Irrévérencieux, revendicateurs, absurdes ou rassembleurs, les mèmes font rire au gré de l’actualité. L’année 2020, épuisante succession d’évènements intenses et générateurs de changements, a inspiré les créateurs de mèmes. Retour sur ces blagues marquantes, véritables reflets d’une année qui aura tout chamboulé.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

Les mèmes – ces créations virales qui mêlent humour et culture populaire – sont loin d’être une nouveauté. « La différence, maintenant, c’est que la pandémie a fait en sorte de changer les lieux où se fait l’humour. On ne pouvait plus se voir en personne et ça a accéléré la transition vers l’humour numérique qui est plus accessible à un large public », dit Julie Dufort, enseignante de science politique à l’École nationale de l’humour.

Les points de presse de François Legault

En suggérant des siestes et d’occasionnels verres de vin entre deux consignes sanitaires, le premier ministre du Québec, François Legault, est devenu une source d’inspiration intarissable pour les memelords, les créateurs de mèmes. Les mèmes concoctés au fil des points de presse scrutés à la loupe sont devenus des cris de ralliement… pour le meilleur et pour le pire. L’adhésion extrêmement forte aux politiques du gouvernement début mars, mais aussi le ras-le-bol face aux consignes sanitaires des mois plus tard se perçoivent dans les mèmes, indique Mme Dufort. « Une des fonctions de l’humour, c’est de critiquer le pouvoir et on l’a définitivement vu dans ce cas-là. »

  • Des internautes trouvent que la pandémie dure un peu trop longtemps…

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    Des internautes trouvent que la pandémie dure un peu trop longtemps…

  • Les hésitations des autorités quant au port du masque ont inspiré de nombreux mèmes…

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    Les hésitations des autorités quant au port du masque ont inspiré de nombreux mèmes…

  • Le fameux « Ça va bien aller » aurait mal vieilli selon certaines âmes créatives.

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    Le fameux « Ça va bien aller » aurait mal vieilli selon certaines âmes créatives.

  • Les Québécois ont eu droit à un autre « Défi 28 jours » et ont réagi à la prolongation des mesures sanitaires avec humour.

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    Les Québécois ont eu droit à un autre « Défi 28 jours » et ont réagi à la prolongation des mesures sanitaires avec humour.

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Le docteur Arruda

Figure marquante, le DHoracio Arruda est devenu l’idole des Québécois au printemps dernier. De nombreux sites de mèmes lui sont d’ailleurs consacrés. Les collages rigolos qui le présentaient comme véritable héros ont toutefois peu à peu évolué vers des blagues au ton plus acerbe. Le cas du directeur national de santé publique est très intéressant aux yeux de Julie Dufort. Ses déclarations spontanées sur les bancs de parc à ne pas lécher et les tartelettes portugaises ont charmé les Québécois. « Au début, c’était rassembleur, dit-elle. On riait avec lui et ça paraît dans les mèmes. Puis, quand la population s’est fatiguée des restrictions sanitaires, on a vu des mèmes qui le mettait moins sur un piédestal. Tout d’un coup, on était loin des tartelettes portugaises ! » Les mèmes sont un excellent baromètre de l’humeur de la population, précise l’experte : « Tout le monde peut faire des mèmes, donc tout le monde a son mot à dire. »

  • Le Dr Arruda a séduit les Québécois en parlant des tartelettes aux œufs portugaises.

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    Le DArruda a séduit les Québécois en parlant des tartelettes aux œufs portugaises.

  • Les apparentes incohérences de certaines mesures sanitaires ont été soulignées à gros traits.

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    Les apparentes incohérences de certaines mesures sanitaires ont été soulignées à gros traits.

  • Tout le monde en prend un peu pour son rhume…

    IMAGE TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE MÉL GUILLEMETTE

    Tout le monde en prend un peu pour son rhume…

  • Les mèmes sont un excellent baromètre de l’humeur de la population.

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    Les mèmes sont un excellent baromètre de l’humeur de la population.

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Les théories du complot

Faut-il ou non caricaturer le mouvement complotiste ? En ridiculisant les anti-masques et anti-vaccins, la division entre les opposants aux consignes sanitaires et les autres risque d’être accentuée, admet Julie Dufort. L’humour peut aussi donner l’impression de minimiser les dangers de cette pensée qui remet en question l’existence même de la pandémie. En contrepartie, dénoncer à coup de mèmes des théories non fondées permet de mettre de l’avant leurs absurdités. « En faisant des blagues, on vient normaliser quelque chose qui demeure inquiétant plutôt qu’offrir une vraie réflexion sur le populisme et la désinformation. C’est une question difficile, car il ne faut surtout pas arrêter d’utiliser l’humour pour faire passer un message », soutient Mme Dufort.

  • Faut-il ou non caricaturer le mouvement complotiste ? Certains créateurs de mèmes se sont laissés tenter…

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    Faut-il ou non caricaturer le mouvement complotiste ? Certains créateurs de mèmes se sont laissés tenter…

  • « Il ne faut surtout pas arrêter d’utiliser l’humour pour faire passer un message », soutient Julie Dufort, enseignante de science politique à l’École nationale de l’humour.

    IMAGE TIRÉE DE LA FACEBOOK COMPLOTS FACILES POUR BRILLER EN SOCIÉTÉ

    « Il ne faut surtout pas arrêter d’utiliser l’humour pour faire passer un message », soutient Julie Dufort, enseignante de science politique à l’École nationale de l’humour.

  • Dénoncer à coup de mèmes des théories non fondées permet de mettre de l’avant leurs absurdités.

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    Dénoncer à coup de mèmes des théories non fondées permet de mettre de l’avant leurs absurdités.

  • L’humour peut parfois donner l’impression de minimiser les dangers de cette pensée qui remet en question l’existence même de la pandémie.

    IMAGE TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE MATHIEU BOUDREAU

    L’humour peut parfois donner l’impression de minimiser les dangers de cette pensée qui remet en question l’existence même de la pandémie.

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La pandémie au quotidien

La pandémie a changé la vie du jour au lendemain et une bonne proportion des blagues sur le web tournent désormais autour de ces changements sur le quotidien de tout le monde. Les mèmes ont été des blagues salvatrices à partager pour briser l’isolement, insiste Julie Dufort. À défaut de pouvoir jaser de l’actualité au bureau, une image rapidement envoyée dans un groupe de discussion fait l’affaire. « Je n’ai pas souvenir d’une période dans l’histoire au Québec où l’humour était aussi unificateur et consensuel qu’au tout début de la pandémie, explique la professeure. On avait besoin de ces blagues sur le télétravail ou les enfants à la maison. »

  • Neuf mois en neuf images, vus par l'actrice Reesse Witherspoon

    IMAGE TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM DE REESE WITHERSPOON

    Neuf mois en neuf images, vus par l'actrice Reesse Witherspoon

  • Les plans de l’année ont un peu changé…

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    Les plans de l’année ont un peu changé…

  • « Malheureusement, votre test de COVID est positif », dit le médecin. « Impossible ! J’ai acheté 200 rouleaux de papier de toilette », répond la patiente.

    IMAGE TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM 2BSURE.NL

    « Malheureusement, votre test de COVID est positif », dit le médecin. « Impossible ! J’ai acheté 200 rouleaux de papier de toilette », répond la patiente.

  • Zoom a fait une entrée fracassante dans le quotidien des Québécois...

    IMAGE TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK D'ENTRE BONNES PATTES

    Zoom a fait une entrée fracassante dans le quotidien des Québécois...

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Les élections américaines

Le monde mémétique n’allait quand même pas laisser passer une élection historique sans faire une blague ou deux. Le mème politique a revêtu ses plus beaux atours pendant que le monde entier attendait qu’une poignée d’États américains achèvent de compter les bulletins de vote. Une foule d’internautes se sont délectés du fait que Donald Trump n’accepte pas sa défaite.

  • Les humeurs de Donald Trump sont une riche source d’inspiration pour les créateurs de mèmes.

    IMAGE TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM SHITHEADSTEVE

    Les humeurs de Donald Trump sont une riche source d’inspiration pour les créateurs de mèmes.

  • Le long décompte des votes dans certains États l’a aussi été…

    IMAGE TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM SHITHEADSTEVE

    Le long décompte des votes dans certains États l’a aussi été…

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De Michael Jordan à Tiger King

« Quand je regarde les mèmes les plus populaires de 2020, c’est super varié. Ça va du politicien bien établi à l’émission Tiger King », analyse Mme Dufort. Les mèmes illustrent avec brio ce qui a été populaire tout au long de l’année, car pour que la blague soit efficace, elle doit être comprise de tous. « Les mèmes de Michael Jordan ont été très utilisés puisque beaucoup ont regardé la série documentaire The Last Dance, sur Netflix. Ça ne s’est pas seulement limité aux amateurs de sport ou de basket. Pour que ça fonctionne, l’image n’a d’ailleurs pas besoin d’avoir un lien avec le propos. »

  • Si 2020 était une personne… ce pourrait être Tiger King.

    IMAGE TIRÉE DU COMPTE IMGUR DE MAJORPHOTOSHOP

    Si 2020 était une personne… ce pourrait être Tiger King.

  • Une image tirée de la série documentaire The Last Dance… détournée par un internaute. « Ma mère qui me donne des sous pour mon lunch », peut-on y lire.

    IMAGE TIRÉE DU COMPTE TWITTER @OAKLEYANDALLEN

    Une image tirée de la série documentaire The Last Dance… détournée par un internaute. « Ma mère qui me donne des sous pour mon lunch », peut-on y lire.

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Black Lives Matter et racisme systémique

Les mèmes peuvent aussi prendre un ton plus sérieux. Le meurtre de George Floyd, un Afro-Américain asphyxié sous le genou d’un policier blanc, a provoqué une onde de choc et une récurrence de mèmes antiracistes. Au Québec, la controverse autour de la question du racisme systémique a aussi inspiré plus d’un mème. Teintées de revendications, certaines images font moins rire que réfléchir. « L’humour en général nous a aidés à passer à travers une période trouble, on avait ce besoin d’un exutoire et les mèmes en ont fait partie », résume Julie Dufort.

  • « Fox News a fait de nos parents ce qu’ils croyaient que le gangsta rap ferait de nous… », lit-on dans ce mème diffusé dans la foulée des manifestations suivant la mort de George Floyd aux États-Unis.

    IMAGE TIRÉE DU COMPTE TWITTER @VERNORSHERZOG

    « Fox News a fait de nos parents ce qu’ils croyaient que le gangsta rap ferait de nous… », lit-on dans ce mème diffusé dans la foulée des manifestations suivant la mort de George Floyd aux États-Unis.

  • Au Québec, les créateurs de mèmes ont abordé la question du racisme systémique.

    IMAGE TIRÉE DE LA FACEBOOK ORGANISATION STRUCTURELLE COCONSTRUITE DE LO PRATICIENXE RÉFLEXIXE

    Au Québec, les créateurs de mèmes ont abordé la question du racisme systémique.

  • Les mèmes servent souvent à faire passer un message ou une opinion politique.

    IMAGE TIRÉE DU COMPTE TWITTER @CO_GEN

    Les mèmes servent souvent à faire passer un message ou une opinion politique.

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