C’était soir de première mardi pour Cathy Gauthier, qui a présenté son quatrième one-woman-show, Classique, à L’Olympia de Montréal. Un spectacle avec du mordant, pour un public averti, ponctué de très bons et moins bons moments.

Publié le 6 avril
Marissa Groguhé
Marissa Groguhé La Presse

« Ça fait longtemps que j’ai pas fait de spectacle », commence l’humoriste, avant de se lancer dans une toute première blague quelque peu douteuse sur Maripier Morin. Elle n’a peur de rien dire, Cathy Gauthier. C’est établi tout de suite. On a toujours su ça d’elle, mais elle nous le rappelle d’emblée.

Son précédent spectacle solo, Pas trop catholique, avait été lancé en 2014. Mais si ça fait un bout de temps, en effet, qu’on ne l’a pas vue sur scène, Cathy Gauthier n’a rien perdu de sa fougue, de sa tendance à parler fort ou de sa propension à parler de tous les sujets que quelques-uns considèrent comme tabous.

Lorsqu’elle parle de son congé de maternité ou du moment où elle a donné naissance à son enfant, elle déclenche de nombreux éclats de rire. « J’ai rien fait d’autre depuis quatre ans que d’accoucher et mettre du Purell », dit-elle en affirmant que le spectacle va beaucoup tourner autour de son accouchement, son fil rouge.

PHOTO PHILIPPE BOIVIN, LA PRESSE

Cathy Gauthier

Son énergie est tout à fait électrisante. On ne décroche pas de son numéro une seconde.

La mise en scène est simple, on n’ajoute pas grand-chose au discours de l’humoriste, un choix judicieux, car Cathy Gauthier prend toute la place sur scène.

L’humoriste tombe souvent dans ce discours très cru qu’on lui connaît, et le public réagit positivement. Gauthier sait comment lancer des gags dans un feu roulant qui ne laisse aucun instant pour cesser de rire. Elle excelle dans l’art de réciter un long morceau de son texte sans même sembler prendre le temps de respirer, un effet comique qui atteint sa cible.

Certains clichés sont un peu trop utilisés. Plusieurs fois, elle frôle la limite du politiquement correct. C’est volontaire, et la foule apprécie. On se demande toutefois quelle est la pertinence d’imiter une nounou philippine ou une personne handicapée. Tout se dit en humour, paraît-il. Ce qui ne veut pas dire que tout a besoin d’être dit.

L’autodérision et un regard critique (mais amusant) sur le monde dans lequel elle a grandi lui permettent des gags personnels qui fonctionnent bien. Elle parle de sa famille, de ses grands-parents qu’elle considère comme ses parents, de ses oncles et tantes qui sont comme ses frères et sœurs. Leurs défauts sont de bons prétextes à blagues.

Mais bien vite, c’est bel et bien l’accouchement qui revient. Elle marque de très bons points lorsqu’elle joue son retour de l’hôpital après avoir donné naissance à sa fille. La constante envie sexuelle de son mari mène également à de généreux moments d’hilarité. De même pour la reddition d’une de ses crises en pleine dysphorie prémenstruelle.

Humour libéré

Cathy Gauthier parle de sexe sans filtre. C’est libéré et, oui, d’une vulgarité assumée, mais le public sait dans quoi il s’est embarqué et il semble beaucoup apprécier le moment. Le micro qui sert de faux pénis, les mimes de positons sexuelles, les allusions à la libido de son mari… tout y passe. Elle n’hésite pas à parler de sa vie de couple, de la dynamique avec son époux (qu’elle compare à un « enfant lourdement handicapé »).

L’humoriste d’expérience ne s’impose toujours pas de barrière. Elle parle de masturbation (et mime le tout), de fellation ou de ses fantasmes comme de n’importe quel autre sujet.

Sa dépression est prétexte à quelques-unes de ses meilleures blagues de la soirée. Ce spectacle a été bien monté et longtemps travaillé, ça se voit. La preuve, on a droit à une blague sur Éric Salvail – « ça paraît-tu que je l’ai écrite il y a quatre ans, celle-là ? » – comme on se fait servir une référence à la gifle de Will Smith aux Oscars.

Cathy Gauthier joue avec les limites. À une ou deux reprises, elle reçoit quelques « ohhh » incertains mêlés à des rires timides. Plus souvent, elle parvient à déclencher des rires. Comme nous le disions plus tôt, un public averti peut trouver son compte dans Classique.

Cathy Gauthier présentera Classique partout au Québec jusqu’en 2023. Elle sera à Québec, à la salle Albert-Rousseau, le 27 avril.

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