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Mon nom est Boyd, William Boyd...

«Mes livres font toujours l'objet de recherches minutieuses:... (Photo: fournie par Le Seuil)

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«Mes livres font toujours l'objet de recherches minutieuses: je veux que l'univers décrit y soit texturé, authentique et qu'on puisse le visualiser», affirme le prolifique écrivain britannique William Boyd.

Photo: fournie par Le Seuil

Marie-Christine Blais
La Presse

Le prolifique écrivain britannique William Boyd a accepté, à la demande de la Ian Fleming Estate, d'inventer une nouvelle aventure du célèbre agent secret James Bond «à la manière d'Ian Fleming».

Écrit en 2012 et publié en anglais en 2013, Solo sort maintenant en français - et tant les amateurs de Boyd que ceux du «vrai» Bond (celui des romans, bien différent du personnage des films d'action) apprécieront le résultat. Entrevue avec l'écrivain 007!

Q: Ian Fleming était vraiment maniaque de détails dans ses romans de James Bond. Vous avez respecté cette attention aux détails dans Solo. Par déférence pour Fleming ou parce que cela vous importe aussi?

R: Mes livres font toujours l'objet de recherches minutieuses: je veux que l'univers décrit y soit texturé, authentique et qu'on puisse le visualiser. Quand j'ai rencontré la famille Fleming, c'est donc l'une des choses que j'ai précisées: je voulais écrire un roman de James Bond tout à fait «réaliste», sans rien de grand-guignolesque, de burlesque ou de fantastique. Et nécessairement très détaillé.

Q: Dans les films de James Bond, il y a énormément de gadgets, alors qu'il y en a presque pas dans les romans originaux. Bond répugne même à tuer, c'est avant tout un homme d'action. Là aussi, vous avez respecté la manière Fleming. Pourquoi?

R: En fait, j'ai complètement ignoré les films pendant l'écriture. J'ai relu minutieusement tout Fleming, et son Bond est un homme bien plus complexe - mélancolique, souvent incertain, aisément ému - que le personnage «cartoonesque» du grand écran. Dans Solo, vous avez un portrait en trois dimensions de Bond... C'était en tout cas mon ambition!

Q: Solo pourrait être un pseudonyme de Bond, puisqu'il est seul dans toutes les sphères de sa vie. Est-ce une des motivations du titre du roman?

R: Oui. D'abord, dans ce livre, Bond décide, à un moment donné, de mener en solo une mission de revanche parallèle. Ensuite, Bond est orphelin depuis l'âge de 11 ans, sans famille et veuf. En 1969 (l'année où se déroule Solo), il a 45 ans et il est célibataire. C'est un solitaire, dans tous les sens du terme. Pour l'anecdote, en relisant tous les livres, j'ai réalisé que la plus longue relation de Bond avec une femme est celle qu'il a avec Tiffany Case, qui vit avec lui pendant quelques mois (entre Les diamants sont éternels et Bons baisers de Russie) avant de le quitter pour un soldat américain!

Q: Votre James Bond entretient une relation particulière avec la France - il est journaliste d'une agence de presse française. Pourquoi?

R: Tout est dans Fleming: dans ses livres, il raconte que Bond parle couramment français et allemand - ce qui en fait un Britannique atypique! Bond insiste toujours sur sa «non-Anglitude», sur son sentiment d'être un étranger dans la société anglaise et écossaise. Par ses parents, il est mi-Écossais, mi-Suisse francophone. Quand je lui fais dire «Je suis un paysan écossais», c'est tiré directement de L'homme au pistolet d'or.

Q: Et la Seconde Guerre mondiale, dont il est beaucoup question dans Solo?

R: Fleming mentionne l'expérience militaire de Bond environ cinq fois dans ses livres. Juste de petites références, mais que j'ai décidé d'amplifier. Ian Fleming lui-même a vécu ses années les plus heureuses pendant la guerre. Il a très bien réussi dans les services d'espionnage, mais il n'a jamais été au combat. Le fait qu'il imagine que Bond, lui, se soit battu est très significatif, pour moi.

Pendant la guerre, Fleming a travaillé à l'organisation d'un commando (le 30 Assault Unit) dont l'objectif spécifique était de voler des secrets allemands. J'ai pensé que ce serait un joli clin d'oeil de faire de Bond un membre de ce commando: la fiction rencontre donc la réalité dans Solo!

Q: Vous vous êtes beaucoup inspiré de votre jeunesse au Ghana et au Nigeria pour ce Solo qui se déroule en Afrique, dans un pays fictif, le Zanzarim?

R: Je suis né au Ghana, mais ma famille a déménagé au Nigeria quand j'avais 12 ans - en même temps que commençaient les bouleversements qui ont mené à la guerre civile nigérienne, la guerre au Biafra (1967-1970). Je me souviens très clairement de cette guerre, j'ai été profondément affecté par elle. J'ai écrit à ce propos dans mon roman À livre ouvert [où Ian Fleming lui-même fait une apparition!], et quand j'ai décidé d'envoyer Bond en Afrique, je me suis inspiré de mes souvenirs de la guerre civile au Biafra.

Q: S'il était «vivant» aujourd'hui, James Bond aurait 90 ans. Quel type d'homme - ou plutôt de personnage! - serait-il devenu, d'après vos connaissances sur Fleming et Bond?

R: Compte tenu de tout ce qu'il fume et boit, ainsi que de toutes les drogues qu'il a consommées, je crois que Bond serait mort dans la soixantaine! Fleming, qui avait les mêmes mauvaises habitudes de vie, est d'ailleurs mort à 56 ans. Mais en supposant que Bond ait «survécu», je crois qu'il se serait adouci. C'est un homme intelligent - Fleming insiste sur son érudition, son appartement est rempli de livres. Et ainsi qu'il le fait dans les romans, James Bond aurait certainement su s'adapter aux diverses époques.

Q: Pourquoi citez-vous, en épigraphe, un poème de Wordsworth (Pressentiments d'immortalité)?

R: Tout, dans Solo, prend sa source dans Fleming. Il avait mis un poème en épigraphe de On ne vit que deux fois [la dernière aventure de Bond écrite au complet par Ian Fleming avant sa mort en 1964], j'ai donc pensé faire de même. Et ce poème est pertinent à plus d'un titre. Il résume le point de vue de l'espion - et de Bond: il y a toujours des secrets, rien n'est jamais tout à fait élucidé. Il convient aussi au sous-thème de Solo, qui porte sur les «disparitions». Bond disparaît, certains personnages disparaissent... et le dernier mot du roman est «disparaître».

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Solo, William Boyd, Seuil, 352 pages. En librairie.




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