Nommé humoriste de l’année par le festival Just for Laughs, Jim Jefferies débarque à Montréal pour cueillir son trophée et pour présenter un gala. En fait deux. Deux observations, d’ailleurs. La première : il semble devenu « plus sage ». La deuxième : on est encore loin de l’enfant de chœur.

Natalia Wysocka
La Presse

Vous souhaitez réellement apprendre à connaître quelqu’un ? Jim Jefferies a un conseil pour vous : invitez cette personne à un spectacle d’humour. Vous découvrirez plein de choses sur ses opinions politiques, sur les sujets qui heurtent sa sensibilité, sur son rapport à la sexualité et sur les grands débats de société. « L’humour est la forme artistique qui génère la réaction la plus viscérale, la plus sincère, affirme le comique australien. C’est simple : soit une blague nous fait rigoler, soit elle ne le fait pas. »

L’alcool, la cocaïne, les histoires d’un soir… Jim Jefferies en a longtemps fait ses sujets de prédilection, ne faisant pas, du coup, dans la dentelle. Mais aujourd’hui, ses préoccupations ont changé. Peut-être parce que la naissance de son garçon l’a changé, lui ? La première chose qu’il nous lance, en début de discussion, d’ailleurs, c’est qu’il trouve vraiment mignon que son fils se décrive comme « Américain, Australien et “Camadien” ». (Pour qui connaît les blagues super sombres de Jim Jefferies sur la paternité, cet attendrissement spontané peut… surprendre.)

Mais à 42 ans, JJ affirme s’être posé. Celui qui offrait autrefois un numéro sur les différences de taille entre « faire la fête » et « se défoncer » confie mener une existence sobre. Modérée. « Depuis un moment maintenant. »

Cela fait un moment également que la renommée de celui qui est né à Sydney a traversé les frontières de l’Australie. Dix ans, plus précisément. C’était avec I Swear to God, un one man show filmé pour HBO. Depuis, il s’est pointé à plusieurs reprises sur Netflix et a pris les commandes d’une émission de fin de soirée sur les ondes de Comedy Central.

Ce soir à Montréal marque pourtant pour lui une première. Celle où il deviendra animateur de gala. De deux galas, en fait. « C’est une tâche qui demande un réel talent, note-t-il. Il faut que la foule ait du plaisir. Il faut enchaîner les blagues. Il faut mettre les invités à l’aise. »

Il avoue dans la foulée : « Je ne sais pas si je suis la bonne personne pour ça. Je vais le découvrir ce soir. »

Il sait cependant une chose : il ne parlera pas de politique. Encore un aspect qui risque d’étonner ses fidèles, habitués à l’entendre discourir sur le sujet avec passion. Particulièrement lorsqu’il est question de son pays d’adoption, les États-Unis. « Je vais laisser ça de côté pendant le gala. Après tout, c’est la soirée des autres humoristes invités. Pas la mienne. » Mais sera-t-il réellement capable de rester dans l’ombre ? Allez, Jim. Soyez honnête. « Hmmmm… eh bien… je veux quand même briller ! »

Mais avant

Revenons à la question du talent, et un peu dans le passé. Dans son one man show de 2016 Freedumb, il clamait en avoir un particulier : celui de dire des choses totalement trash et d’avoir tout de même l’air sympathique. (Un peu à la manière si maîtrisée de Mike Ward.) A-t-il eu à développer cette aptitude par nécessité ? Ou était-ce inné chez lui ? La deuxième de ces options, répond-il. 

« Certaines personnes disent des trucs plutôt légers et ça semble outrancier. Moi, c’est l’inverse. »

Jim Jefferies

Malgré son visage avenant et son accent sympa, Jim Jefferies n’est toutefois pas étranger à la polémique. Dans son émission du soir, le normalement nommé Jim Jefferies Show, il a reçu des invités controversés aux idées tranchées. Certains lui ont reproché de leur donner du temps d’antenne. D’autres se sont demandé si l’animateur ne se donnait pas le beau rôle en les mettant ainsi sur la sellette en différé. « C’est une époque difficile pour la modération », tranche-t-il.

À l’évidence, Jim Jefferies divise. Peut-être est-ce dans l’air du temps ? Un temps où son métier provoque des querelles. « Dernièrement, l’humour a commencé à être pris beaucoup plus au sérieux qu’autrefois », affirme-t-il, rappelant que le stand-up et les conférences TED, ce sont deux choses bien distinctes. « Il y a des débats du type : l’humour doit-il forcément être drôle ? Et la réponse, c’est oui ! Mais bien sûr ! Aussi drôle que physiquement possible. C’est de l’humour ! »

Le sous-texte

Dans BARE, son spectacle de 2014, Jim Jefferies déclarait ne plus vouloir faire de gags misogynes. « Bah, je vais tout de même en faire quelques-uns… » Des applaudissements ravis se faisaient alors entendre.

« Autrefois, je pensais que tout le monde comprenait que c’était des blagues. Dernièrement, je me suis rendu compte que ce n’est pas forcément le cas. Et que si certains rient, c’est parce qu’il y a des raisons sous-jacentes…  »

Jim Jefferies

Ce qui l’a aidé à réaliser ce fait ? Tous ces messages reçus sur les réseaux sociaux lui disant « Je suis d’accord avec toi. » Sous-entendu : d’accord quand tu dis que l’équité salariale est une injustice, d’accord quand tu balances des trucs vraiment limites. « Moi-même, je ne suis pas d’accord avec les choses que je dis ! Je ne serais jamais d’accord avec le gars que je suis sur scène ! Ce gars-là est horrible ! »

Mais pendant son gala, il promet d’être sage. Enfin, presque.

Les galas de Jim Jefferies, à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, ce soir, à 19 h et à 21 h 45