Yannick De Martino l’a toujours dit : faire rire juste pour faire rire, très peu pour lui. Alors, en spectacle, il présente à son public ses réflexions. Pour son tout premier one-man-show, Les dalmatiens sont énormes en campagne, il prévoit faire justement cela : partager les choses insolites (mais derrière lesquelles se cache une certaine logique !) qui lui traversent l’esprit. Entrevue.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

Ce premier one-man-show devait être présenté il y a un an ou deux. Mais les plans ont été chamboulés. Que s’est-il passé ?

J’ai vécu une période d’anxiété. Le spectacle était prêt, mais je me questionnais, par rapport à mon approche. Aussi, j’étais avec Juste pour rire et j’ai changé de boîte. Je les ai quittés à cause de tous les événements [le scandale entourant l’inconduite sexuelle du fondateur de l’entreprise, Gilbert Rozon]. Je ne m’y sentais plus à ma place. Ensuite, j’ai signé une entente avec KoScène et on a décidé d’une nouvelle date.

Ce report a-t-il servi le spectacle, avec du recul ?

Je pense que oui. J’ai fait pas mal d’introspection et c’est là que j’ai réalisé, en écrivant, que je suis anxieux. Et c’est un peu la ligne directrice du spectacle. Même si c’est sous-jacent et que ce n’est pas mis de l’avant. Maintenant, je peux mieux gérer ça. Entre-temps, j’ai joué dans Like-moi ! et j’ai pu m’améliorer sur scène.

L’anxiété est donc un thème sous-jacent. Y a-t-il un thème plus précis au spectacle ?

Je me présente tout au long du spectacle, tant par mes idées qu’en parlant de qui je suis. Je crois que tu peux mieux apprendre à connaître une personne en comprenant comment elle pense qu’en écoutant ce qu’elle a à dire d’elle-même. Beaucoup de contenu du spectacle tourne autour du mensonge. J’aime quand les gens ne peuvent pas savoir ce qui est vrai et ce qui est inventé. Je trouve que le mensonge et l’imaginaire peuvent bonifier la réalité, si ça ne part pas d’une mauvaise intention.

Le titre n’a donc rien à voir avec la thématique. Pourquoi l’avoir choisi ?

Les titres de spectacles d’humour, c’est souvent un seul mot. Au début, j’avais choisi « Baroque ». J’aimais ça, mais je me suis dit que tant qu’à faire, j’allais juste mettre une blague. J’ai trouvé Les dalmatiens sont énormes en campagne. Six mots et c’est une blague. Si ça te fait sourire, ça va te donner envie d’en savoir plus sur la personne. […] Ce titre de spectacle représente comment je travaille. Ça peut avoir l’air stupide, un gars qui pense qu’une vache est un gros dalmatien. Mais si tu penses à quelqu’un qui n’a jamais vu de vache de sa vie, qui ne connaît pas le mot, il y a une certaine logique dans le fait qu’il pense ça. Je trouvais intéressant de montrer que ça sonne stupide, mais qu’il y a quelque chose de pas con.

Et c’est beaucoup ce genre de réflexion qui est amené dans le spectacle ?

Oui. J’ai un regard assez candide sur la vie. C’est comme ça que je suis le plus heureux. En m’émerveillant devant les choses, en ayant un regard un peu enfantin et en construisant un monde à travers ça. […] J’aime qu’on puisse prendre beaucoup d’idées dont je parle au premier degré, mais quand on y repense ensuite, on se dit « Ah, je l’avais pas vu comme ça ». J’aime aussi travailler en images : des choses qu’on doit s’imaginer ; c’est là que ça devient le plus comique.

Plutôt que des punch lines, il y aura surtout des réflexions présentées au public, c’est ça ?

Dans mon écriture, je n’aime pas penser juste à des blagues pour des blagues. Mais finalement, je suis un humoriste qu’on appelle un « one liner » : une ligne, un punch. La façon dont les gens le reçoivent, si je n’explique pas toute ma réflexion, c’est des jokes toutes les 10 secondes. Je vais me servir d’exemples pour expliquer ce que je veux dire, donc ça donne une certaine rythmique. Je ne pars pas sur des anecdotes.

Philippe Brach signe la mise en scène. Pour ses spectacles thématiques, il invente toujours des concepts loufoques et extravagants. Pourquoi lui ?

Je voulais quelqu’un qui n’était pas en humour. Je voulais pouvoir avoir des discussions poussées sur mon matériel. Savoir si c’est intéressant, pas juste savoir si c’est drôle ou pas. Je voulais quelqu’un qui travaille d’instinct. C’est un musicien et il y a un certain rythme à avoir en humour. C’est un gars d’impro, aussi. Je savais qu’il a un bon sens de l’humour, qu’il est vif d’esprit. […] Concrètement, dans l’élaboration et la sélection du matériel, il me challengeait, à savoir si certaines blagues m’allumaient vraiment ou si c’était juste drôle. Une de mes peurs, c’est de faire une blague juste pour faire une blague. Beaucoup d’humoristes diront que tant que ça fait rire, c’est correct. Je voulais avoir quelqu’un qui est habité par ce qu’il écrit, pour qui c’est émotif.

On a déjà dit de vous que vous faisiez de l’absurde et vous n’étiez pas d’accord. Sentez-vous que les gens comprennent mieux votre humour qu’à vos débuts ?

Oui. Je trouve que le terme absurde est galvaudé. Les gens l’utilisent pour dire que c’est dénué de sens. S’ils ne saisissent pas le propos derrière ou la démarche, ils diront que c’est de l’absurde. […] J’ai compris aussi que cette opinion venait de ce que je dégageais. Quand j’étais plus jeune, j’avais les cheveux dans la face, j’étais plus mystérieux. Les gens recevaient peut-être ça en se disant : « Il est particulier, ça doit être de l’absurde ». Juste de mieux me peigner, de soigner mon apparence, ça change beaucoup ! Des gens vont me dire que je suis moins absurde qu’avant, mais, dans les idées, je vais pas mal plus loin qu’avant. Mais on me le permet plus.

En spectacle mercredi, 20 h, et jeudi, 20 h, au Club Soda.

Consultez le site de Yannick De Martino : https://yannickdemartino.com/spectacle-les-dalmatiens-sont-enormes-en-campagne/