Si les entreprises s'arrachent aujourd'hui les diplômés les plus prometteurs issus des programmes de maîtrise en administration des affaires (MBA), la chasse aux talents commence déjà bien avant, dès l'admission.

MARTIN PRIMEAU, COLLABORATION SPÉCIALE LA PRESSE

C'est que partout sur la planète, la compétitivité est vive entre les différentes universités offrant un programme de MBA. Les étudiants sont mobiles et n'ont pas peur de s'expatrier pour ajouter un volet culturel à leur expérience. Pas surprenant d'apprendre donc que les universités de pays émergents ont aussi joint la parade.

«Il y a 10 ans, il n'existait pratiquement pas de programmes de MBA en Chine ou en Inde, se souvient Michael Wybo, directeur du programme de MBA à HEC Montréal. Aujourd'hui par contre, il y en a là de très bons. Ça fait en sorte que la compétition est plus grande entre les universités et que les étudiants ont plus de choix.»

Pour l'instant, cette compétition issue essentiellement de l'Asie ne se traduit pas par une désaffection des programmes québécois de MBA selon ce dernier. Au contraire, les universités d'ici tirent leur épingle du jeu en matière d'intégration d'étudiants venus de l'extérieur du Québec.

À HEC Montréal, on attire par exemple des professionnels de Toronto qui souhaitent améliorer leurs aptitudes à travailler en français selon M. Wybo. «Pour certaines entreprises, avoir des diplômés capables de travailler dans un environnement francophone est un gros atout», ajoute-t-il.

Diversité

À l'Université McGill, chaque cohorte compte son lot d'étudiants étrangers. Environ la moitié selon Don Melville, directeur du MBA à la faculté de gestion Desautels de l'Université McGill. Ce qui étonne, c'est que ces étudiants étrangers proviennent rarement des mêmes pays. «Sur les 65 à 70 étudiants que nous avons chaque année, on a de 25 à 30 pays représentés, indique-t-il. Ça amène une grande diversité à notre programme.»

La diversité des étudiants est d'ailleurs l'un des éléments essentiels des programmes de MBA. La plupart du temps, on parle toutefois de diversité en terme d'expérience de travail.

«On opère un système 50-50, explique Michael Wybo. La moitié de ce qu'on apprend dans un programme de MBA vient des professeurs, et l'autre moitié vient des gens dans la salle.»

À HEC Montréal, environ le tiers de chaque cohorte se compose d'étudiants déjà formés en gestion, les autres provenant du monde du génie, de l'informatique ou d'autres sphères scientifiques. Dans chaque cas, trois années d'expérience en milieu de travail sont requises avant l'admission au programme. En conséquence, le programme affilié à l'Université de Montréal compte sur des étudiants hautement expérimentés qui comptent, en moyenne, déjà plus de sept années de pratique derrière la cravate.

«C'est important pour nous de choisir des candidats qui ont une expérience à partager, ajoute Michel Wybo. C'est même extrêmement important.»

Des qualités recherchées

Une fois leur diplôme en poche, les nouveaux titulaires d'un MBA peuvent s'attendre à une rémunération susceptible de grimper de 35 à 100%. L'escalade des échelons d'une entreprise se voit du même coup accélérée. Mais il y a un mais: il faudra avoir acquis certaines compétences au cours de sa formation.

Selon Stéphane Pelletier, directeur principal des ressources humaines chez Bombardier Aéronautique, trois grandes qualités sont recherchées chez les MBA par les entreprises: du leadership, des aptitudes à se faire comprendre et à écouter, ainsi qu'une grande capacité analytique.

Chaque année, l'entreprise embauche une cinquantaine de titulaires d'un MBA. Elle amène aussi une partie de ses propres employés à s'inscrire à un programme offrant cette formation.

«Chez nous, les gens qui arrivent avec un profil combinant ingénierie et MBA ont une longueur d'avance parce que leur formation est beaucoup plus complète, explique Stéphane Pelletier. On recherche des gens possédant des compétences techniques assez fortes, mais qui démontrent aussi des habiletés de leadership et de communication.»