La pénurie de main-d’œuvre n’épargne pas le secteur du génie, qui peine à recruter des ingénieurs dans pratiquement tous les domaines et dans toutes les régions du Québec. Quelles sont les solutions ? Des acteurs du milieu se prononcent.

Emilie Laperrière
Emilie Laperrière Collaboration spéciale

Plus de 3000 postes étaient à pourvoir plus tôt cette année sur la plateforme Génie-Inc. Les offres sont en hausse comparativement à l’année dernière sur le site d’emplois, selon Souad Mallouh, chef d’équipe, acquisition de talents chez Groupe Velan Média (dont Génie-Inc. fait partie).

« C’est plus élevé qu’avant. Les entreprises ne savent plus où donner de la tête pour embaucher. »

Firmes de génie, entrepreneurs, manufacturiers ou PME : tous les employeurs sont à la recherche de talents.

Les PME sont particulièrement touchées parce qu’elles ne peuvent pas compétitionner avec les grandes firmes s’il y a une surenchère.

Souad Mallouh, chef d’équipe, acquisition de talents chez Groupe Velan Média

Des industries d’avenir

L’Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ) constate la même tendance. La rareté de la main-d’œuvre s’explique d’ailleurs en grande partie par une croissance soutenue. « Les secteurs liés à l’informatique et au logiciel pourraient manquer d’ingénieurs d’ici 2030. Plusieurs domaines ont des besoins grandissants en robotique, en numérisation et en intelligence artificielle », souligne la présidente, Kathy Baig.

Avec le développement durable et les nouvelles technologies qui touchent au biocarburant ou à la transformation des matières, les génies chimique et des procédés ont le vent dans les voiles. L’OIQ entrevoit aussi une carence en génie électrique, principalement en raison de l’électrification des transports, de même que dans les usines du volet manufacturier.

Le secteur de la construction est également à court de personnel. « On cherche beaucoup d’ingénieurs civils en raison du Plan de relance économique du gouvernement, qui veut accélérer 200 projets de construction majeurs », explique Souad Mallouh.

À l’échelle de la province

Montréal demeurera une région sous tension, mais c’est en Outaouais que les besoins seront les plus criants. La forte demande en cybersécurité combinée à la compétitivité des entreprises établies à Ottawa est en cause, selon l’OIQ.

Le Saguenay–Lac-Saint-Jean, l’Abitibi-Témiscamingue ainsi que la Gaspésie sont les autres régions qui devront attirer davantage d’ingénieurs.

Kathy Baig, présidente de l’Ordre des ingénieurs du Québec

Pistes de solutions

Pour résoudre le problème de rareté de la main-d’œuvre, l’Ordre essaie notamment d’attirer plus de femmes dans la profession. Celles-ci ne représentent pour l’instant que 21 % des nouveaux diplômés. Des ambassadrices vont donc rencontrer les jeunes filles dans les écoles pour démystifier leur rôle ou offrir du mentorat.

Les professionnels formés à l’étranger sont également courtisés. « On a revu toutes nos façons de faire pour qu’ils obtiennent leur permis à compétences égales rapidement. Notre laps de temps a diminué de 66 % pour augmenter ce bassin-là », assure Kathy Baig.

Les entreprises essaient aussi de se démarquer du lot. Chez FNX-Innov, on travaille d’abord fort pour garder les ingénieurs déjà employés de l’entreprise. « On a revu notre rémunération pour être plus compétitifs, on a investi beaucoup dans de nouvelles façons d’opérer pour faciliter la collaboration, on a mis en place une politique de télétravail », détaille le PDG, Richard Hélie.

La société d’ingénierie participe en outre aux foires d’emploi et aux journées portes ouvertes, en plus d’offrir un programme de bourses.

« On essaie surtout de trouver le bon fit, d’associer la bonne personne avec le bon projet, dit Richard Hélie. La clé de la rétention de personnel réside dans la qualité des mandats. »