Fruit d'une passion née à l'université, travail d'une vie, union de deux forces, volonté de répondre à un besoin, les raisons qui poussent des ingénieurs à devenir patron peuvent être nombreuses. Quatre entrepreneurs expliquent leurs motivations et le but de leur entreprise.

Mis à jour le 9 oct. 2018
Julie Roy LA PRESSE

VOIR À TRAVERS LE BÉTON

Après avoir passé une grande partie de sa carrière à enseigner et effectuer de la recherche universitaire, l'ingénieur Jamal Rhazi avait envie de transmettre son savoir pour avoir un impact réel. Il a donc fondé l'entreprise Auscultech dont l'objectif est d'évaluer l'état de santé des ouvrages de béton, mais de manière non invasive. « Les yeux ont leur limite. Ils ne peuvent voir à l'intérieur de la matière. J'ai passé 20 ans dans les laboratoires pour trouver les méthodes les plus appropriées afin d'ausculter le coeur des ouvrages sans faire de carottage », explique l'homme d'affaires. Électromagnétiques, ultrasoniques ne sont que quelques-unes des techniques qu'utilise l'ingénieur sur les chantiers (ponts, tunnels, bâtiments, etc.).

UNE CONFIANCE INÉBRANLABLE

En 2004, l'ingénieur David Gingras était encore étudiant lorsqu'il a démarré avec Éric Simoneau Motion Composite, une entreprise qui conçoit et fabrique des fauteuils roulants.

Le jeune ingénieur savait qu'il serait malheureux s'il devait travailler toute sa vie pour quelqu'un d'autre. « On souhaitait répondre à un besoin et utiliser la fibre de carbone. De ces critères sont venus les fauteuils roulants, mais on ne savait pas dans quoi on s'embarquait. Ça ne faisait aucun doute que nous allions réussir. » Leur persévérance leur a donné raison. Aujourd'hui, les affaires tournent à plein régime. « Cette année, ce sont 16 000 fauteuils qui sortent de notre usine et l'objectif 2020-2025 est de 100 000 et on va y arriver. »

ÉLOIGNER LES OISEAUX INDÉSIRABLES

Les outils pour éloigner les oiseaux des aéroports, des terres agricoles et des sites d'enfouissement ont bien peu changé depuis 60 ans.

David Gingras, de Motion Composite. Photo Robert Skinner, La Presse

Lockbird apporte un vent de fraîcheur dans ce créneau en y ajoutant l'intelligence artificielle. L'ingénieur Mathieu Hamel et son associé Julien Chosson ont développé un système qui s'adapte aux volatiles. « Il faut continuellement surprendre les oiseaux. Notre but est de les détecter et de voir s'ils sont en train de s'habituer au canon au propane, aux cris de prédateurs, etc. C'est à ce moment que l'on peut changer de stratégie pour les éloigner  », dit Mathieu Hamel. Lockbird a par ailleurs mis sur le marché une tourelle qui projette un laser en continu. L'oiseau croit ainsi qu'il y a un objet sur sa trajectoire et s'éloigne.

REPOUSSER LES LIMITES DES DRONES

Pascal Chiva-Bernard, Charles Brunelle et Guillaume Charland-Arcand partagent une passion pour les drones.

Mathieu Hamel et Julien Chosson, de Lockbird. Photo David Boily, La Presse

C'est d'ailleurs dans le club Dronolab de l'École de technologie supérieure (ETS) qu'ils se sont rencontrés. Après avoir participé à des compétitions, ils ont conçu SKYMATE, un système d'autopilotage. « On a créé une technologie qui permet au drone de suivre une trajectoire préprogrammée. Ce qui le rend plus autonome », explique Guillaume Charland-Arcand, l'ingénieur du groupe. C'est ainsi qu'est né en 2014 ARA Robotique, une entreprise qui fournit de la technologie pour l'automatisation des drones. « On a développé un service de solution complète avec inspection, on traite aussi des données. En gros, on repousse les limites des drones. »

Guillaume Charland-Arcand, Charles Brunelle et Pascal Chiva-Bernard, de Ara robotique. Photo Édouard-Plante Fréchette, La Presse