Simon Harel, professeur à l'UQAM et pionnier de l'étude de l'impact des migrations sur l'environnement culturel et littéraire, est l'un de quatre nouveaux lauréats de la Fondation Pierre Elliott Trudeau.

Daniel Lemay LA PRESSE

Organisme «indépendant et sans affiliation politique», la Fondation Trudeau a été mise sur pied en 2001 par la famille, les amis et les collègues de l'ancien premier ministre du Canada (1919-2000) et a reçu l'année suivante un fonds de dotation de 125 millions du gouvernement canadien. Son action, qui vise le rapprochement des secteurs privé, public et universitaire, s'inscrit à l'intérieur de quatre grandes thématiques: les droits de la personne et la dignité humaine, la citoyenneté responsable, le rôle du Canada dans le monde et les populations et leur environnement naturel.

Professeur à l'UQAM depuis 1993, Simon Harel y dirige le Centre d'études sur les lettres, les arts et les traditions, fondé à l'Université Laval en 1975. Le CELAT se voue à l'étude de l'héritage culturel français en Amérique du Nord, plus particulièrement dans ses rapports avec les sources européennes et les civilisations amérindiennes et anglo-saxonnes.

M. Harel - il est aussi psychanalyste - a écrit par ailleurs des centaines d'articles dans les revues savantes depuis la publication de l'essai Voleurs de parcours, document important de la réflexion sur la problématique identitaire québécoise; l'ouvrage de 1989 a été réédité en 1999 chez XYZ où il dirige toujours la collection Théorie et littérature.

«J'ai un côté pamphlétaire», nous dira Simon Harel à qui l'on doit aussi Braconnages identitaires - Un Québec palimpseste (vlb éditeur, 2006) où il est écrit que l'idéalisation de l'altérité - un «prêt-à-porter culturel» très à la mode ici - est devenue «soporifique». «Je crois qu'il est temps de radicaliser la réflexion, de poser les questions autrement sur le nous national.»

Pour le chercheur, Montréal - et en son centre l'UQAM - se posent comme les grands leaders dans ce qu'il appelle le «chantier interculturel», chantier qui, tôt ou tard, devra s'étendre à l'ensemble du territoire québécois. « Ça doit passer par les enfants et par l'éducation. Nous sommes en pleine révolution. Quand les jeunes qui ont aujourd'hui 10, 12 ans iront voter, quelle que soit leur origine, on ne pourra pas se permettre de leur dire qu'ils ne sont pas assez Québécois...»

Comme lauréat du prix Trudeau, Simon Harel reçoit une somme de 150 000 $ étalée sur trois ans plus 75 000 $ à titre d'allocation de recherche, de voyage et de «dissémination». Les autres lauréats sont Isabella C. Bakker de l'Université York de Toronto qui «a choisi de servir la cause des femmes sur le plan économique»; Beverley Diamond de l'Université Mémorial de Terre-Neuve, spécialiste de l'héritage musical des peuples autochtones; et Jeremy Webber, constitutionnaliste et expert des droits autochtones de l'Université de Victoria.

Depuis mardi et jusqu'à demain, lauréats, mentors et boursiers Trudeau sont réunis à Gananoke, en Ontario, pour l'Institut d'été de la fondation dont l'objectif est de créer des «collaborations inédites».

Infos : trudeaufoundation.ca