Après six romans historiques consécutifs, Ken Follett se lance dans un thriller international de politique-fiction. Never, qui sera lancé en novembre, évoque une troisième guerre mondiale qui, comme la première, serait déclenchée malgré la volonté des grandes puissances d’éviter un conflit. La Presse était le seul média canadien représenté à une conférence de presse virtuelle où l’auteur à succès britannique a présenté son prochain livre. Extraits en sept points.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Le Tchad, Pékin et une présidente

Les personnages principaux de Never (Pour rien au monde, dans la version française) sont une agente de la CIA en Afrique, un espion de Pékin marié à une vedette de la télé chinoise, un bel espion français et une présidente des États-Unis. Tous essaient d’empêcher qu’une association entre le crime organisé et des terroristes au Tchad provoque une troisième guerre mondiale. « J’ai eu l’idée de ce livre en faisant la recherche sur Fall of Giants [roman publié en 2010], a expliqué M. Follett. J’ai réalisé qu’en 1914, personne ne voulait d’une guerre en Europe. Et pourtant, elle a eu lieu. Je me suis demandé si ça pourrait se produire aujourd’hui. Mes recherches m’ont montré que oui. Comme alors, on a d’ambitieuses puissances émergentes et des puissances établies jalouses de leurs prérogatives. » L’intrigue de Never inclura notamment un drone américain volé utilisé par des terroristes pour attaquer une ville africaine. L’action de ce roman de 980 pages se déroulera principalement au Tchad, pays du Sahel où des terroristes profitant du Sahara pour éviter les autorités sont à l’œuvre.

Les missiles cubains

Ken Follett espère lancer un débat sur les dangers d’un tel embrasement mondial, qu’il estime plus élevé qu’à n’importe quel moment depuis la crise des missiles cubains en 1962. « J’étais trop jeune pour me rendre compte de l’époque, mais ma femme, Barbara, qui a quelques années de plus que moi, se souvient que chaque soir, elle avait peur de ne pas se réveiller le lendemain. Je vais lancer le livre à Londres avec un discours au Reform Club. J’aimerais beaucoup susciter un débat public. Il y a une forte probabilité qu’une troisième guerre mondiale survienne sous peu, pas par accident ou à cause d’un fou comme Donald Trump, mais simplement par l’action combinée de personnes qui, chacune, essaient d’éviter une telle guerre. Je me lance dans une nouvelle phase de ma carrière. »

Son « meilleur livre »

Le romancier de 71 ans pense avoir accouché de son meilleur roman, « en toute modestie ». Pourquoi ? « Il suit une seule trame très directement, il y a une accélération du suspense et du rythme à chaque chapitre, à chaque scène, en fait. » M. Follett a commencé sa présentation avec un petit film sur Never, ce qui laisse penser qu’il a peut-être déjà un projet de long métrage.

Recherche en temps de pandémie

Habituellement, M. Follett lit beaucoup de documents historiques. Pour Never, il a interviewé de hauts diplomates. « Je voulais savoir où se trouve aujourd’hui l’équivalent de la Serbie ou de l’Alsace-Lorraine de 1914. » Il a cité Larry Summers, un ancien collaborateur des présidents Clinton et Obama, qui a lu le livre et l’a trouvé « très réaliste ». À cause de la pandémie, il n’a pas pu visiter le Tchad, ce qu’il aurait fait normalement. « J’ai déjà été plus au nord dans le Sahara, mais pour le Tchad, j’ai dû me fier aux descriptions d’autres gens. » Autre différence : il a accéléré la révision de son premier jet. « Habituellement, je fais ça en un an, cinq jours par semaine, mais mon éditeur voulait que le livre soit prêt en février. Alors j’ai travaillé sept jours sur sept pendant quatre mois. »

L’autre Ken Follett

Même s’il est surtout associé aux grandes fresques historiques, Ken Follett a déjà écrit des thrillers politiques. Par exemple, The Hammer of Eden mettait en scène des écoterroristes créant des tremblements de terre, et Whiteout, des bioterroristes. « Je suis sûr que je vais réécrire des romans historiques, a dit M. Follett. Pour moi, ce qui est important, ce n’est pas le genre, mais l’histoire. »

Stéréotypes

Un journaliste allemand a demandé à M. Follett si ses terroristes n’étaient pas « stéréotypés ». « On m’avait posé la même question avec The Evening and the Morning. On trouvait que mes Vikings étaient trop violents. J’ai répondu que les Vikings étaient des gens brutaux. C’est la réalité. Les terroristes du Sahara sont des meurtriers qui font de la traite d’esclaves. Je ne vais pas les dépeindre autrement qu’ils sont. »

Pandémie

Pense-t-il écrire un roman basé sur une pandémie ? « Je l’ai déjà fait avec World Without End. La peste noire était une pandémie encore plus terrifiante. Nos méthodes pour contrer la COVID-19 sont celles des religieuses du XIVe siècle qui devaient se protéger contre la maladie. Ce sont elles qui s’occupaient des malades. »

Never (Pour rien au monde en français) sera publié le 9 novembre aux États-Unis et le même jour ou les jours suivants dans la majorité des autres pays.

IMAGE FOURNIE PAR LA MAISON D’ÉDITION

Never, de Ken Follett

Never
Ken Follett
Viking
816 pages