(Paris) « Ma grand-mère m’a appris que la rigolade, c’est comme les essuie-glaces, ça n’arrête pas la pluie, mais ça fait avancer ! » : six ans après son dernier seul en scène, Gad Elmaleh est de retour, pour la première fois depuis des accusations de plagiat, dans un spectacle plus intime.

Publié le 15 février
Jean-François GUYOT Agence France-Presse

À 50 ans, c’est en assumant un tournant artistique, imposé selon lui par l’âge de la maturité, que l’humoriste retrouve la scène.

« Dans la carrière d’un artiste, il y a un moment où il se livre sans appréhender les conséquences. C’est mon cas. La volonté de plaire n’est plus la priorité. Plaire n’est plus qu’une jolie conséquence », confie-t-il dans un entretien avec l’AFP.

« Est-ce que tu crois que toutes les vannes étaient de lui ? », fait-il dire dans ce nouveau spectacle à un fan imaginaire, déclenchant le fou rire des 4500 spectateurs du Dôme de Paris-Palais des Sports où il se produit jusqu’au 26 février, avant une tournée jusqu’à la fin mai.

En 2019, l’humoriste vedette avait été accusé de plagiat sur les réseaux sociaux, avant de reconnaître cette même année « une partie de vrai » dans ces accusations.

Dans sa loge, Gad Elmaleh confie les avoir ressenties « douloureusement » : « ce moment de ma vie a été très violent. Une remise en question qui m’a conduit à faire le tri dans mes relations professionnelles et amicales ».

« J’ai une part de responsabilité. Je l’ai analysée », ajoute-t-il. « Cette secousse m’a servie même si l’exécution a été disproportionnée. Ma réponse, elle est sur scène ! ».

« Je me sens d’ailleurs »

Ses nouvelles répliques s’inspirent autant de ses relations avec la famille de Monaco depuis sa relation avec Charlotte Casiraghi — avec qui il a eu un fils —, que des réseaux sociaux, des parents d’élèves trop investis ou du vivre-ensemble.

Dans toutes les situations, Gad Elmaleh, né dans une famille juive berbère marocaine, estime qu’il sera toujours un « blédard », d’où le titre de ce nouveau spectacle : D’ailleurs.

« Partout, je me sens d’ailleurs. Le syndrome du blédard, c’est quand tu es invité et que tu crois qu’on ne va pas te laisser entrer », résume-t-il sur scène, en racontant un dîner « à la bonne franquette » au palais de Monaco, en présence de sa mère.

« L’oncle de mon ex, c’est le Prince (Albert de Monaco, NDLR). Moi, mon oncle, il a une auto-école à Sarcelles », lance-t-il au public. « Ma mère lui a fait une révérence de Ouarzazate, ville du Maroc et l’a appelé Mon Ordonnance ».

« Le Prince a vu le show. Il a énormément d’autodérision », assure Gad Elmaleh à l’AFP.

« C’est sur scène que je me sens bien », ajoute l’humoriste.

Né au Maroc, Gad Elmaleh rappelle que s’il est bien résident français et paye ses impôts en France, il n’a « qu’un titre de séjour ».

« Il y a quelques années, j’ai entrepris des démarches pour la nationalité française, mais je me suis découragé. La seule chose que ça m’apporterait, et qui n’est pas anodine, c’est le droit de vote ».

« Sans emmerder l’autre »

Sur scène, Gad Elmaleh assure « qu’il aime la France encore plus depuis un séjour de plusieurs années aux États-Unis » où il a tenté le rêve américain. Un peu plus tard, il fait l’éloge hilarant du célibat choisi qui lui a permis de visiter Venise dans la solitude la plus profonde, avec le réconfort d’un gondolier attristé.

Sur un registre plus politique, Gad Elmaleh prône le vivre-ensemble dès la petite enfance « afin qu’il soit organique et non pas chorégraphié », estimant sur scène que « la laïcité, ça veut dire pratiquer la religion que l’on veut, comme on veut, mais sans emmerder l’autre ».

En final, l’humoriste imagine ses funérailles dans une église : « les obsèques cathos, c’est la classe. Les gens pleurent dignement. Il n’y a pas une tante qui se jette sur le cercueil ».

« J’ai envie qu’on se marre », prévient-il toutefois, en souvenir de sa grand-mère pour qui il a fait, enfant, ses premiers sketchs en imitant les voisines de Casablanca. « Il n’y a pas un jour où je n’essaie pas de transmettre la rigolade ».