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Gaston Miron: de la légende à l'homme réel

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Gaston Miron

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Rentrée littéraire 2011
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Daniel Lemay
La Presse

Pour sa première biographie, Pierre Nepveu a choisi pouvait-il s'y soustraire? de s'attaquer à la vie d'un homme qui s'était «lui-même beaucoup raconté»: Gaston Miron, poète national, «immense», éparpillé

L'auteur Pierre Nepveu a écrit une biographie de... (Photo: Marco Campanozzi, La Presse.) - image 1.0

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L'auteur Pierre Nepveu a écrit une biographie de Gaston Miron.

Photo: Marco Campanozzi, La Presse.

Depuis 40 ans, Pierre Nepveu n'arrête pas de (re) lire L'homme rapaillé, le seul livre qu'ait jamais publié Gaston Miron, «poète national» du Québec disparu en 1996. Professeur émérite de littérature à l'Université de Montréal, Pierre Nepveu a lu beaucoup d'autres livres et en a lui-même écrit une quinzaine, romans, essais, poésie, dont trois lui ont valu le prix du Gouverneur général.

Gaston Miron - La vie d'un homme est sa première biographie, un genre qui, rappellera-t-il en citant le Roumain Cioran, n'a pas la plus haute cote dans les cercles littéraires: «Il est incroyable que la perspective d'avoir un biographe n'ait fait renoncer personne à avoir une vie»...

Gaston Miron a eu une vie, une vie de contrastes et de contradictions, de coups de coeur et de coups de gueule, une vie consacrée au Québec, à l'idée du Québec, une vie d'homme «agonique» dont il a arraché la poésie une pierre à la fois, souvent dans la plus intense des souffrances mais toujours, comprend-on à la lecture de cet ouvrage impressionnant, dans le dessein de poser les conditions de sa propre naissance, intimement liée à celle de son pays bien-aimé.

Devant la complexité de la tâche, Pierre Nepveu a su conserver l'unité d'objectif: «Derrière ce personnage plus grand que nature, j'ai cherché l'homme réel et tenté de voir comment s'est constitué son mythe», nous dira-t-il en entrevue. Ses travaux universitaires lui avaient déjà permis de constituer un vaste corpus sur le fils de Sainte-Agathe; Gaston Miron était même présent quand Pierre Nepveu a soutenu sa thèse de doctorat (Les mots à l'écoute, PUL, 1979) dont le sujet était «poésie et silence chez Fernand Ouellette, Gaston Miron et Paul-Marie Lapointe», le poète du Vierge incendié qui vient de mourir.

Pierre Nepveu n'a toutefois pris la décision d'écrire cette biographie qu'après avoir travaillé, à la demande de Marie-Andrée Beaudet, la dernière compagne de vie du poète, à la publication, à l'Hexagone, de certains écrits de Miron, poèmes, proses et entretiens contenus dans ses archives que conservait Mme Beaudet, professeur de littérature à l'Université Laval. En 1953, Gaston Miron a été l'un des cofondateurs des éditions de l'Hexagone dont il a longtemps été l'infatigable animateur; la maison fait aujourd'hui partie du Groupe Livre de Quebecor Media.

Si La vie d'un homme, l'après-titre du présent ouvrage, renvoie d'abord à l'essence même de la biographie, c'est aussi le titre (Vita de un uomo) du recueil qui rassemble toute l'oeuvre poétique de l'Italien Giuseppe Ungaretti (1888-1970), cité en exergue par l'auteur. «Chez Ungaretti, qu'avait lu Miron, on parle d'une vie en poésie mais chez Miron, c'est plus compliqué. La poésie a certes été un souci constant dans sa vie, lui qui n'en finissait plus de mijoter, et de retravailler ses poèmes. Mais en même temps, il a souffert de n'avoir écrit un seul livre, même si ce livre a connu un grand retentissement.» Composé de poèmes et de proses (pas toutes poétiques), L'homme rapaillé 1953-1970 connaîtra en 25 ans une demi-douzaine d'éditions, toujours un peu différentes par rapport aux précédentes, dont celle de Typo (1993) préfacée, à la demande du poète, par Pierre Nepveu.

Déjà engagé sur le chemin de la poésie, Nepveu avait 24 ans quand L'homme rapaillé est sorti en 1970, aux Presse de l'Université de Montréal. Premier lauréat du Prix de la revue Études françaises, Gaston Miron, lui, avait alors dépassé la quarantaine et il écrivait depuis plus de 20 ans....

Selon son biographe, un des aspects centraux de la «légende» Miron était «sa manière d'annoncer des poèmes et des livres qui ne venaient jamais». «Dans les années 60, tout le monde parlait de Miron mais on se demandait: où est son oeuvre? J'avais lu certains de ses poèmes dans des revues mais je n'avais pas lu La marche à l'amour qu'il avait publié bien avant dans un journal.» Une marche à l'amour malheureuse comme sa vie d'homme en sera remplie, sauf à la fin: mon amour, est-ce moi plus loin que toute la neige/enlisé dans la faim, givré, yeux ouverts et brûlés.

Pourquoi Miron l'éditeur, infatigable promoteur de la littérature «canadienne» dont il constate l'existence déjà en 1949 - et, partant, celle du pays qu'elle dit- a-t-il si longtemps refusé de publier son oeuvre? Manque de confiance en son art? Peut-être... Pierre Nepveu parle d'«un perfectionniste maniaque, qui n'arrêtait pas de se trouver des défauts mais au-delà de cette crainte de l'imperfection, il y a un certain orgueil du poème parfait».

Miron le militant - il a été emprisonné durant la crise d'Octobre et n'a jamais condamné les violences du FLQ- a longtemps vu sa renommée grandir au détriment de Miron le poète: «Il a plus parlé qu'écrit, effectivement.» Le poète n'en puisait pas moins sa force dans les malheurs inextricables du non-amour et du non-pays - il est ce pays seul avec lui-même, et neiges et rocs - douleurs qui ne cesseront de se nourrir l'une à l'autre dans l'oeuvre de cet homme complexe et complexé: «le laid», le pauvre qui a pourtant grandi dans la petite bourgeoisie, l'ignorant qui a fréquenté le juvénat, l'université et les plus brillants esprits de son temps, l'«unilingue sous-bilingue», le colonisé qui se comportait souvent en «colon».

Quel est aujourd'hui l'héritage de Gaston Miron, Le Québécanthrope de L'errant amour, Le damned Canuck à la Tête de caboche? D'emblée, Pierre Nepveu évoque «son énergie combative» - «se relever, toujours, continuer» - et sa fidélité à ses amis et à ses principes où s'articulait sa vision de la poésie, du Québec, de sa langue et de son peuple, même si, dans sa déception, Miron parlait parfois d'«un peuple de branleux» qui, par deux fois, s'est refusé à lui-même.

qui donc démêlera la mort de l'avenir

Mais la poésie ne survit-elle pas au politique? «Aujourd'hui, beaucoup de gens la découvrent à travers le spectacle des Douze hommes rapaillés, une réussite remarquable.» En regardant Radio-Canada dimanche soir, Pierre Nepveu, lecteur averti s'il en est, a vibré d'une émotion nouvelle en voyant la finale où, entouré des 11 autres, Pierre Flynn chantait, sur une musique de Gilles Bélanger, les plus belles strophes de Gaston Miron, l'homme qui «n'en finit plus d'arriver».

ma tête est plus petite que la tête d'une épingle/et c'est en elle pourtant que danse la Terre.

Gaston Miron - La vie d'un homme, Pierre Nepveu, Boréal, 840 pages.




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