Le thème du vieillissement des femmes est dans l’air cet automne en littérature. Josée Blanchette l’aborde dans Mon (jeune) amant français, Laure Adler le raconte dans La voyageuse de nuit (sortie prévue fin octobre, on y reviendra sous peu). Et c’est au centre du roman de Chloé Delaume, Le cœur synthétique.

Nathalie Collard Nathalie Collard
La Presse

Chloé Delaume est peu connue au Québec. De son vrai nom Nathalie Dalain, cette écrivaine est une figure de proue de l’autofiction en France. Elle est également chanteuse et performeuse.

Cette fois, elle nous surprend avec un roman moins expérimental, davantage « grand public ». L’histoire d’Adélaïde, une attachée de presse de 46 ans fraîchement divorcée d’un homme prévisible et un peu ennuyeux. Libérée, Adélaïde découvrira toutefois brutalement ce que signifie être seule pour une femme à l’approche de la cinquantaine, dans une société qui valorise surtout le couple et la jeunesse.

Dans une narration au présent, Chloé Delaume raconte avec des détails qui ne trompent pas le premier soir d’Adélaïde dans un appartement exigu, à tenter de se convaincre que « ça ira ». La narratrice a presque toujours été en couple et tente tant bien que mal d’apprivoiser sa nouvelle réalité de célibataire. La musique, particulièrement les succès des années 80, occupe une place importante dans le roman de Delaume. Adélaïde se compose une playlist pour accompagner sa « nouvelle vie » qui débute avec Le premier jour (du reste de ta vie) d’Étienne Daho. Le ton est donné. Elle adopte aussi un chaton – car une femme seule vit nécessairement avec un animal domestique, de préférence un chat – qu’elle nomme Perdition. Son chat précédent, un siamois, se nommait Xanax…

Adélaïde, qui n’a pas d’enfants, ne pense qu’à une chose : se remettre en couple. Mais elle réalise rapidement, et avec angoisse, que son pouvoir de séduction est inversement proportionnel à son âge. L’attachée de presse a beau multiplier les occasions de rencontrer un homme, elle doit bien se rendre à l’évidence : elle est pratiquement invisible. Elle finira par rencontrer Martin, un homme qui, sur papier, a peu d’atouts, et à qui elle n’aurait sans doute pas accordé un regard si elle avait eu 10 ans de moins.

Le cœur synthétique pourrait être une lecture déprimante, mais la plume de Delaume est à la fois tendre et cruelle, cynique et sarcastique. Résultat : on sourit beaucoup, on rit même parfois à la lecture des réflexions acides d’Adélaïde. Puis, au fil des pages, le récit se transforme peu à peu et devient une ode à l’amitié féminine et à la sororité. C’est la présence de ses amies qui sauvera Adélaïde du naufrage.

Le roman de Chloé Delaume est également un commentaire à la fois décapant et savoureux sur le milieu du livre, ses personnages, ses dessous, ses compromis et ses situations cocasses. Enfin puisqu’il s’agit de Chloé Delaume, Le cœur synthétique s’inscrit dans un concept. En effet, chaque chapitre porte le nom d’une chanson, et le roman s’accompagne d’un album numérique intitulé Les fabuleuses mésaventures d’une héroïne contemporaine que l’autrice présente comme « des variations qui font écho aux états d’âme d’Adélaïde ». Ce premier album de Chloé Delaume – très pop années 1980 – paraît ces jours-ci en France.

★★★★

Le cœur synthétique
Chloé Delaume
Seuil
208 pages