Une course à obstacles à franchir. Une montagne à gravir. Une épopée à traverser. Voilà différentes façons choisies par des diplômés au MBA pour décrire leur parcours scolaire en conciliant travail, famille et études. Des regrets ? Non. Mais c’est un pensez-y-bien, clament-ils.

Maude Goyer
Maude Goyer Collaboration spéciale

Natacha Engel avait 34 ans lorsqu’elle a entamé des études au MBA à HEC Montréal à temps partiel, en août 2017. La jeune femme a fait régulièrement l’aller-retour à Ottawa pour remplir son rôle de directrice adjointe au cabinet du premier ministre du Canada… en plus de s’occuper d’un bébé, puis d’un deuxième !

« Je suis tombée enceinte de mon premier enfant trois mois après le début de mon MBA, raconte-t-elle, puis j’ai eu un deuxième enfant, très rapproché du premier. Ils ont un an et quatorze jours d’écart ! »

Allaiter en classe, bercer bébé en faisant des lectures, faire des travaux d’équipe la fin de semaine, se faire accompagner par son mari et sa mère à l’université… Mme Engel a dû multiplier le multitâche pour boucler ses journées. « La clé, c’est la gestion de l’horaire », dit celle qui était conseillère principale de la ministre de la Petite Entreprise, de la Promotion des exportations et du Commerce international au gouvernement du Canada avant le déclenchement des élections. « Il faut savoir jongler avec plusieurs priorités en même temps. »

Longues journées

Germain Bureau, diplômé du MBA de la cohorte 2002 de HEC Montréal, confirme : « J’aime dire qu’un MBA, c’est une maîtrise en organisation du temps. Mes journées commençaient à 5 h et se terminaient à 23 h, ce qui me laissait six heures par nuit de sommeil. »

Et sa routine, au quotidien, était rodée au quart de tour. « Je partais de la maison à 6 h et j’étudiais au bureau de 6 h 30 à 8 h 30 », confie celui qui occupe aujourd’hui un poste de haut niveau dans une institution financière.

Ce que ça prend, selon lui, pour y arriver ? De l’organisation, une capacité à anticiper, une bonne communication (avec le conjoint ou la conjointe et l’employeur) et un engagement.

Une fois qu’on a fait notre choix, il faut en assumer les conséquences. On va manquer des affaires, c’est inévitable. Il n’y a pas de pensée magique !

Germain Bureau, diplômé du MBA de la cohorte 2002 de HEC Montréal

Mme Engel est convaincue que si elle s’était arrêtée à l’immensité de la tâche, elle serait restée clouée sur place. « L’important, c’est d’avancer… On pense trop souvent aux résultats au lieu de se concentrer sur le parcours. Chaque jour, je me disais : « Je fais mon max. Je me lance. J’essaie. Et advienne que pourra ! » »

Elle croit que cela lui a permis de s’enlever de la pression. « Sinon, ça aurait été trop stressant, paniquant et même anxiogène », avance-t-elle.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Kevin Johnson, directeur du programme MBA à HEC Montréal

Selon Kevin Johnson, directeur du programme MBA à HEC Montréal, la conciliation travail-famille-études concerne beaucoup d’étudiants du programme à temps partiel du MBA à HEC. Ceux-ci composent de 15 à 20 % des étudiants au MBA à cet établissement, ils ont en moyenne 32-34 ans et comptent de six à huit années d’expérience de travail. « La conciliation, c’est un sujet habituel entre les étudiants, les enseignants et la direction, précise-t-il. Nous comprenons la gestion familiale, les motifs et les enjeux derrière certaines demandes des étudiants… et nous les accommodons. »

Actuellement, les étudiants qui font un MBA à temps partiel ont accès à un mode d’enseignement hybride, c’est-à-dire que les cours en soirée, la semaine, se donnent en ligne et qu’un samedi par mois, l’enseignement se fait en présentiel. « Selon l’évolution de la pandémie et des consignes gouvernementales, nous pourrions ajouter l’option 100 % présentielle, dit-il. Les étudiants pourront donc choisir entre le programme en mode hybride ou en présentiel. »

Lui-même père d’un enfant de 3 ans et d’un nouveau-né, Kevin Johnson considère qu’il est bien placé pour comprendre les enjeux entourant l’équilibre entre travail, famille et études. « Je suis en plein dedans ! lance-t-il. Et plusieurs de nos professeurs vivent ce même contexte. C’est un peu un automatisme pour nous d’être dans l’ouverture et la compréhension. »