Pendant que les pourparlers entre la Ville et les grands festivals de Montréal se poursuivent, le Groupe Juste pour Rire (GJPR) annonce de son côté qu’il reporte son festival d’humour du 15 juillet au 29 septembre.

Jean Siag Jean Siag
La Presse

Le Festival Juste pour rire (JPR), son pendant anglophone Just For Laughs (JFL), le OFF-JFL ainsi que le Zoofest présenteront quelque 200 spectacles du 29 septembre au 11 octobre prochain, a annoncé vendredi le président directeur général du GJPR Charles Décarie lors d’une entrevue exclusive à La Presse.

« Un tour de force » s’est réjoui le patron du Groupe Juste pour rire, qui a vanté la « force créative » et « l’agilité » des employés qu’il dirige depuis un an.

« Le festival est un événement phare pour Montréal et pour le Groupe Juste pour rire, a-t-il expliqué. C’est un festival qui structure l’industrie de l’humour, qui lance des artistes, c’est aussi un repaire pour des artistes établis, qu’ils soient Américains, Britanniques, Australiens, Français, donc c’était important pour nous de le maintenir. Pour l’entreprise, mais aussi pour Montréal. »

Le Festival Juste pour rire, qui devait débuter le 15 juillet, est ainsi repoussé d’un peu plus de deux mois, au 29 septembre, soit cinq jours après le début de Just For Laughs à Toronto (JFL42), prévu le 24 septembre.

« On se donne une misère noire en faisant deux festivals en même temps, nous dit Charles Décarie, mais on s’est dit qu’on allait le faire pour protéger Montréal. »

« Vous savez, poursuit-il, il y a beaucoup de concurrence qui émerge dans le monde de l’humour, et le festival de Montréal demeure l’événement le plus important quand on combine les volets francophone et anglophone. Il n’y a pas grand festival dans le monde qui rejoint un million de personnes en humour, donc c’était important pour nous de le préserver. »

Les contrats du GJPR avec des diffuseurs canadiens et américains, entre autres, sont au cœur de cette décision.

« Il y a une recette magique, a-t-il confié, c’est qu’on a des contrats de télévision, qui nous permettent de faire des captations, qui nous permettent aussi de positionner Montréal à travers des émissions qu’on vend à des chaînes américaines ou ailleurs, donc c’est un des éléments qui nous a motivés à aller de l’avant. »

Des discussions avaient pourtant lieu depuis quelques semaines avec les directeurs d’autres grands festivals montréalais pour déplacer « en bloc » la période des festivals. Est-ce que JPR a fait bande à part ?

Charles Décarie a expliqué à La Presse que pour ses spectacles en salle, il devait « mener son propre bateau hors de la tempête », mais qu’il a mené des discussions avec les autres festivals sur un « volet extérieur commun ».

« Avant de solliciter l’industrie, il fallait qu’on se positionne. Et très rapidement, on a décidé de procéder à un report. On avait les moyens de le faire avec des options sur des salles, les contrats de télé, les artistes qu’on avait déjà sollicités, on avait chauffé les moteurs avant de s’asseoir avec le RÉMI et nos partenaires Spectra et evenko. »

« On est restés ouverts à trouver une solution commune pour trouver un moment à la mi-septembre où on pourrait faire un événement de rue de 8-9 jours avec l’ensemble des partenaires, mais pour les salles, il a fallu qu’on s’occupe de nos affaires, parce qu’on avait des contrats télé et des engagements avec des diffuseurs. »

Un risque que JPR est prêt à prendre

Même en déplaçant son festival au 29 septembre, Charles Décarie est conscient du risque qu’il prend, mais il a l’intention de « se battre jusqu’au bout, tout en respectant les consignes gouvernementales ». « Si on a une chance de s’en sortir, on va la prendre. »

« On prend un risque d’affaires pour sauver Montréal, poursuit-il, pour sauver notre festival, mais on est conscient que c’est un gros risque. On est prêt à le prendre en octobre, on a une chance de sortir de ce marasme, que les autorités relaxent les contraintes sanitaires et que les gens célèbrent la vie un peu. C’est aussi dans cet esprit qu’on le fait. »

Plusieurs inconnues demeurent : quelles seront les mesures sanitaires à ce moment-là, et quel sera « l’appétit » du public de se retrouver dans des salles de spectacles, « on ne le sait pas » admet Charles Décarie, qui a aussi élaboré des plans B — avec des taux d’occupation de 50 %, en libérant un siège sur deux, en fixant une limite de 250 personnes, etc.

Pour ce qui est des autres festivals, il convient que le scénario d’un report n’est pas évident, au-delà de la disponibilité des artistes et de la rentrée culturelle de l’automne. « Il y a des considérations non négligeables, en septembre, un mardi soir, faire un show dehors à 15 degrés quand tout le monde a de l’école le lendemain et que les gens travaillent, c’est pas le même esprit festif qu’au mois de juillet... »

La programmation du festival Juste pour Rire, qui devait être dévoilée ce printemps, sera ainsi connue « au début de l’été, si la situation le permet » a indiqué le GJPR dans le communiqué qu’il a publié vendredi.

Le 26 mars dernier, le Groupe Juste pour rire avait annoncé la mise à pied temporaire de plus de 75 % de son personnel — autant les artistes que les employés permanents, temporaires ou contractuels de l’entreprise. Charles Décarie a l’intention de « réembaucher » les employés qui travaillaient sur le festival au fil des prochains mois.

Charles Décarie continuera par ailleurs d’alimenter sa chaîne d’humour francophone, Juste pour rire en continu, disponible sur YouTube, Facebook et Instagram.

« On met les bouchées doubles, parce qu’on assiste à une augmentation des visionnements avec la crise actuelle, précise Charles Décarie. Nos Gags sont vus plus de 16 millions de fois par jour. On veut vraiment être un leader dans la présentation de contenus en français et en anglais sur le web. On veut aussi contribuer à faire connaître des artistes québécois. »

Enfin, la pièce Arlequin, serviteur de deux maîtres, qui devait être présentée au TNM à partir du 14 juillet, sera reportée en 2021, a fait savoir le GJPR. La pièce de Goldoni produite par Juste pour rire et mise en scène par Serge Denoncourt, devait notamment réunir sur scène Mani Soleymanlou, Pierrette Robitaille et Anne-Élisabeth Bossé.

La comédie musicale Kinky Boots, qui devait également être présentée au Théâtre St-Denis à partir du 11 juin (dans une mise en scène de Serge Postigo), est tout simplement annulée.

Les détails de la programmation et les dates de report de spectacles seront annoncés « dans les prochaines semaines », a fait savoir la direction du GJPR. Les passeports déjà vendus demeurent « valides et applicables » pour les spectacles qui feront partie de la programmation automnale du Festival Juste pour rire et Just For Laughs.