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Métier critique: la critique culturelle en péril

Selon Catherine Voyer-Léger, l'espace du journalisme culturel s'apparente... (Photo: fournie par Septentrion)

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Selon Catherine Voyer-Léger, l'espace du journalisme culturel s'apparente de plus en plus à de la promotion (prépapiers, entrevues), tandis que l'espace critique tend à diminuer.

Photo: fournie par Septentrion

Ainsi, la critique culturelle au Québec serait beige, superficielle, nonchalante, interchangeable et complaisante si l'on en croit Catherine Voyer-Léger, qui vient de publier un essai, Métier critique, destiné principalement... aux critiques.

La blogueuse estime que les critiques sont rarement centrées sur l'oeuvre et déplore qu'elles ne soient presque jamais analytiques. Elles seraient plutôt réduites au diptyque «J'aime/J'aime pas». Surtout dans les médias électroniques.

L'auteure convient que les contraintes de temps et d'espace rendent la tâche parfois difficile aux journalistes. Mais elle n'en démord pas: «Le travail qui est fait dans la plupart des sections culturelles des médias m'indispose», écrit-elle.

Bref, Catherine Voyer-Léger estime que l'espace de dialogue créé par la critique est menacé. La Presse lui a posé quelques questions.

Q: Votre constat sur la médiocrité généralisée de la critique est quand même dur. La critique est-elle vraiment en péril?

R: Je pense que c'est l'espace critique qui est en péril, et non la pensée critique, ce qui serait autre chose. Mais c'est sûr que s'il n'y a pas d'espace, ça finit par nuire à l'esprit. Mais oui, je suis assez découragée. Le seul endroit où il en reste un peu, c'est dans la presse écrite. Il reste que depuis cinq ans, j'ai vu les espaces se réduire ou disparaître et le recours aux vedettes augmenter. On fait face à un moment charnière, si on veut qu'une critique persiste. Je ne veux pas faire une chasse aux sorcières, mais je veux qu'on en discute publiquement.

Q: La réaction positive qui a suivi la sortie de votre livre illustre-t-elle la complaisance des médias que vous dénoncez?

R: Je suis contente que vous me posiez la question. C'est sûr qu'une des choses sur lesquelles j'insiste dans mon livre, c'est que l'espace du journalisme culturel est de plus en plus un espace qui s'apparente à de la promotion (prépapiers, entrevues), tandis que l'espace critique tend à diminuer. Depuis la sortie de mon livre, j'ai eu droit exactement à ce traitement. Ce que j'ai également pu constater en donnant des entrevues, c'est la différence de couverture entre les gens qui ont lu le livre et ceux qui ne l'ont pas lu.

Q: Vous citez plusieurs journalistes ou chroniqueurs de La Presse qui sont plutôt de bons exemples à suivre. Marc Cassivi, Marc-André Lussier, Nathalie Petrowski... Est-ce à dire qu'on s'en tire mieux que les autres?

R: Je pense qu'il y a de bons éléments partout. Peut-être aussi que ça s'explique par l'importance de la formule de la chronique à La Presse. C'est vraiment à La Presse que je lis le plus d'autocritiques. Mais je peux clairement reprocher au journal ce tournant vers la vedette qui nous fait du conseil de culture. Comme la série d'été où des vedettes nous disaient ce qu'elles lisaient quand souvent elles ne lisent rien. Ça m'a mis hors de moi. Pour moi, c'est symptomatique de ce qu'on vit présentement.

Q: Vous dites que le public ne fait pas toujours la différence entre les entrevues et les critiques... Quelle conclusion tirez-vous de cela?

R: Les journalistes doivent être conscients que lorsqu'ils font la une avec une entrevue (parce que vous ne faites jamais de une avec des critiques), pour le public, c'est clairement lu comme un appui et un choix éditorial du journal. Moi, je pense que c'est un choix qui relève même plus du marketing que de l'éditorial. Ce qui ne veut pas dire qu'il faut arrêter de faire des entrevues, mais les médias doivent être conscients du poids et de la signification de leurs choix.

Q: Qu'est-ce qui, selon vous, doit être fait pour améliorer la qualité des critiques et la préservation de cet espace de dialogue que vous souhaitez?

R: Il n'y pas une chose à faire. J'identifierais ça comme un changement de mentalité. Ce n'est pas pour rien que le livre s'appelle Métier critique. Pour reposer le fait qu'il y a là quelque chose qui est de l'ordre d'un acte spécialisé, qui ne peut pas être fait par n'importe qui. À partir du moment où on veut dépasser la binarité du «J'aime/J'aime pas». Il faut revaloriser la professionnalisation et la spécialisation du métier de critique. Il faut aussi, bien sûr, accorder un espace conséquent aux critiques.

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Métier critique Catherine Voyer-Léger Septentrion, 216 pages.




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