Et de trois. Les milliers de lecteurs qui ont dévoré avec grand plaisir les deux premiers tomes de la trilogie de l'auteur japonais Haruki Murakami, parus simultanément l'automne dernier, peuvent enfin se plonger dans son dernier opus. Deux mondes, deux lunes, un amour impossible, quelques tueurs à gages et une flopée de personnages maléfiques dirigés par une plume envoûtante d'une infinie sensibilité. Cette recette a propulsé la saga au-delà du cap des 550 000 exemplaires vendus en France, et des 4 millions au Japon. Une sortie attendue? Et comment!

Violaine Ballivy LA PRESSE

Il faut dire qu'Haruki Murakami a le don de garder ses lecteurs sur le qui-vive. Les 1000 premières pages de la trilogie se terminaient au moment où la belle Aomamé, instructrice de sport de jour, tueuse à gages certains soirs, s'apprêtait à se donner la mort, le canon d'un fusil enfoncé dans la bouche. Coincée dans un monde parallèle dans lequel brillent deux lunes - baptisé 1Q84 par opposition au «vrai» 1984 -, pourchassée par la secte des Précurseurs dont elle vient de supprimer le leader, le suicide semblait sa seule option. Or comme Conan Doyle avec Sherlock Holmes, Haruki Murakami a décidé de redonner souffle à Aomamé. Pour un temps du moins.

Car si Haruki Murakami fait dans le roman-fleuve, il ne fait pas dans le long fleuve tranquille pour autant. Aomamé n'est pas tirée d'affaire. Elle doit vivre recluse dans un petit appartement pour éviter de tomber dans les mains des Précurseurs, ce qui complique drôlement la quête de son amour d'enfance, Tengo, qu'elle n'a plus touché depuis 20 ans et qui, pourtant, ne vit plus maintenant qu'à quelques pas d'elle. Elle doit faire gaffe si elle veut s'en approcher: professeur de mathématiques, Tengo, s'est aussi mis à dos les Précurseurs, celui-ci non pas en s'attaquant violemment à la secte mais en participant à l'écriture d'un best-seller jugé menaçant par le mouvement.

Le récit navigue entre le roman policier, sentimental et fantastique. Si ceux qui liront la saga d'un trait risquent d'y trouver quelques longueurs, la narration de cet opus est encore plus habilement menée que les deux premiers tomes, portée à la fois par la narration d'Aomamé, de Tengo et, nouveauté ici, par un troisième personnage, Ushikaya, le repoussant détective lancé à leurs trousses par les Précurseurs auquel on finira néanmoins par s'attacher, ensorcellé par le verbe sensible de Murakami.

Dans ce texte écrit bien avant le tsunami, Haruki Murakami expose sa crainte d'une menace tout autre sur la société nippone: la montée des mouvements sectaires, et l'un de ses thèmes chers, la solitude. Ironiquement, un thème universel qui finira par rallier toute une communauté de lecteurs.

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1Q84, T. 3. Haruki Murakami. Traduction de Hélène Morita. Belfond, 544 pages.