Nancy Simoneau n'a pas hésité à allonger des milliers de dollars en frais de justice lorsqu'elle a décidé de reprendre l'entreprise familiale. Non pas qu'elle avait peur de se faire rouler dans la farine par son père, à qui elle succédait. Mais elle voulait faire les choses dans les règles de l'art. La présidente de Groupe Simoneau tenait à ce que tout soit clair, net et précis avant de diriger une PME de 90 employés qu'elle a aidé à bâtir.

Stéphane Champagne, collaboration spéciale LA PRESSE

En 10 ans, Nancy Simoneau a payé entre 50 000$ et 75 000$ de frais judiciaires de toutes sortes. Aucun détail (ou presque) ne lui a échappé lorsqu'il a été décidé qu'elle prendrait la place de son père René à la tête d'une entreprise spécialisée dans la fabrication et l'entretien de chaudières industrielles dont le rayonnement est désormais mondial. Il n'y a que le déroulement des opérations (autrement dit, les possibles cas d'ingérence) qui n'a pas fait l'objet d'un document écrit entre Nancy Simoneau et son père. Une simple entente verbale a suffi, dit-elle.

Sinon, tout le reste a été soigneusement écrit et officialisé: le contrat de rachat des actions (y compris les modalités de paiement), la convention entre actionnaires, les dispositions à prendre en cas de mort du repreneur ou du cédant, etc.

«Il vaut mieux payer des professionnels pendant le processus plutôt que d'éteindre des feux une fois que le transfert est terminé. Je vois ça comme une forme de responsabilité du management. Je compte sur mes employés pour assurer le succès de l'entreprise; ils sont en droit d'attendre la même chose de ma part», explique Nancy Simoneau, 43 ans et mère de trois enfants.

Ventes outre-frontières

Groupe Simoneau enregistre 65% de ses revenus (que Mme Simoneau préfère taire) de la fabrication de chaudières industrielles. La PME tire ses autres revenus de son service d'entretien. Il existe une quinzaine de fabricants de chaudières sur le territoire nord-américain. Mais Groupe Simoneau se démarque par le fait qu'elle conçoit des projets valant entre 100 000$ et 2,5 millions.

La PME possède sa propre gamme de produits, laquelle s'adresse notamment aux secteurs agroalimentaire, pétrochimique, minier, etc. Les ventes de l'entreprise dépassent les frontières du Québec. Certaines années, Groupe Simoneau exporte entre 50% et 80% de sa production, notamment aux États-Unis, en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient. Elle met actuellement la dernière touche à un projet qui prendra la route de l'Afrique du Sud.

L'entreprise a été fondée en 1984 par René Simoneau, un soudeur chaudronnier (réparateur de chaudières) qui a quitté les Cantons-de-l'Est avec sa femme et ses enfants pour tenter sa chance comme entrepreneur dans la région de Montréal. Sa fille Nancy s'est jointe à l'entreprise en 1988, entre autres afin de payer ses études en management à HEC Montréal.

L'idée de diversifier les activités de l'entreprise a pris forme dans la tête de la jeune femme: pourquoi se limiter à la maintenance des chaudières alors qu'il serait avantageux d'en fabriquer? «Mon père m'a dit O.K., mais c'est moi qui devais m'en occuper. J'ai donc fait équipe avec une boîte de designers [ThermoDesign] que j'ai fini par acheter. Ç'a été un très grand défi. Et je ne peux que remercier mon père de m'avoir fait confiance», dit Nancy Simoneau.