Un trio d’auteures passionnées par les chats confessent en quoi leurs acolytes moustachus influencent leur quotidien et leurs écrits. Et, contre toute attente, ce n’est pas toujours dans le bon sens (du poil).

Sylvain Sarrazin Sylvain Sarrazin
La Presse

Catherine Leroux

Dans la notice biographique de l’auteure sur le site des éditions Alto, l’évocation d’un chat jaillit dès la première ligne. Peu étonnant, puisque les petits félidés occupent une place de choix dans sa vie — comme la timide Cléo, qui déambule aujourd’hui dans son logis.

« C’est clair que j’ai la passion des chats. J’en ai toujours eu, je suis incapable de rester sans chats chez moi pendant très longtemps », indique celle qui a remporté le prix Adrienne-Choquette avec Madame Victoria et vient de rafler un Prix du Gouverneur général pour la traduction de Do Not Say We Have Nothing. « Une chose est sûre, ils accompagnent mes moments de rédaction, et cette présence a quelque chose d’essentiel. C’est peut-être une sorte de superstition, ou juste une échappatoire dans la solitude de l’écriture. »

Au point d’avoir une influence sur sa prose ? Peut-être, mais pas toujours comme on s’y attendrait. Durant l’écriture de son premier roman, La marche en forêt, sa chatte Mouche a fait chuter son ordinateur, annihilant d’un simple bondissement près de la moitié de son texte en chantier — qu’elle a dû réécrire. « J’imagine que cela constitue une forme d’influence », plaisante-t-elle aujourd’hui. Mouche était-elle courroucée de ne pas apparaître dans le récit ? Interrogée à ce sujet, elle n’a rien voulu miauler. Si c’est le cas, le tir a, depuis, été corrigé. « On trouve des chats relativement importants sur le plan symbolique dans Le mur mitoyen », fait remarquer Catherine Leroux, qui a remporté le prix France-Québec pour ce titre.

Dominique Lavallée

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Dominique Lavallée a mis au point un rituel avec Clémentine. Elle dit aimer les chats de la race orientale, qui « ne sont pas simplement passifs ».

Celle qui vient de publier le deuxième tome de sa série de romans historiques Pour toi, Abby a également toujours vécu entourée de chats. Mais malgré la naissance de ce nouvel opus, Dominique Lavallée doit vivre un deuil : deux de ses compagnons, vieillissants, l’ont quittée en début d’année. Reste Clémentine, chatte de race orientale qui l’accompagne durant ses phases créatives. « J’ai longtemps étés enfant unique et, pour moi, avoir une présence était très important. C’est une relation à deux, je la rassure et elle fait la même chose pour moi. On est tellement seuls, et on traverse toutes sortes de périodes depuis la création jusqu’à la publication… J’ai l’impression d’être moins seule, même sur le plan existentiel », explique l’auteure, qui a également publié deux recueils de nouvelles.

En toute complicité, elle a même établi avec Clémentine un rituel lors des séances d’écriture : la chatte grimpe sur la table et attend « le signal » de l’écrivaine, qui place sa main dans le lit installé à côté de l’ordinateur.

L’animal exécute un tour avant de s’installer en se lovant dans sa paume accueillante. Après quelques minutes de communion, Dominique ôte, à regret, cette main dont elle a besoin pour bâtir ses récits.

« Quand je suis complètement immergée dans l’écriture, je l’oublie et elle dort pendant que je suis dans cet état de transe où toute distraction menace de crever la bulle. »

Suzanne Myre

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Coquette, que l’on voit ici en compagnie de l’auteure Suzanne Myre, a trempé ses pattes dans l’encrier pour nous faire parvenir un message bien senti sur sa relation avec elle.

La colorée Suzanne Myre, dont la passion pour les chats n’est un secret pour personne, nous a fait parvenir ce message rédigé par Coquette, son hôte aux oreilles pointues. Le voici : 

« Moi, Coquette, je refuse de faire partie de ce mythe tellement cliché attestant que nous, chats, sommes des inspirations pour les écrivains (ou qui que ce soit, mis à part le cuistot qui fabrique notre manger mou). Je sais de source sûre (non, je ne la divulguerai pas) que si les chats tournoient autour des ordinateurs des auteurs, c’est parce que la plupart d’entre eux sont des goinfres qui ne peuvent s’empêcher de grignoter pendant qu’ils “travaillent” et que nous aussi aimons cela, grignoter. C’est en fait notre obsession principale, ça et dormir. Suzanne adore manger en tapotant sur les touches, c’est d’ailleurs pourquoi certaines d’entre elles répondent si mal.

« Donc, si je monte sur son bureau et dépose mon derrière sur le clavier, ce n’est pas pour l’inspirer, désolée de vous décevoir, ni pour faire mignon (bien que je le sois). Ce n’est pas non plus pour l’aider à améliorer ses écrits en marchant sur le Delete ou pour les enjoliver en ajoutant des jrtl6l4améqw. J’attends juste qu’elle ait fini ses céréales pour en lécher le fond du bol. Et, pendant ce temps, a-t-elle écrit et m’en remercie-t-elle ? Non. J’étais trop dans le chemin. Alors non, chers lecteurs, nous ne sommes pas nécessairement des muses pour les écrivains mais souvent des nuisances. Ou bien Suzanne est juste mal tombée avec moi. Mais je compense mes lacunes en me laissant étouffer de baisers. Car ce que je lui inspire, ça se passe de mots, c’est de l’amour. »