Pour la première fois, les secrets de la confession sont dévoilés dans un livre. En France, certains prêtres sont montés au créneau pour dénoncer ce sacrilège…

Jean-Christophe Laurence Jean-Christophe Laurence
La Presse

Rien de plus sacré que le secret de la confession. Parlez-en au prêtre du film La loi du silence (I Confess), lancé sur les écrans en 1953.

Dans ce suspense d’Alfred Hitchcock (incidemment tourné à Québec), un pauvre curé, joué par Montgomery Clift, s’interdit de dénoncer un assassin qui lui a confessé son crime. Son secret est d’autant plus insoutenable que c’est lui qu’on soupçonne d’être l’assassin.

Comment parviendra-t-il à se disculper sans trahir le secret qu’on lui a confié ?

Tous les secrets de confessionnaux ne sont pas aussi lourds à porter que celui-ci. Mais peu importe l’ampleur du péché, il est connu que les prêtres ne sont pas autorisés à trahir la confiance de leurs ouailles, sous peine d’être excommuniés.

Silence radio

PHOTO FLAVIO LO SCALZO, REUTERS

Une quarantaine de prêtres ont accepté de se prêter au jeu, pourvu que leur anonymat soit respecté et que les cas cités ne soient pas identifiables.

Pas étonnant que le journaliste français Vincent Mongaillard ait eu autant de difficulté à trouver des candidats pour son livre, « Je vous pardonne tous vos péchés », qui vient de paraître en France (Éditions de l’Opportun).

« J’ai envoyé énormément de demandes et essuyé une majorité de refus. Parce que c’est un sujet totalement tabou », explique ce reporter, qui a couvert la religion pendant près de 10 ans au journal Le Parisien.

Une quarantaine de prêtres ont malgré tout accepté de se prêter au jeu, pourvu que leur anonymat soit respecté et que les cas cités ne soient pas identifiables. Dans ce bouquin de plus de 400 pages – premier du genre, sauf erreur –, ils racontent ce qu’ils ont entendu dans le confessionnal au cours de leurs plus ou moins longues carrières comme serviteurs de Dieu.

On ne sera pas surpris d’apprendre que la plupart des « péchés » évoqués concernent les choses du sexe. Il y est notamment question d’adultère, de masturbation, de sites pornos, de prostitution, d’homosexualité.

Selon l’auteur, cette surabondance expliquerait peut-être aussi pourquoi tant de clercs se sont montrés réticents à participer.

Pour un prêtre, dire à un journaliste que la plupart des péchés sont sous la ceinture, c’est gênant. Ils ont peur de dénigrer et de ridiculiser les fidèles.

Vincent Mongaillard, auteur

D’autres aveux concernent plutôt l’avortement, le vol, les fraudes, le mensonge, la dépendance à l’alcool. Sans oublier les cas plus graves.

Comme dans le film d’Hitchcock, certains prêtres ont effectivement entendu confesser des meurtres, de l’inceste, de la torture, provoquant chez eux d’inévitables cas de conscience.

Pour le lecteur peu au fait des traditions catholiques, cette incursion dans le confessionnal est fascinante. Et instructive. L’auteur en profite pour nous apprendre le b.a.-ba de la confession, en répondant à toutes sortes de questions qu’on pouvait se poser… ou non. Qui a inventé ce sacrement ? Quelle différence entre un péché véniel et un péché mortel ? Peut-on se confesser par téléphone ? Faut-il s’agenouiller dans un confessionnal ? Ou encore : le pape se confesse-t-il ?

En revanche, Vincent Mongaillard se garde bien de critiquer ce rituel millénaire, préférant laisser les prêtres faire eux-mêmes leur mea culpa. « Au lecteur de faire son opinion », dit-il.

En entrevue, il reconnaît toutefois le caractère parfois « intrusif » et « moralisateur » du confessionnal. Et rappelle que ces lieux ont pu être, dans le passé, le théâtre d’abus sexuels. Cela expliquerait pourquoi la traditionnelle loge à trois compartiments, qu’on trouve encore dans de nombreuses églises, est progressivement remplacée par des bureaux avec des baies vitrées, visibles de tous.

Une forme de modernisation, qui s’ajoute aux absolutions collectives, aux confessions « drive-in » et aux applications pour téléphones, toutes destinées à garder en vie cette coutume séculaire qui, comme l’Église en général, a perdu en popularité, mais « gagné en qualité », selon Vincent Mongaillard.

Scandale !

Même si les noms ont été changés et qu’aucun cas n’est identifiable, le livre a été mal reçu par une partie du clergé français.

Dans les médias, sur les réseaux sociaux, certains ont dénoncé la « lâcheté » des prêtres qui ont partagé leur expérience, alors que d’autres ont dénoncé le côté « scandaleux, écœurant, indigne, racoleur » du bouquin.

Gilles Routhier, lui, n’y voit pas matière à s’offusquer.

Après avoir lu une petite partie du bouquin, ce professeur de théologie à l’Université Laval estime que le code de « déonthéologie » a été respecté.

Je crois que le titre du livre se veut un peu sensationnel. Car je ne vois pas, jusqu’ici, qu’il s’agit, stricto sensu, de révélation du secret de la confession. Raconter qu’un homme ou une femme s’est accusé d’adultère, c’est assez banal.

Gilles Routhier, professeur de théologie

« Ils racontent plutôt leur expérience de confesseur, ajoute-t-il. Comme si un psychologue racontait quelques cas qu’il a eus dans sa pratique clinique, mais sans que cela nous conduise à identifier une personne qui aurait fait ceci ou cela. »

Vincent Mongaillard, qui n’est pas pratiquant, se défend pour sa part d’avoir écrit un livre anticlérical. « Moi, je trouve qu’au contraire, ça valorise et humanise les prêtres. »

« Je pense que ceux qui sont montés au créneau n’ont pas lu le bouquin, dit le journaliste. S’ils lisaient le livre, ils verraient que leurs confrères ont donné une image très fidèle, positive et bienveillante de la confession.

« D’ailleurs, j’ai fait lire à un prêtre qui m’a dit : “C’est quelque chose qu’on devrait donner à tous les jeunes prêtres…” »

Bribes de confessionnal

Quelques extraits du livre « Je vous pardonne tous vos péchés », de Vincent Mongaillard

En deux heures de confessions à Lourdes, j’ai eu sept avortements. Des femmes de 27 à 75 ans. Quel que soit l’âge, la souffrance est toujours la même. L’avortement est le péché le plus insupportable à reconnaître.

Le père Emmanuel

J’ai confessé un homme qui avait torturé pendant la guerre d’Algérie. Il a porté ce secret totalement durant un demi-siècle, il l’a traîné presque toute sa vie comme un boulet. Puis, face à moi, il a réussi à lâcher le morceau, il a pu se libérer de ça. Je ne lui ai pas donné de pénitence, il avait déjà suffisamment porté sa croix.

Le père Arnaud

Quand je confesse les jeunes qui évoquent la masturbation, ils ont du mal à entendre que ce n’est pas un péché. Quand je le leur dis, ça les choque. Il faut relativiser…

Le père Vincent

J’ai reçu des aveux d’inceste émanant de gens souvent en fin de vie. Trente ou quarante ans après les faits qui ont pourri toute la vie de famille, ils avouent. Sur le coup, j’avais envie de leur foutre mon poing sur la gueule.

Le père Cédric

Mon but, c’est de relever la personne. Si elle sort plus triste qu’elle n’est arrivée dans le confessionnal, il faut que je change de métier.

Le père Cédric

Je n’ai jamais vérifié si la pénitence avait été accomplie. On n’est pas la Stasi.

Le père Serge

Le confessionnal, c’est le lieu où l’Église a orienté les consciences, tenté de s’immiscer dans la vie des paroissiens.

Le père Patrick

Je n’ai pas de mouchoirs à portée de main pour les émotifs qui pleurent pour tout. L’Église fournit l’absolution, mais pas les Kleenex !

Le père Denis

Après un demi-siècle de confessions, on n’est plus très surpris par l’humanité.

Le père Jean

IMAGE FOURNIE PAR LES ÉDITIONS DE L’OPPORTUN

« Je vous pardonne tous vos péchés », de Vincent Mongaillard

« Je vous pardonne tous vos péchés »
Vincent Mongaillard
Les Éditions de l’Opportun
464 pages
Offert au Québec en format numérique

> Consultez le site des Éditions de l’Opportun