Il est désormais possible de réutiliser les déchets corporels grâce à un laboratoire d’oxydation hydrothermale. Ce projet pilote, unique au Canada, est mené par le Centre de transfert technologique en écologie industrielle (CTTEI). Survol.

Publié le 6 juin
Samuel Larochelle
Samuel Larochelle Collaboration spéciale

En règle générale, les eaux de toilette se dirigent vers une station d’épuration des eaux. Les éléments solides appelés « le surnageant » doivent être décantés, traités dans des filtres et avec du chlore, avant que l’eau extraite soit testée et relarguée dans les cours d’eau.

Quant aux restants solides, près de 450 municipalités québécoises les traitent dans d’énormes bassins non couverts. « Les boues municipales, on parle ici de caca, s’accumulent pendant 10 à 25 ans avant que les municipalités doivent les vidanger, explique Claude Maheux-Picard, directrice générale du CTTEI. La solution la plus répandue est de les pomper et de les centrifuger pour extraire le plus d’eau possible, avant que les restes soient enfouis. »

PHOTO FOURNIE PAR LE CENTRE DE TRANSFERT TECHNOLOGIQUE EN ÉCOLOGIE INDUSTRIELLE

L’unité pilote du CTTEI

Le CTTEI souhaite offrir une solution de rechange à cette dernière étape. « Notre unité d’oxydation hydrothermale nous permet d’opérer à basse température, sans générer de polluant, d’extraire une eau claire et des matières inorganiques ressemblant à du sable. Ce sable est ensuite utilisé dans le béton. Ça évite de transporter les boues et de centrifuger. »

Les études préliminaires effectuées à Sorel-Tracy démontrent des économies de 40 % par rapport à la solution envisagée avant pour vider les étangs aérés. L’intérêt économique était notre principal enjeu, puisque les coûts d’enfouissement sont peu élevés au Québec.

Claude Maheux-Picard, directrice générale du CTTEI

Une expertise prisée

Cela fait 23 ans que le centre cherche à accroître la performance des entreprises et des collectivités en les aidant à détourner l’enfouissement de leurs déchets, ici perçus comme des résidus ou des sous-produits. « On regarde ces matières-là comme de vraies ressources qui peuvent être réutilisées par les entreprises elles-mêmes ou par d’autres à proximité. »

Chercheurs, ingénieurs, chimistes et techniciens analysent la composition des matières pour déterminer si elles sont dangereuses, si des contaminants doivent en être extraits et qui elles pourraient intéresser. « Chaque entreprise nous amène un nouveau défi. Ça garde notre équipe motivée. On veut démontrer aux entreprises que leurs déchets peuvent être des occasions d’affaires au lieu de quelque chose à gérer qui coûte de l’argent. »

Autres réussites

Cette vision d’écologie industrielle pousse les industries à tendre vers le zéro déchet, l’optimisation des ressources matérielles et humaines, ainsi que la redynamisation de l’écologie locale. Parmi les autres réussites du CTTEI, notons son partenariat avec Société Laurentide dans la réutilisation des pots de peinture que les Québécois rapportent en quincaillerie et des surplus de peinture en magasin. L’une des solutions trouvées : mettre à profit le latex qui se trouve dans ces peintures dans le béton de trottoirs, afin d’améliorer la résistance aux cycles de gel-dégel et au sel de déglaçage.

Selon Claude Maheux-Picard, les entreprises et les municipalités sont plus que jamais intéressées par ces exemples d’économie circulaire. « La pandémie a mis les projecteurs sur la possibilité de faire les choses différemment. Maintenant que les gens et les gouvernements comprennent mieux ce que c’est, il y a de plus en plus de programmes de financement pour soutenir nos activités. » Et des activités, il y en a ! « Notre équipe est en constante croissance. »