Aimes-tu la vie comme moi ? ne jouait pas par accident dans l’Olympia, mardi soir, quelques minutes avant l’entrée en scène de Richardson Zéphir. Les paroles de la chanson de Boule Noire encapsulent à merveille la vision du monde de l’humoriste, qui aime prendre le temps qu’il lui faut pour vivre et regarder autour tout en cherchant l’amour.

Publié le 11 mai
Dominic Tardif
Dominic Tardif La Presse

Il a le prénom d’un sportif célèbre et le nom de famille d’une flûtiste, comme il le dit lui-même d’entrée de jeu, mais Richardson Zéphir, c’est l’évidence, est né pour faire rire. Improvisateur d’expérience et vainqueur de l’édition 2016 du défunt concours télévisé En route vers mon premier gala Juste pour rire, le Québécois d’origine non pas suédoise (comme il le prétend d’abord), mais haïtienne, était révélé en 2021 dans Big Brother Célébrités. Le temps était venu de cueillir le fruit mûr de l’affection que lui voue le public québécois, qui s’est épris de son sourire à cent dollars et de sa bonne humeur de tous les instants.

Simplement intitulé Zéphir, ce nouveau solo (après plusieurs spectacles présentés de manière plus confidentielle au Zoofest) épouse parfaitement, presque trop parfaitement, le canevas classique d’une première tournée québécoise lors de laquelle une recrue du rire revient sur son parcours personnel.

Enfance lavalloise et loufoque, anecdotes de jeunesse, premier boulot dans un centre de location de pédalos, premier voyage outre-mer en compagnie de son équipe d’impro ; l’homme de 44 ans arrime son récit aux principaux jalons d’une existence dite ordinaire.

C’est pourtant moins grâce à ses mots que grâce à tout ce qu’il glisse entre les différents segments de son monologue (mimes, mouvements de danse, imitations) que le jovialiste moissonne le plus de rires. Avec une totale maîtrise de sa voix, qu’il utilise à son plein potentiel, l’attachant comique alterne sans cesse entre trois accents : d’abord le sien (celui d’un Québécois de sa génération), mais aussi celui, plus archétypal, d’un Montréalo-Haïtien, ainsi que celui du doubleur français d’Eddie Murphy (un certain Med Hondo) tel qu’entendu dans des films comme L’enfant sacré du Tibet ou Un prince à New York.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Richardson Zéphir, estivalement vêtu

Cette « voix de débile », relayant un français gorgé de ridicules expressions argotiques, aura profondément façonné son imaginaire, confie-t-il, et l’aura même parfois mis dans le pétrin, tant il l’imitait dans les contextes les moins appropriés. Mais pourquoi les voix de personnages noirs étaient-elles toujours doublées ainsi, comme pour les dépouiller de toute crédibilité ? se demande-t-il ensuite, dans un de ses brefs apartés abordant délicatement la question du racisme.

L’absurde retour de Jésus

Fidèle à son passé d’improvisateur, Richardson Zéphir s’illustre avec le plus de singularité lorsqu’il pousse à leur extrême logique des idées délicieusement farfelues. Dans un passage qui s’amorce alors qu’il dit avoir peur d’avouer à sa mère qu’il ne va plus à la messe, l’humoriste s’imagine le retour sur Terre de Jésus, qui souscrit à TikTok et peine à faire entendre son message sur une planète qui a beaucoup changé depuis sa naissance il y a 2000 ans. La proposition, simple, est le tremplin idéal permettant au maître blagueur autoproclamé de laisser libre cours à une sorte d’absurdité bon enfant aux accents poétiques, la tonalité qui lui colle le plus à la peau.

Visiblement nerveux lors de cette première médiatique, Richardson Zéphir aura offert durant environ 75 minutes une vitrine sur l’ensemble (ou presque) de ses pouvoirs, au sens où il permet au public de goûter un peu à tout ce qu’il sait faire.

La décision de mettre entièrement de côté les personnages (dont Blackman et La Police) qui ont fait son succès sur les réseaux sociaux ne peut cependant qu’étonner. Elle témoigne sans doute d’une regrettable tendance en humour québécois, qui place l’authenticité du stand-up pur au-dessus de tout, au détriment des forces d’un artiste.

S’il n’est certes pas inutile d’en apprendre un peu sur qui il est réellement, Zéphir est visiblement moins un conteur qu’un fantaisiste, qui génère des rires grâce à ses inflexions vocales et à ses gestes, davantage que grâce aux images que contiennent ses textes. Qu’il tente à ce point de se dénaturer apparaît presque aussi contre-intuitif que si le Michel Courtemanche de la grande époque s’était menotté à un récit linéaire dans lequel il aurait raconté sa vie.

Sur une musique d’Erik Satie, Richardson Zéphir livre en tombée de rideau les grandes lignes de son petit crédo personnel et se prend à rêver d’une planète sur laquelle toute chicane serait abolie, où les bateaux de guerre seraient remplacés par des pédalos. Sa conviction que l’humour, employé à bon escient, peut contribuer à rendre le monde meilleur parvient à émouvoir, tant il semble y croire pour vrai. Si, comme il le regrette, la colère qui fait rage chez certains chroniqueurs québécois est contagieuse, son amour pour la vie l’est tout autant.

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Zéphir

Zéphir

Spectacle de Richardson Zéphir

En tournée, partout au Québec