En moins de six mois, Communauto a fait approuver son budget en vue de l’année 2020, avant de tout recommencer en raison du retrait de son compétiteur Car2go et de tout revoir à cause de la pandémie. Par-dessus le marché, l’entreprise québécoise a été victime d’une cyberattaque en fin d’année. De quoi causer des nuits blanches au chef des finances et vice-président Jean-François Charette.

Samuel Larochelle
Samuel Larochelle Collaboration spéciale

Quand il repense au budget prévu pour 2020, l’entrepreneur le qualifie de pépère. « On suivait simplement la croissance attendue de 10 à 15 % de notre volume d’affaires pour augmenter notre parc de voitures et nos remplacements », explique-t-il.

Surprise, Car2go a annoncé la fin de ses activités nord-américaines en février 2020, poussant Communauto à refaire ses prévisions. « Même si on savait que le client type de Car2Go n’était pas exactement le même que le nôtre, on voulait compenser à 100 % le besoin créé. On a donc prévu l’achat de 250 voitures pour Montréal. »

Son équipe avait aussi entrepris les démarches pour lancer Communauto à Calgary, au printemps 2020, avec 150 voitures. « Ça devait être notre plus grosse année en matière d’achats. À 20 000 $ la voiture, on parlait quand même de plusieurs millions d’investissements. »

Nouveau revirement de situation : la COVID-19 a mis le Québec en arrêt au mois de mars, ce qui a chamboulé tous les plans de Communauto.

Notre attention s’est vite déplacée vers la préservation de liquidités pour nous assurer de passer à travers l’inconnu. On a contacté nos constructeurs au Japon et en Corée du Sud pour retarder nos commandes et pris le temps de gérer l’insécurité de nos créanciers.

Jean-François Charette, chef des finances et vice-président de Communauto

Les dirigeants ont également craint que l’autopartage soit interdit, jusqu’à ce que la Santé publique confirme que Communauto était un service essentiel. « On a alors réorienté nos équipes sur le terrain. Même si les clients désinfectent eux-mêmes les poignées et le volant, on voulait assurer le service le plus propre possible, par acquit de conscience. »

Si le taux d’utilisation des usagers est demeuré relativement faible en mars, avril et mai, les choses ont changé quand la situation et la température se sont adoucies en juin. Durant l’été, les Québécois ont été si nombreux à utiliser l’autopartage pour sillonner la province que Communauto n’avait plus assez de voitures. « Malheureusement, c’était impossible d’ajouter des véhicules, après les délais demandés en mars aux constructeurs. En temps normal, ils ont besoin de trois à quatre mois pour construire une voiture en Asie et nous l’envoyer. On a donc ajouté des voitures seulement en septembre et en octobre. »

L’entreprise a poursuivi sur sa lancée en implantant son service à Calgary entre la première et la deuxième vague, en plus d’élargir son offre québécoise à Sherbrooke.

Puis, son élan a été une fois de plus interrompu par une cyberattaque en fin d’année. « Ce n’était pas le meilleur Noël, disons. » Rapidement, Communauto a cherché un moyen pour que les données personnelles de ses clients ne soient pas compromises. « Puisque les pirates ont des années-lumière d’avance sur les autorités publiques, on a fait affaire avec des experts privés en sécurité informatique, notamment KPMG, pour régler le problème. On ne peut toutefois pas mentionner si on a versé de l’argent ou non aux pirates. »

Après 18 mois de tourbillon, Jean-François Charette se dit désormais très optimiste. « On reprend tout ce que nous avions interrompu en 2020. Cette année, on va investir environ 10 millions de dollars pour augmenter notre parc de voitures et devenir le meilleur service d’autopartage partout où on est. »