C'est ce qu'on appelle saisir l'occasion. Profitant de la sortie récente du nouveau film de Spielberg sur Abraham Lincoln, le milieu de l'édition propose deux nouveaux livres sur le mythique président américain. Enfin, «nouveau» est un bien grand mot...

Mis à jour le 6 déc. 2012
Jean-Christophe Laurence LA PRESSE

Signé Doris Kearns Goodwin, Abraham Lincoln, l'homme qui rêva l'Amérique est la traduction attendue d'une brique de 900 pages qui a fait pas mal de bruit en 2005. Comptant moins de 340 pages, on doute cependant que cette version tronquée rende justice à l'original.

Gagnante d'un prix Pulitzer pour son livre sur le couple Roosevelt en 1995, la journaliste raconte les cinq dernières années de la vie de Lincoln, en insistant particulièrement sur les tensions et les jeux de coulisses qui régnaient dans son propre parti (républicain), alors que la guerre faisait rage au sud de Washington.

La plume, vivante, compense largement l'austérité du sujet, ce qui en fait une excellente introduction au personnage. On reste néanmoins sur notre faim, avec l'impression d'être resté en surface. La faute, sans doute, à cette spectaculaire amputation de 600 pages - qui n'est pas sans évoquer la terrible boucherie que fut la guerre de Sécession, avec ses quelque 600 000 morts.

Pour plus de nuance et de profondeur, on suggérera plutôt Lincoln, l'homme qui sauva les États-Unis, de Bernard Vincent, réédité de manière très opportune, trois ans après sa première parution pour le 200e anniversaire de naissance de Lincoln.

De loin plus complète, cette biographie ne couvre pas seulement les années au pouvoir de Lincoln, mais aussi sa jeunesse modeste et sa montée progressive vers les hautes sphères de la politique. Une mise en contexte nécessaire, puisqu'elle permet de comprendre à la fois les origines de la pensée abolitionniste de Lincoln et les racines de la guerre civile américaine.

Au-delà de la grande Histoire, l'auteur s'attarde à la vie personnelle de l'homme, évoquant entre autres la maladie mentale de sa femme Mary, qui s'aggravera avec la mort de deux enfants. Ce nuage familial a manifestement assombri la présidence - déjà bien sombre - de Lincoln, laquelle se conclura, faut-il le rappeler, par un assassinat pour le moins... théâtral, quatre jours après la fin de la guerre, en 1865.

Des 16 000 ouvrages écrits sur Lincoln, cette biographie n'apprendra probablement pas grand-chose aux connaisseurs. Mais elle fait le tour du personnage et a le mérite d'avoir été écrite directement en français, ce qui nous sauve d'une tragique coupe à blanc à l'étape de la traduction.

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Abraham Lincoln, l'homme qui rêva l'Amérique. Doris Kearns Goodwin, Michel Lafon, 333 pages.

Lincoln, l'homme qui sauva les États-Unis. Bernard Vincent. L'Archipel, 427 pages.