On imagine aisément la fulgurance d’une explosion atomique. Le souffle létal. Les milliards de morceaux de bois, d’acier, de verre, de briques éparpillés sur des kilomètres à la ronde. Les cris inhumains des victimes dont il ne reste qu’une ombre radioactive pulvérisée sur un mur.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

Or, dans ce roman, Robert Oppenheimer, ce physicien américain baptisé le « père de la bombe atomique », nous est présenté dans l’exact contraire de ces évocations cataclysmiques. Écrit au « il », tout en intériorité, traversé même de quelques extraits de Bhagavad-gītā que le personnage rumine intérieurement, cet ouvrage touffu est celui des méditations et des réflexions d’un homme confronté non seulement à l’impact de ses recherches, mais aussi à sa propre histoire. Parce qu’il a ses interrogations, Oppenheimer. À cheval, dans la beauté aride des montagnes du Nouveau-Mexique, il réfléchit à sa jeunesse, son rapport aux femmes, sa place dans l’univers.

L’écriture est souvent, et habilement, ramenée au mouvement de l’atome ou à ses effets destructeurs. Comme ici, lorsque sa maîtresse refuse sa troisième demande en mariage : « Son “non” final était à la fois énorme et microscopique […] et ils ne se percutèrent plus jamais avec la même intensité ». Déconstruit dans sa chronologie, le roman est d’une grande justesse dans l’énumération d’éléments biographiques et géographiques associés à la vie d’Oppenheimer.