Edith Kabuya est l’autrice de la série pour adolescents Victoire-Divine. Publiés au Québec aux éditions De Mortagne, les trois tomes de la série ont des couvertures neutres, ornées de crayons, de ballons et de poissons. En France, Victoire-Divine paraît chez Hachette. En couverture ? Une jeune fille noire à l’air décidé.

Marie Allard Marie Allard
La Presse

  • Publiés au Québec aux éditions De Mortagne, les trois tomes de la série Victoire-Divine ont des couvertures neutres, ornées de crayons, de ballons et de poissons.

    PHOTO FOURNIE PAR LES ÉDITIONS DE MORTAGNE

    Publiés au Québec aux éditions De Mortagne, les trois tomes de la série Victoire-Divine ont des couvertures neutres, ornées de crayons, de ballons et de poissons.

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« Quand j’ai écrit Victoire-Divine, ce qui était le plus difficile, c’était de savoir comment le marketer, dit Edith Kabuya, 33 ans, née au Québec de parents d’origine congolaise. Je me suis posé la question : “Est-ce que je vais me nuire si je mets une fille noire sur la couverture ?” Aujourd’hui, je me dis que c’est la question la plus violente que je me suis posée, et c’est un de mes plus grands regrets. J’ai choisi les couvertures finales, ça a toujours été un travail de collaboration avec ma maison d’édition, mais je pense que je n’atteins pas le public-cible que je visais. »

  • En France, Victoire-Divine paraît chez Hachette. En couverture ? Une jeune fille noire à l’air décidé.

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    En France, Victoire-Divine paraît chez Hachette. En couverture ? Une jeune fille noire à l’air décidé.

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    En France, Victoire-Divine paraît chez Hachette. En couverture ? Une jeune fille noire à l’air décidé.

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Les lecteurs des aventures de Victoire-Divine – une ado noire de 14 ans ayant eu une bourse pour fréquenter un pensionnat huppé – ne s’attardent pas à la couleur de sa peau.

Ils me parlent surtout du fait qu’elle est drôle. Les personnes noires qui me lisent voient toutefois que ça leur ressemble, dans les commentaires sur les cheveux ou la relation avec la mère.

Edith Kabuya

Dans les salons du livre, Edith Kabuya constate que sa présence a un impact. « Je vois l’espèce d’étonnement dans les yeux des jeunes, qui signifie : “Oh, il y a une autrice noire !”, décrit-elle. J’en vois d’autres se dire : “Ok, moi aussi je pourrais être autrice.” »

« Comme si ça me répugnait »

Diplômée en psychologie de McGill et en écriture de série de fiction et en télévision de l’INIS, Edith Kabuya joue avec les mots depuis qu’elle est toute petite. Il y a quelques années, elle s’est rendu compte que les protagonistes de ses histoires n’étaient jamais noirs.

« Ça m’a frappée, c’est comme si ça me répugnait », dit-elle.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

« Au secondaire, j’étais une fille très wild, qui s’intéressait à la politique, dit Edith Kabuya. J’ai voulu créer ce genre d’héroïne. Mon public cible avec Victoire-Divine, ce sont les filles noires de 15 ans. »

J’ai réalisé que tout ce que je consommais, que ce soit en littérature, en télé, en politique, c’était tellement blanc que même moi, je m’effaçais de mes propres histoires. J’effaçais ma propre couleur. C’est assez violent comme processus inconscient et comme constat. J’ai réalisé que j’étais complètement white-washed.

Edith Kabuya

Dans les livres jeunesse qu’elle a aimés, Edith Kabuya ne se souvient pas qu’il y ait eu des personnages noirs. « Le seul que je me rappelle, c’est Jessica dans Le Club des Baby-Sitters, dit-elle. Mais ces livres étaient tellement plates que je ne les lisais jamais. »

Problème plus profond

Sa première série, Les Maudits – des romans fantastiques pour les 14 ans et plus – a été publiée dès 2012. « Ma première expérience en tant qu’autrice a été géniale, souligne Edith Kabuya. J’ai eu une réponse en quelques mois, j’ai été publiée, il y a eu des affiches partout dans le métro de Montréal. On a signé rapidement une entente avec la France. »

PHOTO FOURNIE PAR LES ÉDITIONS DE MORTAGNE

Les Maudits, tome 1 : Résurrection, d’Edith Kabuya, éditions de Mortagne

Précision : Robin, l’héroïne des Maudits, n’est pas noire. « Je la décris comme ayant le teint hâlé, les yeux légèrement bridés, les cheveux bouclés, énumère Edith Kabuya. Elle n’est pas noire, mais sa meilleure amie l’est. C’est comme si je contournais le problème inconsciemment. » Avec Victoire-Divine, Kembonayawhé, la protagoniste de sa deuxième série, l’autrice ne se cache plus.

Edith Kabuya regrette que les médias ne s’intéressent aux auteurs de couleur qu’en raison du mouvement Black Lives Matter ou du Mois de l’histoire des Noirs. « Je n’écris pas mes livres en février », blague-t-elle. L’autrice a pris la résolution, cette année, de ne lire que des auteurs de couleur. « Il y a une richesse à avoir une multiplicité de voix en littérature », fait-elle valoir.

« Mais le problème est vraiment plus profond que seulement en littérature, précise Edith Kabuya. Tout ce qu’on consomme est blanc. C’est comme s’il n’y avait pas de place pour nous. Comme si on ne méritait pas d’être là. »