Tout nouveau roman signé Stephen King est un événement en soi pour ses millions de fans. L’écrivain adulé est sûrement l’un des rares auteurs aussi prolifiques à avoir su séduire un si vaste lectorat – sur près d’un demi-siècle – en excellant dans un genre aussi particulier.

Laila Maalouf Laila Maalouf
La Presse

Mais que l’on soit amateur, ou non, d’horreur et de suspense où entrent en scène des phénomènes paranormaux, L’Institut, qui vient de paraître la semaine dernière en français, fait partie de ses titres les plus remarquables et des incontournables de l’hiver.

Chaque année, quelque 800 000 enfants disparaissent aux États-Unis; un grand nombre d’entre eux ne sont jamais retrouvés. Cette information, discrètement insérée sur la page de garde de ce roman massif, sème les graines de la vaste et maléfique opération menée par les dirigeants de l’institut – un pur délice pour les amateurs de théories du complot.

On s’en doute, l’institut imaginé par Stephen King n’a rien d’une colonie de vacances. Les enfants qui s’y retrouvent sont punis à coups de décharges électriques, soumis à des simulations de noyade et à toutes sortes de mauvais traitements de la part du personnel de l’établissement – une gifle retentissante est si vite assenée pour corriger les insolents et les esprits retors…

L’aura sinistre de cet endroit isolé dans la forêt rappelle les lieux de l’un des grands succès de Stephen King, The Shining; les enfants et les adolescents qui y sont retenus contre leur gré ont quant à eux des pouvoirs semblables à ceux de l’inoubliable Carrie. On parle ici de télékinésie, mais aussi de télépathie. Et c’est justement la raison pour laquelle ils atterrissent là.

Luke Ellis, un garçon surdoué de 12 ans, est enlevé dans son lit à Minneapolis, et ses parents sont tués par les ravisseurs. Des dizaines d’autres enfants ont connu le même sort avant lui. Ils se retrouvent entre les mains des médecins de l’institut, qui leur insèrent une puce dans l’oreille, leur administrent périodiquement des injections et leur font passer une batterie de tests – des expériences qui font penser à celles qu’effectuaient les nazis, le dit si justement Luke, pour qui l’on se prend rapidement d’affection. Or, c’est dans la zone arrière de l’établissement que la véritable descente aux enfers s’amorce…

Au-delà de l’horreur que ces enfants subissent, on prend plaisir à les voir se lier d’amitié et se liguer contre les adultes pervers qui les retiennent. Mais surtout, on s’accroche pour assister au triomphe jubilatoire du bien sur le mal, tout en s’engageant, avec l’impression de s’enfoncer dans un tunnel, dans une spirale de suspense qui devient de plus en plus intense à mesure que l’on progresse dans « l’enfer ».

L’Institut, c’est Stephen King à son meilleur, avec son sens de la justice, une bonne dose d’ironie, un pied dans l’actualité (il ne peut s’empêcher, d’ailleurs, de lancer une pique à ce « gros con » de Trump), et un souci presque maniaque pour la précision qui lui permet d’atteindre ce qui a toujours été, de son propre aveu, son objectif premier : rendre l’impossible plausible.

★★★★

L’Institut, de Stephen King, Albin Michel, 608 pages.