L’Association des libraires du Québec (ALQ) a remis en ligne la liste de lecture du premier ministre François Legault qui avait été supprimée vendredi. L’ALQ a aussi tenu à clarifier la situation qui s’est envenimée sur les réseaux sociaux depuis que le premier ministre a fait ses prescriptions littéraires sur son site, mercredi.

Josée Lapointe Josée Lapointe
La Presse

C’est le conseil d’administration de l’Association des libraires qui a demandé à ce que les publications qui avaient été retirées vendredi dernier par l’équipe de direction soient remises en ligne, explique-t-on dans un communiqué publié lundi en fin de matinée.

« Voyant le flot de commentaires déferler la semaine dernière, j’ai pris la décision trop rapidement de retirer certaines publications sur les réseaux sociaux de l’Association. Je réalise aujourd’hui qu’il s’agissait d’une erreur et je m’en excuse. Mon intention n’a jamais été de heurter qui que ce soit ni de censurer quoi que ce soit, car cela va à l’encontre des valeurs fondamentales de l’Association et de notre engagement envers la liberté d’expression », a déclaré la directrice générale de l’Association des libraires du Québec, Katherine Fafard.

Le premier ministre François Legault a réagi en début d’après-midi, par l'entremise des réseaux sociaux, à la controverse qu’ont suscité ses suggestions littéraires.

« La décision de l’Association des libraires du Québec de retirer mes suggestions de lecture, ça n’avait pas de bon sens. On ne peut pas accepter qu’une poignée de militants radicaux piétinent notre liberté d’expression pour défendre leurs dictats », a-t-il écrit, se disant soulagé de voir que l’Association avait finalement reculé.

François Legault affirme qu’il était « fâché » lorsqu’il a appris la nouvelle, mais triste également.

« Je suis un grand amoureux de la lecture. Je me fais un plaisir de lire chaque soir avant de me coucher. Et je me fais un devoir de partager ma passion. La beauté des livres, c’est qu’il y a de la place pour toutes les voix. La lecture nous transporte vers des points de vue qui sont parfois loin des nôtres, mais qui nous enrichissent toujours. Ça me rend triste de savoir que des gens au Québec voudraient nous enlever ça. »

C’est la directrice générale qui avait contacté l’équipe de François Legault pour l’inviter à participer à #lireenchœur, une initiative de l’ALQ depuis le début de la pandémie qui vise à soutenir et mettre en valeur le milieu littéraire québécois. Elle s’excuse aussi auprès du premier ministre. « Nous sommes privilégiés que notre premier ministre soit un grand lecteur et qu’il s’exprime publiquement sur l’importance de la lecture. Nous souhaitons l’en remercier et nous excuser pour cette malheureuse situation. »

Dans son communiqué, l’ALQ rappelle que même si la liste des 10 titres recommandés avait été retirée des réseaux sociaux, la vidéo de 30 minutes de François Legault, elle, était toujours restée en ligne et visible sur la page de l’Association. Et elle l’est toujours.

« Les librairies membres de l’ALQ ainsi que les membres du conseil d’administration n’ont pas été impliqués dans cette malheureuse décision », a ajouté le président de l’Association des libraires, Éric Simard, qui estime que les libraires indépendants ne doivent pas être pénalisés.

« C’est un geste malheureux et regrettable, certes, mais je tiens à préciser qu’il n’est pas représentatif de l’approche de tous nos membres qui défendent quotidiennement et inlassablement la diversité des publications, soutient Éric Simard. Ce n’est aucunement dans la mentalité des librairies indépendantes de verser dans toute forme de censure. Notre rôle sera toujours de répondre à la demande de nos clientèles respectives. Profitions de cette situation pour nourrir le dialogue ensemble. »

Par ailleurs, le premier ministre a rappelé qu’il ne fallait pas « se tromper de cible ». S’il faut « dénoncer la censure », il ne faut pas pénaliser non plus les libraires indépendants qui n’ont « rien à voir avec cette histoire », a-t-il précisé.

« C’est déjà assez difficile pour eux ces temps-ci. Je vous refais donc la même demande que j’ai faite dans ma vidéo pour les libraires : allez acheter un livre québécois dans une libraire québécoise pendant le temps des Fêtes. On doit encourager nos auteurs. C’est la meilleure réponse qu’on peut offrir à ceux qui veulent les faire taire. »