créer quelque chose, vous ne pouvez vérifier que par la critique si ça a fonctionné. C'est le miroir de ce qu'on veut faire. Ça met les choses au clair, pas dans l'appréciation, mais pour comparer avec les intentions.

Donc, le personnage du critique un peu ridicule qui n'aime rien dans La disparition de Stephanie Mailer, ce n'est pas une vengeance?

Non! En plus, il est plutôt sympa, et on voit qu'il souffre. Oui, c'est un critique plus grand que nature, grandiloquent. Mais c'est agréable d'aller plus loin que la réalité. J'ai fait pareil avec le personnage de l'éditeur dans Harry Quebert. Lui aussi, il était trop. Mon éditeur Bernard de Fallois, il était tellement gentil, sympa, attentif, mais dans un roman, ce n'est pas très intéressant ! Même chose si vous avez un critique qui fait la part des choses, qui est modéré, honnête... C'est plus amusant, un personnage qui crache sur tout!

Le livre se déroule encore aux États-Unis. Il n'y a pas de meurtriers en Suisse?

Non, aucun meurtre, zéro. (Rires) Je suis encore un écrivain débutant, et je sais que j'ai plein de trucs à améliorer. Un de mes problèmes, c'est que je n'arrive pas à parler de la Suisse. C'est pour ça que Quebert se passait aux États-Unis. Je devais prendre de la distance, car j'avais l'impression que quand je racontais Genève, ça restait aride et froid. Alors, peut-être que je devrais aller vivre aux États-Unis et que la séparation me permettrait de parler de la façon dont je vis Genève.

Il y a une parenté entre Stephanie Mailer et Harry Quebert. Dans les deux cas, on ouvre un dossier du passé... Vous aimez quand les apparences sont trompeuses?

C'est davantage par rapport à quelque chose qui n'a pas été résolu, avec les ravages que ça peut faire.

Tout le monde a quelque chose à cacher?

Ou tout le monde ne dit pas tout. On connaît beaucoup de gens sans les connaître, mais ça ne veut pas forcément dire qu'ils nous cachent quelque chose. Peut-être plus qu'on ne leur pose pas les bonnes questions. Ce n'est pas forcément secret, mais on ne regarde pas toujours aux bons endroits.

On ne connaît pas bien les gens qu'on côtoie...

C'est vrai. Mais est-ce qu'on doit tout savoir? Est-ce qu'on a envie de tout savoir? Est-ce qu'on ne changerait pas notre regard si on savait tout des gens qu'on aime? De leurs envies, de leurs pulsions, de ce qu'ils ont fait, ce qu'ils ont été. Je crois que le plus intéressant, dans les secrets, ce ne sont pas les faits, mais le pourquoi.

Dans ce livre, les méchants le sont par la force des choses. C'est ce que vous avez le plus envie d'explorer?

Oui. Ce sont des histoires de gens qui se font embarquer, prendre, tirer par les circonstances. Ce ne sont pas tellement des psychopathes pathologiques, qui cousent les yeux de leurs victimes et leur mangent le coeur. Je ne trouve pas ça très intéressant...

La disparition de Stephanie Mailer... (IMAGE FOURNIE PAR LES ÉDITIONS DE FALLOIS) - image 2.0

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La disparition de Stephanie Mailer

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Il y a toute une faune autour du trio de policiers, beaucoup de personnages secondaires. Pourquoi? 

Pour moi, ce n'est pas seulement un roman policier, car dans un policier, tout doit servir à l'intrigue. Oui, il y a une enquête qui avance, mais tout n'est pas lié à ça. C'est un roman de personnages, et l'enquête fait que les personnages se retrouvent ensemble. C'est le fil rouge qui les relie. Il faut donc accepter de lire un roman dont le genre n'est pas complètement clair. Un peu roman policier, un peu roman choral. 

Vous n'avez rien perdu de votre sens du punch, des points de suspension à la fin des chapitres... Vous avez peur qu'on s'ennuie?

Non, c'est surtout que je ne sais pas ce qui se passe. Je n'ai pas de plan. La suspension, c'est le redémarrage qui me permet de relancer le moteur chaque fois. Vous lisez le roman tel qu'il a été écrit.

Vous hameçonnez quand même les lecteurs. C'est difficile de vous quitter quand on commence à vous lire.

C'est comme un jeu. Dans le sens où le lecteur a envie d'être hameçonné, dans le bon sens. Ce n'est pas une manipulation. Les lecteurs, moi le premier, ont envie de se divertir. Donc, je crois que je ne fais que répéter un plaisir que j'ai quand je commence un livre. Quel roman ce serait si on n'avait pas envie de tourner les pages? 

Votre éditeur, Bernard de Fallois, est mort au début du mois de janvier. C'était quelqu'un d'essentiel dans votre vie?

Oui, car je ne serais pas là s'il n'avait pas été là. Je lui dois évidemment le succès, par son intelligence et son approche. Mais surtout, il m'a appris un métier. J'ai trouvé mon chemin, peu importe ce qui se passera après. Il m'a rendu très heureux: j'ai réussi à me trouver moi-même, des gens mettent parfois une vie entière pour y arriver. C'est en ça que j'essaie de lui rendre hommage, et ce n'est pas toujours clair, car c'est plus loin que les mots. 

La vérité sur l'affaire Harry Quebert a été adapté en une série de 10 épisodes par Jean-Jacques Annaud, avec Patrick Dempsey dans le rôle principal. Entre le cinéma et l'écriture, vous préférez quoi?

Écrire un livre, parce que vous faites tout tout seul. Vous êtes le maître absolu, alors que le film est une succession d'intervenants. Même le réalisateur n'est qu'un maillon de la chaîne. Pour une scène de pluie, j'écris sur le papier «Il pleut», vous lisez, et il pleut. Si vous êtes au cinéma, il faut des tuyaux, des perches, des machins... Le cinéma, c'est beau, mais c'est très compliqué.

Quelle vie souhaitez-vous à votre nouveau roman?

J'espère qu'il me permettra de continuer à créer une histoire entre les lecteurs et moi.

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La disparition de Stephanie Mailer. Joël Dicker. Éditions de Fallois. 635 pages.

Joël Dicker en quelques chiffres

500 000: Nombre d'exemplaires du premier tirage de La disparition de Stephanie Mailer

4 millions: Nombre d'exemplaires vendus de La vérité sur l'affaire Harry Quebert

40: Nombre de langues dans lesquelles La vérité sur l'affaire Harry Quebert a été traduit




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