Adaptation aux nouvelles réalités, développement de technologies vertes et de solutions durables : face à la crise climatique, les ingénieurs sont au front. Voici comment ils s’attaquent à ce défi de taille au Québec.

Publié le 1er mars
Emilie Laperrière
Emilie Laperrière Collaboration spéciale

Les ingénieurs ont un rôle clé à jouer dans l’action climatique. Ils doivent à la fois limiter le réchauffement de la planète et s’adapter à ses conséquences.

Nous devons adapter les normes de conception aux nouvelles réalités en prenant en compte plein d’éléments. Par exemple, il pleut plus souvent, il fait plus chaud et le pergélisol va fondre.

Martin Thibault, vice-président, Transport chez Stantec

La firme s’attaque au problème sous quatre grands axes : la transition énergétique, les villes intelligentes, la résilience côtière et la restauration des écosystèmes.

Signe des temps, les bureaux d’ingénieurs comptent désormais des biologistes et des architectes paysagistes dans leur équipe. Cette multidisciplinarité s’avère essentielle « pour mieux comprendre les enjeux », selon le président-directeur général de l’Association des firmes de génie-conseil du Québec (AFG-Québec), Bernard Bigras.

Ce dernier ajoute que les ingénieurs peuvent aujourd’hui offrir des « solutions innovantes qui réduisent les gaz à effet de serre en intégrant notamment des matériaux vivants – comme c’est le cas sur l’avenue Papineau à Montréal, avec ses plantes qui gèrent les eaux pluviales – et des technologies vertes. »

Ce combat ne se gagnera toutefois pas seul. « Les donneurs d’ouvrage doivent fixer des objectifs et intégrer des principes clairs en matière de développement durable dans leurs appels de propositions », rappelle Bernard Bigras.

Après s’être engagé à intervenir, l’Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ) entend inclure des obligations en matière de développement durable dans le code de déontologie de la profession. « On attend que ce soit approuvé par les différentes instances du gouvernement », précise la présidente Kathy Baig, qui souligne qu’une bonne part des ingénieurs veut que l’OIQ prenne position sur la question.

Vers la transition énergétique

« Pour tout ce qui touche à l’électrification des transports, le Québec veut, et pourrait, avoir un rôle clé dans la réduction des changements climatiques, soutient Kathy Baig. On a la matière première, les ressources pour y arriver. Les entreprises du Québec essaient aussi de l’exploiter de façon verte. »

Pour réduire notre empreinte carbone dans le secteur des transports (qui demeure le principal émetteur de gaz à effet de serre au Québec), la solution devra être globale. « La planification urbaine, l’optimisation du transport collectif, l’utilisation d’énergies renouvelables pour fabriquer et charger les batteries de même que le recyclage de ces batteries en font partie », estime l’ingénieur Steeve Fiset, associé et chef de la direction stratégique chez CIMA+.

La province tente également de se tailler une place dans le marché de l’énergie éolienne et solaire.

Des exemples inspirants

Stantec compte plusieurs projets dans ses cartons pour réduire l’utilisation de l’automobile en solo. En plus d’être impliquée dans le prolongement de la ligne bleue du métro, la firme a participé à la conception du Réseau express vélo de Montréal. « On a participé en 2019 au projet pilote de navettes automatisées qui ont circulé du marché Maisonneuve jusqu’au Stade olympique », ajoute Martin Thibault.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Martin Thibault, vice-président, Transport chez Stantec

L’action climatique soulève également les passions chez CIMA+, qui compte un centre d’excellence en développement durable depuis quelques années. Des « champions » s’activent dans chaque département pour faire connaître les innovations et les nouveaux programmes. La firme a aussi élaboré un guide en ingénierie durable et responsable à appliquer dans tous ses secteurs d’activité.

Cela se traduit dans des projets comme celui d’Audrey Véronneau. L’associée déléguée et chargée de projet, Transport – Génie de la mobilité travaille depuis environ un an avec les villes dans le cadre du Programme d’aide financière pour la planification de milieux de vie durables.

Les villes doivent tenir compte du bilan carbone dans leur aménagement.

Audrey Véronneau, associée déléguée et chargée de projet chez CIMA+

L’objectif est de créer des environnements compacts, qui favorisent l’utilisation des transports actifs et collectifs.

Toutes ces avancées pourraient permettre aux ingénieurs de devenir des artisans du changement.