À Saint-Boniface, tout près de Shawinigan, la Ferme Y. Lampron & fils n’a pas de problème de relève. Bien au contraire, cinq membres de la famille — frères, oncles, neveu — se partagent les tâches, sans parler de trois possibles nouveaux venus et d’une dizaine de travailleurs. Pour faire vivre tout ce beau monde, la famille a lancé sa propre marque de lait il y a un an et demi. Six mois avant la tempête.

Julie Roy
Collaboration spéciale

Le plan était simple : faire embouteiller à forfait dans une laiterie à proximité, se faire connaître en parcourant les différents salons d’alimentation du Québec et miser sur ses nombreux atouts. « On est bio depuis 20 ans et notre lait est classé numéro un au chapitre de la qualité au Québec », explique Alexandre Lampron.

La famille Lampron est par ailleurs l’une des seules à avoir opté pour un contenant en verre. « C’est un retour aux sources. Le verre permet au lait de conserver sa fraîcheur et son goût. Ce type de contenant respecte nos valeurs, puisque c’est zéro déchet. Grâce à la consigne, on réutilise toujours le même matériau », explique Gabriel Lampron.

Puis, la COVID-19 est venue tout bouleverser. Fini, les dégustations dans les salons d’alimentation et la consigne en temps de pandémie. Sans parler des nombreuses complications pour acheminer le lait dans un autre lieu. « Cette option était plus sage, car elle demandait moins d’investissements, mais les complications sont survenues les unes après les autres », admet Alexandre Lampron.

Affronter la tempête et progresser

PHOTO FRANÇOIS GERVAIS, LE NOUVELLISTE

Les Lampron vendent 2000 de leurs bouteilles de lait et de lait au chocolat par semaine dans 130 points de vente.

Le clan s’est relevé les manches et a embauché un distributeur pour trouver des points de vente au Québec. Les Lampron ont acheté un camion réfrigéré pour faire eux-mêmes la livraison dans leur région et ils ont investi les réseaux sociaux pour mieux se faire connaître. Aujourd’hui, ils vendent 2000 de leurs bouteilles de lait et de lait au chocolat par semaine dans 130 points de vente.

Notre objectif est de vendre 4000 bouteilles. Pour cela, on veut entrer dans les grandes chaînes. Il y a encore de nombreux défis pour y arriver, mais c’est la prochaine étape.

Gabriel Lampron

L’été prochain, ils vont également installer leurs propres équipements pour contrôler totalement l’embouteillage. « Nous avons 180 vaches en lactation qui produisent 35 000 litres de lait par semaine, nous avons la capacité de répondre à la demande », affirment les deux producteurs.

Se rapprocher des consommateurs

L’aventure ne s’arrête pas là. Au programme des prochaines semaines, la mise sur pied de visites organisées à la ferme. « On veut se rapprocher des consommateurs afin qu’ils voient comment notre lait est produit du champ à l’étable. Le bien-être animal est super important chez nous. Les vaches dorment sur un lit de sable, elles ne sont pas attachées, elles sortent dehors, même en hiver, et ne reçoivent aucun antibiotique. »

Le lait de la Ferme Y. Lampron & fils est considéré comme un bien de luxe et le prix est conséquent. Un litre se détaille près de 4,50 $. « C’est cher, mais il y a une raison à cela. C’est un produit de niche et on n’achète pas uniquement du lait, mais une manière de produire », expliquent les deux hommes.

Un laitier nouveau genre

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Cette machine distributrice nouveau genre de la Ferme Y. Lampron & fils fonctionne grâce à une application et à un abonnement.

L’entreprise fait aussi le pari de se rendre aux consommateurs grâce à son Proxifrigo. Cette machine distributrice nouveau genre fonctionne grâce à une application et à un abonnement.

« C’est le principe du laitier virtuel. On vise les tours de condos où les gens auraient juste à descendre pour aller chercher leur pinte de lait », explique Gabriel Lampron.

Pour l’instant, le projet est encore en phase de développement, ralenti par la pandémie, mais son déploiement ne saurait tarder.