C’est un pur plaisir de lecture que de retrouver Martin Michaud et son enquêteur Victor Lessard après une longue absence de cinq ans, période au cours de laquelle l’auteur s’est consacré à l’adaptation de sa série policière pour le petit écran.

Laila Maalouf Laila Maalouf
La Presse

De concert avec la parution de Ghetto X, d’ailleurs, sera diffusée cet automne une troisième saison alignée sur la nouvelle enquête de ce personnage fétiche de la littérature policière québécoise, qui a valu au romancier — et désormais scénariste — plusieurs prix et une reconnaissance unanime de la part des mordus de polars.

Dans Ghetto X, Victor Lessard n’est plus enquêteur à la section des crimes majeurs du SPVM depuis qu’il a démissionné de son poste dans Violence à l’origine, sa dernière enquête, paru en 2014 (mais qu’il n’est pas indispensable d’avoir lu pour se retrouver). Un appel de son ancienne partenaire de longue date, Jacinthe Taillon, le fait toutefois rappliquer en quatrième vitesse sur une scène de crime des plus déconcertantes.

Sur fond de guerres intestines au sein de la police métropolitaine, les anciens partenaires vont mener une enquête clandestine et traquer des tueurs dont l’entraînement laisse croire qu’il pourrait s’agir d’anciens militaires tireurs d’élite.

Leurs découvertes naviguent entre espionnage et programmes secrets du SCRS, et pointent vers un dangereux groupe armé aux idéaux d’extrême droite qui porte Lessard sur les traces du drame familial qui a marqué son enfance.

Martin Michaud joue sur plusieurs fronts avec des éléments ancrés dans l’histoire aussi bien que dans l’actualité — jonglant avec guerre froide et enquêtes journalistiques, cyberattaques, piratage, terrorisme et radicalisation.

Un duo d’enfer

Alors que dans la grande majorité des séries policières, le héros est un enquêteur solitaire qui se plaît à faire cavalier seul, Martin Michaud a réussi à créer un duo d’enquêteurs attachants qui sont au sommet de leur forme lorsqu’ils travaillent ensemble. Le personnage au langage vif et coloré de Jacinthe Taillon est tout aussi indispensable à Victor Lessard qu’à l’intrigue, puisque la policière vient contrebalancer la morosité de son partenaire. Elle ajoute du mordant à leur équipe avec son sens de la répartie et ses répliques cinglantes.

C’est très rafraîchissant de se plonger dans un polar aussi captivant qui se déroule juste à côté de chez nous, dans les bas-fonds du quartier chinois de Montréal et ses alentours (plutôt que dans de lointaines contrées septentrionales !), et de s’immerger dans des dialogues que l’auteur a su rendre bien vivants en leur donnant des accents typiquement montréalais. Tellement vivants, d’ailleurs, qu’on a l’impression de lire un roman situé à mi-chemin entre 19-2 et Bon Cop, Bad Cop.

Si le nom de Martin Michaud est régulièrement accolé au titre de maître du thriller québécois, ce nouveau titre ne vient que confirmer qu’il a largement mérité la distinction. Et nous faire espérer, dans la foulée, qu’on n’aura pas à attendre de nouveau cinq ans avant d’avoir des nouvelles de Victor Lessard.

★★★★ Ghetto X. Martin Michaud. Libre Expression, 552 pages.