C’est l’histoire d’un chat en peluche offert à un enfant, le matin de Noël. Ce toutou — baptisé Chat, ce qui a le mérite d’être clair — est vite devenu le préféré du garçon qui l’a reçu, Vincent Caussan.

Marie Allard Marie Allard
La Presse

Comme plusieurs enfants, Vincent a un jour perdu sa précieuse peluche et il en a été inconsolable. Fait incroyable, Chat est revenu jusqu’à lui après un voyage de plus de… 500 kilomètres en bateau et en avion. Un périple rendu possible par la générosité d’Inuits qui ne le connaissaient même pas.

PHOTO JULIE CATUDAL, LA VOIX DE L’EST

Ginette Moreau, orthopédagogue à la Commission scolaire
Val-des-Cerfs, a écrit l’album Perdu dans la toundra,
publié aux éditions du soleil de minuit.

Explications : la famille de Vincent vivait alors à Chisasibi, une communauté crie de la région d’Eeyou Istchee Baie-James. Sa mère travaillait en enseignement et son père, en restauration. « J’avais entendu parler d’une grande fête qui avait lieu dans une communauté plus au nord et on voulait y aller », indique Ginette Moreau, la mère de Vincent. Un chasseur cri, Bobby Snowboy, a accepté d’y emmener la famille en canot à moteur.

« Mais le voyage ne s’est pas déroulé comme prévu, se souvient Ginette Moreau. Il y avait beaucoup de houle, puis le vent s’est levé. Ça fait qu’on a campé sur l’île de Cape-Jones. » Oubliez l’île avec hamac et cocotiers : Cape-Jones est à la confluence de la baie James et de la baie d’Hudson. Là, Vincent a joué à cache-cache avec ses frères et il a égaré Chat, à son grand chagrin.

PHOTO FOURNIE PAR GINETTE MOREAU

Vincent et sa peluche Chat, entourés d’un petit-fils
 de Bobby Snowboy, de son frère Félix et de sa mère
 Ginette Moreau, dans l’île de Cape-Jones, en 2003.

Retrouvée par des Inuits

Mise au parfum de la disparition, une famille inuite qui passait par là a retrouvé la peluche. Le hic ? Elle l’a rapportée chez elle, à Umiujaq, à 200 kilomètres plus au nord. « L’histoire aurait pu se terminer là, souligne Ginette Moreau. Ils auraient pu se dire : “C’est à un petit enfant blanc, il est gâté, il a plein de jouets.” Par gentillesse, ils ont plutôt organisé son retour. »

D’une communauté à l’autre, transporté en avion par de bons Samaritains, Chat est revenu à Chisasibi.

Le dernier couple qui a apporté la peluche au restaurant de mon mari descendait pour des funérailles. Ils avaient autre chose dont se préoccuper, mais ils ont voulu rendre ce service. C’est une histoire qui résume la bienveillance des gens du Nord, dont on entend peu parler, mais qui est très présente.

Ginette Moreau

« J’étais tout heureux »

Vincent, qui avait 4 ans lors de la disparition de Chat en 2003, a maintenant 20 ans. « Je me souviens un petit peu de l’événement sur l’île où on avait perdu la peluche, dit le jeune homme, joint à Sherbrooke, où il vit. Je me souviens aussi de quand je l’ai retrouvée : mes parents l’avaient déposée sur le divan du salon. Quand je l’ai vue, j’étais tout heureux. »

Cette histoire vraie est devenue un conte, Perdu dans la toundra, écrit par Ginette Moreau et publié aux éditions du soleil de minuit. Illustré par Brandy Woods, qui s’est inspirée de photos pour représenter fidèlement le Nord, l’album est offert en version bilingue (français et inuktitut).

PHOTO FOURNIE PAR GINETTE MOREAU

Chat, toujours en forme en 2019

Installée à Waterloo, Ginette Moreau rêve de retourner dans le Nord avec un documentariste, pour retrouver les Inuits qui ont transporté la peluche du Cape-Jones à Chisasibi, en passant par Umiujaq et Kuujjuarapik. Elle a soumis ce projet au Conseil des arts du Québec et à la Fabrique culturelle de Télé-Québec, lors d’un récent appel pour la création d’œuvres web. « Je voudrais mettre en lumière ces gens-là, les remercier et parler de leur mode de vie », indique-t-elle. Même Chat — que la famille a toujours gardé — pourrait être de la partie. L’aventure, il connaît.

Perdu dans la toundra. Texte de Ginette Moreau, traduction en inuktitut de Sala Padlayat, illustrations de Brandy Woods. Les éditions du soleil de minuit. Dès 4 ans.

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE

Perdu dans la toundra