Un roman à propos d’un burn-out en pleine pandémie, alors que certains d’entre nous cherchent une motivation pour se lever le matin ou du moins, des raisons de rire ? Oui, pourquoi pas ? Parfois c’est à travers l’histoire de l’autre, qu’il soit réel ou fictif, qu’on peut transcender sa propre situation, ou du moins trouver quelques pistes de réflexion.

Publié le 31 janv. 2021
Nathalie Collard
Nathalie Collard La Presse

Clara est une jeune cadre dynamique qui, un bon matin, « ce matin-là », se heurte à un mur. Elle ne peut plus continuer. Employée au service du crédit d’une banque, elle occupe un poste qui ne lui apporte pas beaucoup de joie ni de sens. On apprend que plus jeune, elle a renoncé à un rêve pour des raisons familiales. Elle n’y pense plus, mais un jour, face à un couple de grands-parents venus demander un prêt pour pouvoir acheter des cadeaux à leurs petits-enfants afin de se faire aimer d’eux, Clara craque. Plutôt que d’acquiescer à leur demande, elle leur conseille d’y penser à deux fois. Plutôt que de penser aux intérêts de la banque, elle laisse parler son humanité. Elle sera réprimandée par sa supérieure. Et c’est la goutte qui fait déborder le vase.

En arrêt de travail, la jeune femme se retrouve seule, chez elle, complètement vidée. Elle va s’enfoncer lentement mais sûrement, jusqu’à toucher le fond du baril. Son compagnon ne trouve pas les mots ni la force pour l’accompagner dans cette descente. Impatient, il voudrait qu’elle se secoue les puces, qu’elle se prenne en main.

Ce roman sur un des maux du siècle, la maladie du travail, décrit avec beaucoup de justesse ce que ressentent les gens qui en souffrent. Malgré toutes nos connaissances et les nombreux reportages dans les médias au fil des ans, il existe encore un tabou entourant cette maladie que certains prennent encore pour un caprice. À la différence de la dépression, le burn-out est lié au sens qu’on donne à son travail, qui occupe tout de même la majeure partie de notre vie. Gaëlle Josse décrit très bien l’isolement de la personne qui en est atteinte. Ses mots sont justes lorsqu’elle raconte la chape de plomb qui s’abat sur Clara, sa difficulté à faire des gestes du quotidien, des gestes aussi simples que prendre sa douche ou se faire un café. En filigrane, l’auteure écorche notre société de consommation qui tourne à vide. Vide de sens.

IMAGE FOURNIE PAR L’ÉDITEUR

Ce matin-là, de Gaëlle Josse

Clara acceptera finalement l’invitation d’une amie d’enfance et ira passer quelque temps à la campagne. Ce que lui offre cette amie, au-delà d’un toit et d’un environnement familial chaleureux, c’est un espace pour se reconstruire, sans pression et sans jugement.

Ce qui est bien quand on touche le fond du baril, c’est qu’on a un appui pour se redonner un élan. Loin de la ville, entourée de la nature, Clara va renouer avec la jeune femme qu’elle a été, avec ses rêves, avec son énergie vitale. Et elle va remonter doucement à la surface, transformée.

L’écriture de Josse — qu’on avait beaucoup appréciée dans Une femme en contre-jour, un portrait de la photographe de rue Vivian Maier — est très imagée, poétique, avec plusieurs perles comme celle-ci : « Clara la vaillante, vacillante. Une lettre en plus qui dit l’effondrement. »

Ce matin-là est un roman qui, malgré le côté sombre du sujet, est rempli de douceur et de lumière. La Clara de Gaëlle Josse nous rappelle qu’« être » sera toujours plus important qu’« avoir », et qu’il n’est jamais trop tard pour renouer avec la personne remplie de rêves que nous avons déjà été.