Si Mario Tessier propose un nouveau one-man-show, ce n’est certainement pas parce que c’est très payant. C’est du moins ce qu’il avance dans Transparent, dont la première montréalaise aura lieu mardi à l’Olympia.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

Quand on arrive dans le studio de La Presse pour la séance photo, il faut patienter plusieurs minutes avant de se mettre à l’œuvre, puisqu’une dizaine de personnes terminent leur cours de yoga.

Mario Tessier grouille sur sa chaise : « Je trouve ça interminable ! », dit-il en souriant, avouant être impatient de nature.

Cette franchise sera présente du début à la fin de notre entretien.

« C’est un spectacle qui s’appelle Transparent, alors soyons transparents. J’ai perdu de l’argent avec le premier show, j’essaie de me refaire avec le deuxième », dit l’humoriste, qui a 26 ans de carrière.

A-t-il vraiment perdu de l’argent avec son premier spectacle solo ? lui demande-t-on.

« Oui et non. Je n’en ai pas perdu, puisque je suis rentré dans les frais. Mais je n’ai pas fait d’argent avec le show. En réalité, dans la mer d’humoristes qu’il y a, tu dois en mettre de l’argent dans la pub pour te faire remarquer. Et il y a bien des gens à payer », dit l’ancien membre des Grandes Gueules.

Il attrape la balle au bond pour déboulonner le mythe selon lequel les humoristes font près de 1 million de dollars par spectacle. « Ce n’est pas comme ce que les gens s’imaginent, à part pour quelques exceptions. » Dans son cas, pour économiser sur les frais, il est même passé de trois techniciens à un seul. Et il confie que le prix de ses billets est moins élevé que celui des billets qu’il vendait en duo avec José Gaudet, dans leurs meilleures années.

Mario Tessier n’est quand même pas à plaindre et il est le premier à le reconnaître. Il a très bien gagné sa vie lorsqu’il était « la saveur du mois », entre autres à l’animation de l’émission de variétés On connaît la chanson à TVA, à la barre de galas télévisuels et à la radio Énergie pendant 20 ans.

L’homme blanc, passé 45 ans, tu es peut-être moins la saveur du mois… Tu es peut-être moins sur ton X qu’avant. Et vous savez quoi ? C’est correct. Je ne suis pas amer face à ça. Je l’ai eu, mon bout sur le X.

Mario Tessier, humoriste

Dans son nouveau spectacle, il parle notamment d’argent, de ses expériences de chirurgie esthétique, de son rapport avec les religions, de sa peur de mourir et de son impatience. « C’est un show d’autodérision ceinture noire. S’il y a un con dans la pièce, je te confirme qu’il est sur le stage. Je ne me cache derrière rien et j’essaie d’être transparent pour vrai. »

Ce désir d’authenticité lui est venu lorsqu’il a rencontré son idole de jeunesse, Clint Eastwood. Il a osé lui demander si « ça le dérangerait » de prendre une photo avec lui. Ce à quoi l’acteur et réalisateur de 89 ans a répondu : « Oui, ça me dérangerait. »

« Je ne lui en veux pas, parce que je lui ai posé la question clairement et il m’a donné sa réponse. Mais je me suis ensuite mis à réfléchir sur sa transparence et je me posais la question : “Moi, est-ce que je peux être comme ça tout de suite ou je dois attendre d’être aussi vieux que lui ?” », dit l’humoriste de 48 ans.

Club sandwich

Comme pour son premier one-man-show, il a travaillé de pair avec le metteur en scène Serge Postigo, pour qui il a un respect évident. Ensemble, ils ont choisi de ne pas offrir à nouveau un spectacle avec une mise en scène époustouflante, un décor imposant et des habits « chers et empruntés ». Pour Transparent, il a préféré un tabouret, ses vêtements de tous les jours et une scène dépouillée. Une ambiance qui ressemble à celle qu’on retrouve dans des comedy clubs. C’est d’ailleurs aux côtés de jeunes humoristes qui lui ont « beaucoup appris » qu’il a rodé ce nouveau spectacle.

« J’ai fait le circuit des bars, ce qui te donne [en salaire] l’équivalent d’un club sandwich, pour 45 minutes. À deux reprises, il y a eu de la bataille pendant mon numéro ! Je me suis dit que si je faisais ça, c’est parce que j’aimais vraiment mon métier ! »

C’est challengeant de voir les jeunes. Je me suis dit que si je voulais continuer à faire ce métier, je devais être pertinent sur scène. Je ne veux pas que ça sente l’âge.

Mario Tessier

À propos de ce qui vieillit moins bien, il y a des sketchs radiophoniques des Grandes Gueules qui pourraient en choquer beaucoup aujourd’hui. « On a assurément été trop loin plein de fois », confie-t-il d’emblée.

Chaque blague qui pourrait soulever la moindre controverse est maintenant analysée « 8000 fois » avant d’être prononcée. « Si tu veux me rendre malheureux, amène-moi de la controverse ! Je suis un golden retriever, je veux que tout le monde ait du fun. »