Fort d’une grappe industrielle de 234 membres, le Québec est bien placé pour développer un écosystème en transport électrique composé d’entreprises industrielles, d’opérateurs et de centres de recherche. Le développement et le déploiement des modes de transport terrestres intelligents et électriques passent par des entreprises bien en vue, mais aussi par une armée de sous-traitants.

Publié le 28 sept. 2021
Jean Gagnon Collaboration spéciale

« Et l’occasion est telle qu’il ne faut absolument pas la rater », explique avec enthousiasme Sarah Houde, présidente-directrice générale de Propulsion Québec, grappe des transports électriques et intelligents.

Grâce à un écosystème particulièrement innovant, le secteur des transports terrestres électriques et intelligents fonctionne déjà à un bon rythme, indique Mme Houde. Les derniers chiffres montrent une contribution de 1,3 milliard de dollars au produit intérieur brut (PIB) québécois. La valeur des exportations se situe à 830 millions et celle des ventes atteint 2,2 milliards. Les entreprises du secteur fournissent 6240 emplois.

Propulsion Québec a mis sur pied plusieurs grands chantiers, dont celui de Commercialisation et chaîne d’approvisionnement. Son mandat est de soutenir les entreprises de l’écosystème pour faciliter leur démarche de commercialisation.

L’approvisionnement, un problème majeur

Le développement de cet écosystème est d’autant plus important dans le contexte actuel où l’on parle beaucoup de rupture des chaînes d’approvisionnement, explique Jean-Daniel Binant, directeur général, développement des marchés, chez M2S Électronique.

PHOTO FOURNIE PAR M2S ÉLECTRONIQUE

M2S Électronique est établie à Québec.

Cette entreprise de Québec, fondée il y a 40 ans, est spécialisée dans la conception et l’assemblage de systèmes électroniques et électromécaniques intégrés. Bref, ils sont présents dans les bornes de recharge intelligentes et connectées, jusqu’au système d’alimentation d’urgence en cas de sauvetage, en passant par le contrôle évolué de piles et cellules.

La rareté des puces électroniques et un approvisionnement souvent difficile en semi-conducteurs, exacerbés par la pandémie, causent des problèmes majeurs à de nombreuses chaînes d’approvisionnement, selon M. Binant. « Et on ne voit pas de retour à la normale avant 2023 », souligne-t-il.

La solution, le surapprovisionnement

Pour contrer le problème, les firmes qui peuvent se le permettre adoptent une stratégie de surapprovisionnement. C’est le cas de Lion Électrique, fabricant de camions et d’autobus électriques de Saint-Jérôme. En conférence téléphonique avec les analystes financiers le mois dernier, Marc Bédard, président de Lion Électrique, affirmait que la mise en réserve d’intrants particulièrement importants pour sa production avait permis à la firme de se parer contre la perturbation des chaînes d’approvisionnement.

Le surapprovisionnement est le seul outil à la disposition des fabricants.

Jean-Daniel Binant, directeur général, développement des marchés, de M2S Électronique

Mais le revers de la médaille est que cette stratégie crée une rareté, et conséquemment des hausses de prix.

Évidemment, tous ne peuvent pas se surapprovisionner. Ainsi, le défi de l’approvisionnement est grand pour les petites entreprises et les jeunes pousses qui n’ont pas les reins financiers suffisamment solides pour utiliser cette stratégie. « Les start-up ne peuvent se permettre ces dépenses, ne sachant pas si les produits qu’elles achètent aujourd’hui serviront vraiment lorsque le moment de la production sera venu », explique M. Binant.

Par ailleurs, si l’on regarde 10 ans devant nous, il est clair que le développement de l’électrification des transports sera exponentiel, croit M. Binant. La crise de l’apprivoisement que l’on perçoit actuellement n’est pas la première crise que rencontre l’industrie, et ne sera pas la dernière, selon lui. « On trouvera toujours les solutions. Nous sommes à la croisée des chemins, et cela est très excitant, car le Québec possède tous les atouts pour réussir », conclut-il.