Lauréate du Prix des Rendez-vous du premier roman, Marie-Ève Thuot voit de nouveau son roman La trajectoire des confettis récompensé en remportant le Prix des libraires dans la catégorie Roman-nouvelles-récit.

Iris Gagnon-Paradis Iris Gagnon-Paradis
La Presse

Le livre de Marie-Ève Thuot, publié aux Herbes rouges au printemps 2019, a été préféré par les libraires québécois, qui se sont exprimés par vote électronique, aux autres finalistes qu’étaient Blanc résine (Audrée Wilhelmy), L’apparition du chevreuil (Élise Turcotte), Le mammouth (Pierre Samson) et Les offrandes (Louis Carmain).

Pour la jeune autrice, qui signait avec La trajectoire des confettis un premier roman costaud de plus de 600 pages, c’est un honneur particulier de recevoir ce prix. « J’étais euphorique quand je l’ai appris, c’est le genre de nouvelle à laquelle j’ai mis quelques jours à croire », raconte-t-elle au téléphone.

Après avoir reçu le Prix des Rendez-vous du premier roman, La trajectoire des confettis, un roman choral se déroulant sur plus d’un siècle et mettant en scène plusieurs générations d’une même famille, a séduit les libraires québécois. « Les libraires lisent beaucoup, ils sont passionnés de littérature et ont une culture littéraire qui m’impressionne toujours. Avoir été sélectionnée est une grande reconnaissance. »

Inconnue du milieu littéraire il y a un an à peine, Marie-Ève Thuot a connu un beau succès dès la sortie de ce roman dont elle a écrit le manuscrit sur une période de seulement quatre mois, avant d’en retravailler la structure avec son éditeur, Les Herbes rouges, pendant environ deux ans. En février, elle a d’ailleurs signé un contrat pour la publication du roman lors de la rentrée littéraire française, à l’automne, aux Éditions du sous-sol, un « département » des Éditions du Seuil.

Si elle espérait évidemment avoir un certain écho, l’autrice disait rester assez réaliste dans ses attentes. « Il se publie tellement de bons livres au Québec. Se démarquer peut être une question de talent, oui, mais aussi de hasard, il y a plusieurs paramètres en jeu », dit celle qui travaille actuellement à l’écriture de son prochain roman.

Je me disais que tout était possible… Mais je ne m’attendais pas à avoir autant de succès.

Marie-Ève Thuot

S’intéressant depuis longtemps à l’univers de la littérature, Marie-Ève Thuot a d’abord fait des études universitaires en musique et est titulaire d’une maîtrise en musicologie. Elle termine actuellement un doctorat en littérature et est consciente que ses études ont influencé sa façon d’écrire et d’aborder le récit, alors que la structure et le rythme de La trajectoire des confettis sont des qualités qui ont été soulignées.

« J’ai passé une grande partie de ma vie à écouter de la musique en analysant, donc c’est sûr que ça a eu une influence. Mon roman, je le pensais un peu comme un “thème et variations”, une structure assez commune en musique. Je raconte des histoires qui explorent les mêmes thèmes, mais à travers des angles, des personnages différents. »

Phénomène local, conséquences nationales

Dans la catégorie des essais québécois, c’est Dominique Payette qui reçoit les honneurs avec Les brutes et la punaise, publié chez Lux. Son essai s’intéresse aux radios-poubelles, à la liberté d’expression et au commerce des injures à Québec, une région où elle demeure depuis plus de 10 ans, elle qui enseigne au département d’information et de communication de l’Université Laval.

Elle se dit « très heureuse » de ce prix.

IMAGE TIRÉE DU WEB

Le roman La trajectoire des confettis, publié aux Herbes rouges, fait partie des œuvres récompensées par le Prix des libraires.

En toute modestie, je sais que c’est un bon petit livre, mais je n’étais pas sûre qu’il allait retenir l’attention de l’ensemble du Québec, car les radios-poubelles sont souvent considérées comme un phénomène local.

Dominique Payette

« Dans mon essai, je tente de montrer que ce phénomène local peut avoir des conséquences nationales. Depuis longtemps, on sous-estime l’impact de ses conséquences sur le tissu social », croit-elle.

IMAGE FOURNIE PAR LUX ÉDITEUR

Les brutes et la punaise, de Dominique Payette, s’est distingué dans la catégorie Essai au Prix des libraires.

C’est après avoir publié un rapport, en 2015, sur les radios d’opinion de Québec – rapport qui lui avait valu une « volée de bois vert de la part des médias de Montréal », se souvient-elle, ainsi que de l’intimidation de la part de certains auditeurs de stations de radio – qu’elle a été contactée par Lux pour cet essai « au milieu de la tempête », un geste qu’elle salue aujourd’hui.

Dévoilement virtuel

En raison de la crise de la COVID-19, le dévoilement des lauréat et lauréates du Prix des libraires aura lieu ce jeudi matin, à 9 h, sur la page Facebook de l’organisation, en compagnie de Philippe-Audrey Larrue-St-Jacques, ambassadeur de l’événement.

Quatre autres lauréats seront dévoilés. Dans la catégorie Poésie québécoise, c’est Le tendon et l’os, d’Anne-Marie Desmeules (Hexagone), également lauréate du Prix littéraire du Gouverneur général en 2019, qui est récompensé, alors que du côté de la bande dessinée d’ici, La grosse laide de Marie-Noëlle Hébert, parue chez XYZ, a séduit les libraires québécois. L’œuvre est aussi finaliste aux Bédéis Causa 2020 pour le prix Réal-Fillion.

Hors Québec, c’est le roman L’empreinte d’Alexandria Marzano-Lesnevich (Sonatine) et la bande dessinée In Waves d’Aj Dungo (Casterman), également finaliste aux Bédéis Causa 2020 pour le prix Roberto-Wilson, qui sont primés. Chaque lauréat québécois recevra une bourse.

L’événement de ce jeudi est aussi l’occasion pour l’Association des libraires du Québec (ALQ) de remettre pour la huitième année son Prix d’excellence, soulignant le travail exceptionnel d’un ou d’une libraire. Cette année, c’est Chantal Fontaine, de la Librairie Moderne, à Saint-Jean-sur-Richelieu, qui reçoit la distinction. Mme Fontaine « s’est démarquée par son implication inégalée, son dévouement à faire connaître davantage la littérature jeunesse, ainsi que par ses aptitudes remarquables pour répondre aux lecteurs de tous acabits », a dit l’ALQ par voie de communiqué. Mme Fontaine a obtenu une bourse de 2000 $.

> Consultez le site du Prix des libraires