Juste pour rire a vécu un coup d’envoi sans précédent mardi. Laurent Paquin et Korine Côté animaient le premier des deux seuls spectacles qui pourront être présentés devant un auditoire dans le cadre du festival d’humour cette année. Après un deuxième gala mercredi (animé par les Grandes Crues), l’accès aux salles sera interdit aux spectateurs à Montréal. Mardi, tous dans le Théâtre St-Denis, artistes et public, semblaient avoir conscience que le moment était spécial, se délectant de chaque instant offert.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

Ils ne s’en doutaient pas il y a 72 heures seulement, mais Laurent Paquin et Korine Côté lançaient mardi soir avec leurs invités une édition du festival Juste pour rire encore plus inusitée que prévu. « Je ne suis pas de nature très optimiste, je m’étais préparé au pire », nous a affirmé Laurent Paquin, joint par téléphone quelques heures avant qu’il ne monte sur scène pour sa Carte blanche.

À vue d’œil et selon l’animateur de foule avant le spectacle, une centaine de personnes ont bravé la pluie et la COVID-19 pour assister à cette première soirée de festival. D’après le Groupe Juste pour rire, « très peu de demandes de remboursement » ont été faites à la suite des récentes annonces du gouvernement.

Si tout était différent du côté du public, entre la distanciation, les masques et le désinfectant, la partie spectacle, elle, a fait honneur à la tradition des galas Juste pour rire, malgré une scène plus petite. Un décor élaboré, imposant, a été déployé. La musique et les éclairages étaient tout aussi grandioses. Captée pour la télévision, la soirée aura sûrement presque l’air normale à l’écran.

Un contenant semblable à l’habitude, donc. Quant au contenu, malgré les circonstances, le gala n’a pas du tout été axé sur la pandémie et le confinement. « On ne voulait pas que ce soit le sujet d’un numéro, mais on y fait allusion, on en parle. Je savais que le sujet serait déjà pris par quelqu’un, je ne voulais pas qu’on se répète », a déclaré Laurent Paquin mardi après-midi, en sortant de ses dernières répétitions.

Ainsi, lorsqu’ils sont montés sur scène pour leur numéro d’ouverture, Korine Côté et Laurent Paquin n’ont qu’effleuré le sujet, préférant lancer leur dialogue sur le thème de l’empathie. Même le fait qu’il s’agisse peut-être d’un des derniers spectacles avant longtemps n’a pas été mentionné.

Rire d’autre chose

Dès que les deux humoristes ont commencé à déballer leurs blagues, on a pu sentir que la soirée ne serait pas nécessairement facile pour les artistes. Lorsqu’un gag ne fait pas l’unanimité, on s’en rend bien plus compte lorsqu’il n’y a que 100 personnes dans une salle de 2200 sièges. Qu’à cela ne tienne, le duo d’honneur a été plus souvent drôle que le contraire, et ses invités ont aussi, dans l’ensemble, présenté de très bons numéros.

Surtout, le public a semblé vouloir être plus bruyant, pour compenser, comme pour faire autant de bruit que si les sièges autour d’eux n’étaient pas vides. On a applaudi plus vigoureusement et on a ri un peu plus fort aussi.

Outre Korine Côté et Laurent Paquin, les invités de la soirée n’ont pas non plus insisté sur le sujet de l’heure. Certains l’ont carrément évité. Mathieu Cyr, accompagné de sa guitare, a d’abord demandé au balcon de « [faire] la vague ». La poignée de personnes assises à l’étage s’est prêtée au jeu, tout le monde a trouvé le clin d’œil amusant. Puis, il a présenté son numéro, des chansons très courtes et drôles sur plusieurs thèmes de sa vie.

PHOTO ÉRIC MYRE, FOURNIE PAR LE FESTIVAL

Alexandre Bisaillon

Alexandre Bisaillon a quant à lui parlé de son envie de faire de la prison et présenté les façons absurdes dont il s’assurerait de rester en sécurité dans le milieu carcéral. Daniel Tirado et son humour quelque peu pince-sans-rire, sans grande intonation dans la voix, a fait mouche dans la salle un peu éteinte (faute de foule). La dynamique entre le public et l’humoriste était idéale.

PHOTO ÉRIC MYRE, FOURNIE PAR LE FESTIVAL

Katherine Levac

Katherine Levac, seule femme invitée de la soirée, a elle aussi charmé les spectateurs, comme à son habitude, racontant le déroulement du « bachelorette party » d’une de ses amies d’Ontario. La gestion des silences et des rires parsemés n’a pas semblé être un exercice facile pour les humoristes sur scène, mais Katherine Levac a très bien su composer avec la contrainte.

Ç'a aussi été le cas de Richardson Zéphir, hilarant dans ses fantaisies. Pierre-Luc Pomerleau a fait remarquer que le cadre était « différent », avec si peu de gens devant lui, avant de se lancer dans un monologue sur toutes les choses qui changent, justement, dans la vie.

PHOTO ÉRIC MYRE, FOURNIE PAR LE FESTIVAL

Phil Roy

Dernier invité à se présenter sur scène, Phil Roy a été la seule exception à la règle de la soirée. Il y est allé d’un numéro centré sur la COVID-19, déclarant d’entrée de jeu qu’« il est temps que ça finisse, cette année-là ». Rebondissant sur l’actualité, il a mentionné le fait qu’il était possible que le Québec se retrouve en quarantaine. « C’était plate, cette activité-là », a-t-il lâché avant de présenter ses remarques sur le confinement.

Une chance malgré tout

Laurent Paquin dit s’être rendu compte, « bien égoïstement », de sa chance de monter sur scène mardi. Korine Côté, leurs invités et lui sont parmi les derniers à pouvoir interagir avec le public, entendre des rires (à hauteur de 250 rires maximum, mais tout de même) et vivre un semblant de normalité.

« L’annonce du gouvernement m’a fait un petit coup dans la poitrine, ça m’a bouleversé. C’est toute notre vie », a confié Laurent Paquin, conscient qu’il est délicat de se plaindre, mais que la situation a touché énormément de monde, dont plusieurs de ses proches dans le milieu qui perdront leurs revenus des prochaines semaines en raison des nouvelles mesures.

« Je ne peux pas m’empêcher de me dire que le premier ministre et le ministre [de la Santé] ne savent pas comment ça se passe dans les salles, a-t-il ajouté. J’ai fait des shows et les règles sont strictes, les salles font du travail à la limite de l’obsession, tout le monde respecte les consignes. Ce n’est pas en allant voir un show que tu vas pogner la COVID. On punit des gens qui ne sont pas coupables. »

Après cette première représentation mardi, un second spectacle a été lancé, à 21 h, avec comme invités Mélanie Ghanimé, Sylvain Larocque, Alexandre Forest, Maxim Martin, Colin Boudrias et Simon Delisle. La deuxième Carte blanche du festival Juste pour rire, animée par les Grandes Crues, est présentée ce mercredi soir, à 18 h, au Théâtre St-Denis.